L’avenir du libre-échange au cœur des divergences entre les candidats aux européennes

Le débat Euractiv sur les élections européennes a rassemblé 8 candidats.

Avenir de la politique commerciale de l’UE, lutte contre le réchauffement climatique et conséquences du Brexit ont dominé les échanges entre les huit candidats aux élections européennes, lors d’un débat organisé par Euractiv France le 10 avril.

Les élections européennes du 26 mai prochain verront en France une multitude de listes s’affronter. Lors d’un débat organisé par Euractiv France aux Chambres d’Agriculture le 10 avril, huit candidats des principaux partis français en lice pour le scrutin ont échangé sur les grandes thématiques qui domineront les élections.

Le débat a commencé sur les chapeaux de roue par une polémique concernant la présence de la Chambre Américaine de Commerce auprès de l’Europe.  Sponsor du débat, AmCham  représente les intérêts des entreprises américaines auprès de l’UE. Un représentant  a ouvert le débat par un propos préliminaire exposant les bénéfices apportés par les échanges commerciaux entre les deux continents.

Les candidats invités au débat ont dénoncé l’intervention, et le candidat de la France Insoumise (Emmanuel Maurel) a quant à lui quitté le débat non sans avoir pris la parole pour critiquer le libre-échange.

Question du libre-échange

L’enjeu de la stratégie commerciale de Bruxelles fait des remous parmi les candidats. Ces derniers souhaitent tous plus de contrôle parlementaire sur les négociations de ces accords, ainsi que leur impact en termes d’écologie.

Pour autant, souligne Arnaud Danjean, des Républicains, « le libre-échange n’est pas une idéologie, une religion, ni dans un sens ni dans l’autre » :  les décisions doivent se prendre au cas par cas, selon lui.

Éric Andrieu s’est irrité de la réouverture des tractations avec Washington. « Dans la mesure où les États-Unis et son président ne respectent pas l’ accord de Paris, nous n’avons aucune raison de rouvrir les négociations. C’est inacceptable et irrespectueux », juge-t-il. « Tant que l’UE ne sera pas forte et ne mettra pas à la base de la discussion les notions de juste échange – en ce qui concerne les barrières non tarifaires et les normes sociales, sanitaires et environnementales-, il n’y pas d’accord juste possible. »

Un avis partagé par Emmanuel Maurel, de La France Insoumise, qui souligne l’absurdité de certaines clauses du traité en préparation avec la Nouvelle-Zélande. « Il s’agit d’échanger des voitures européennes contre du lait néozélandais, alors qu’on vit ici une crise de surproduction. Et on ne parle même pas de l’empreinte carbone. »

Plus dangereux, selon lui, la coopération réglementaire qui a lieu après la signature de ces accords, où des représentants se réunissent pour mettre au point des normes techniques, sanitaires, phytosanitaires et environnementales, à huis clos.

Guillaume Balas, du mouvement Génération-s, ne se limite pas à opiner, il attaque la représentante de LREM, Fabienne Keller, dont la position sur la question du libre-échange reprend la ligne du gouvernement français. Selon la candidate de la majorité,  l’UE ne peut pas se couper du monde. Elle affirme cependant que son parti compte défendre la conditionnalité des traités internationaux, notamment pour garantir la sécurité alimentaire et la protection du climat. Ce qui passerait par la mise en place d’un « mécanisme d’inclusion carbone aux frontières permettant de proposer une diffusion des bonnes pratiques écologiques », une sorte de taxe carbone aux frontières.

Des engagements insuffisants pour Guillaume Balas. « On ne peut pas, en tant que gouvernement, dire qu’on veut protéger l’Europe et accepter ces accords », tranche-t-il, dénonçant le double discours du gouvernement, mais aussi de nombreux eurodéputés du PPE, S&D et même une partie des verts, ce qu’a démenti la candidate écologiste Mélanie Vogel.

Tous écologistes … ou presque

Sur l’enjeu majeur du climat, Nicolas Bay, du Rassemblement National, a réitéré ses doutes quant à l’influence des Hommes sur le réchauffement climatique. Un des journalistes modérateur du débat, Valéry Laramée de Tannenberg, du Journal de l’Environnement, n’a pas manqué de le diriger vers les travaux des scientifiques, et notamment les cinq rapports du GIEC sur la question.

Les partis de la gauche et les verts affichent ici aussi un front uni, avec des ambitions très convergentes. Et c’est très bien, estime Guillaume Balas, qui insiste sur la sortie du néolibéralisme. Pour avancer au niveau écologique, il faut une meilleure répartition des richesses et la fin du productivisme, selon lui.

Éric Andrieu insiste pour sa part sur l’urgence. « À ce jour, 30 % du budget du prochain cadre financier pluriannuel est prévu pour le climat, il faut aller au-delà et conditionner absolument toutes les politiques européennes à la question climatique, de la PAC aux politiques fiscales juge le spécialiste des questions agricoles.

Quelles alliances dans quel Parlement ?

La  question des alliances au sein du futur Parlement européen a également été sujet à débat, notamment entre les partis de gauche et écologistes, divisés en trois listes différentes en France pour l’instant, malgré des programmes politiques très proches.

Interrogé sur la possibilité de siéger ensemble au sein du futur hémicycle avec les socialistes français et Génération-s, la candidate écologiste a répondu « c’est possible », avant de souligner certaines divergences de fonds qui demeurent avec ces partenaires possibles.

Guillaume Balas promet, s’il est élu, de ne « pas adhérer à un groupe dont la majorité approuve ces notions de libre-échange ». « À Génération-s, nous avons fait le choix de quitter ces groupes en créant le Printemps européen  », dont la règle est de ne pas faire alliance avec la droite ou l’extrême droite ».

Mélanie Vogel, rappelle que les écologistes ont récemment empêché une alliance entre leur parti membre en Hongrie avec des forces de la droite. Pour autant, « il nous arrive d’avoir des votes qui passent grâce à des voix venues d’un camp opposé, même avec le Rassemblement national, ce qui ne veut pas dire qu’il y a une alliance pour autant. On peut se rassembler pour voter dans le même sens hors des alliances établies ».

À droite, la question de la recomposition des forces politiques avec la montée en puissance des nationalistes et la délicate position de Fidesz, le parti de Viktor Orban au PPE e également été abordée.

Jean-Philippe Tanguy, de Debout la France, estime pour sa part que pour la première fois les « patriotes » pourraient être le premier ou deuxième groupe au Parlement. Il espère donc une grande alliance souverainiste, même si cela apparait peu probable au regard des projections de sièges effectuées par le Parlement européen.

Enfin, au centre-droit de l’échiquier politique, Fabienne Keller a rappelé avoir quitté la famille des Républicains lors de l’entre-deux tour de l’élection présidentielle, reprochant l’absence de consigne de vote en faveur d’Emmanuel Macron, pourtant opposé à Marine Le Pen.

Brexit 

Agenda oblige, la question du Brexit a également animé les débats, non sans qu’un certain ras-le-bol ne s’exprime parmi les candidats. « Les Britanniques ont voté pour partir, il faut qu’ils partent! » a affirmé Emmanuel Maurel.

Pour Fabienne Keller, la cacophonie du Brexit a découragé les mouvements favorables au Frexit. « Avec toutes les difficultés que rencontre le Royaume-Uni, on voit bien que ce n’est plus très à la mode de suivre cette voie. On  voit combien la construction européenne, 45 ans de tissage de relations, d’échanges, de projets partagés ont intégré le Royaume-Uni à la dynamique européenne ».

Autre crainte, la participation des eurodéputés britanniques au futur Parlement européen confirmée le soir-même lors du Conseil européen du 10 avril. « C’est problématique que des eurodéputés britanniques participent au Parlement sans être liés par ce qu’ils vont voter », déplore Arnaud Danjean.

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