Le coût des bulletins de vote, un obstacle majeur pour les petits partis

Parlement européen, Strasbourg [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Gilets jaunes, Parti pirate, parti animaliste ou encore défenseur de l’espéranto : les petites formations affluent pour les élections européennes. Mais le budget minimal de 300.000 euros pour imprimer les bulletins de vote représente un obstacle majeur.

Ils défendent les droits des animaux, l’esperanto ou la décroissance. Une ribambelle de listes issues de partis politiques peu connus se présente lors du scrutin européen du 26 mai prochain, mais peu on les épaules suffisamment solides pour tenir jusqu’à la date fatidique du 26 mai : il faudra alors avoir imprimé 45.5 millions bulletins de vote. Alors que dans de nombreux pays l’Etat imprime les bulletins de vote, en France, c’est aux partis de les fournir. Si l’on ajoute les autres frais, une campagne coûte rapidement entre 500.000 et un million d’euro ; or seules les listes obtenant 3 % des suffrages verront leurs frais remboursés, jusqu’à 10 millions d’euros.

Barrière financière

« Une campagne électorale c’est extrêmement couteux, les partis doivent financer eux-mêmes leurs affiches, leurs tracts, les professions de foi qui seront directement envoyées par courrier aux électeurs ainsi que tous les bulletins de vote qui seront disponibles le jour J dans toute la France » explique une porte-parole du parti « Allons Enfants », qui regroupe des candidats entre 18 et 30 ans, qui milite notamment pour imposer une rémunération minimale des stages et donner l’initiative législative au Parlement européen.

Cette barrière financière a découragé certaines listes, à l’image de Volt, qui rassemble des jeunes pro-européens et présente une liste dans 8 États membres. Mais en France, le parti « n’a pas réussi à rassembler les conditions pour présenter une liste », explique un communiqué. « La France exigeait de Volt, qui est principalement financé par les frais d’adhésion et le financement participatif, d’imprimer ses bulletins de vote à un coût d’environ 800 000€ » souligne le communiqué.

Le remboursement des frais de campagne étant accessible uniquement pour les partis dépassant les 3%, les petits partis doivent trouver des alternatives. Le Parti Pirate, qui compte une élue allemande au Parlement européen et vise de nouveaux sièges d’eurodéputés notamment en République tchèque, a mis au point un système d’impression de bulletin de vote participatif.

« A priori, n’importe qui peut se présenter à l’élection européenne sans payer, mais en réalité il faut payer les frais d’impression. Pour imprimer un bulletin de vote par électeur, cela revient à 270 000 euros » explique Florie Marie, tête de liste « Pirate » en France. Le parti paneuropéen défend un programme axé sur la défence de la démocratie, des libertés individuelles sur Internet, mais aussi au-delà, et la question écologique et environnementale. « Aujourd’hui, on défend un même programme dans toute l’Europe. On a donc le même programme que les Tchèques » détaille Florie Marie.

« Nous allons proposer à nos électeurs d’imprimer les bulletins de vote pour eux et leurs voisins via le site internet, et en parallèle engager quelques frais d’impression  pour couvrir les grandes villes » explique Florie Marie.

Les listes « gilets jaunes »

Ces questions de financement risquent de poser problème aux trois listes « gilets jaunes » qui se présentent. Le Mouvement pour l’initiative citoyenne (MIC) défend la mise en place du référendum d’initiative citoyenne. Alliance jaune, menée par le chanteur Francis Lalanne, prône aussi la démocratie directe. « Nous sommes dans ce paradoxe  ou nous nous présentons (à l’élection européenne) alors que nous sommes contre le principe de la représentation », a expliqué Francis Lalanne lors de la conférence de presse de lancement, arguant que ce paradoxe constituait  « un outil pour transformer le système » .

Enfin, la liste Évolution citoyenne concours avec à sa tête Christophe Chalençon, une des figures médiatiques du mouvement qui a provoqué une crise diplomatique entre Paris et Rome en rencontrant le vice-premier ministre du travail italien, Luigi Di Maio, également chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S).

Les gilets jaunes provoquent une crise diplomatique entre la France et l'Italie

Une rencontre entre les gilets jaunes et le ministre du travail italien, Luigi Di Maio, a mis le feu aux poudres entre Paris et Rome, dont les relations se sont dégradés ces derniers mois

Les pro-Européens en ordre de bataille

Les partis pro-européens sont aussi en ordre de bataille pour le scrutin. Fervents défenseurs du projet européen, ils ont fait du scrutin un moment de rassemblement. C’est notamment le cas du Parti fédéraliste européen et du mouvement Europe Démocratie Espéranto qui repartent cinq ans plus tard à l’assaut des urnes.

Ainsi, le Parti Fédéraliste Européen a déposé sa liste et participera aux élections avec Yves Gernigon aux manettes et la spécificité de présenter des candidats belges, autrichiens, tchèques, néerlandais et allemands. Autre habitué du scrutin européen, le parti Europe Démocratie Espéranto présente lui aussi une liste « Esperanto – langue commune équitable pour l’Europe ». Le parti milite pour l’adoption de l’espéranto comme langue commune au sein de l’UE afin de faciliter la communication et remplacer l’anglais. Présent uniquement lors du scrutin européen, le pari pourrait bénéficier du Brexit pour porter sa proposition.

Les partis alternatifs se lancent dans la campagne des européennes

Les élections européennes servent aussi de tribune à des formations politiques peu connues. Le Parti Pirate, Cannabis sans frontières ou encore l’Alliance Royale sont déjà dans les starting-blocks.

De l’autre côté de l’échiquier politique, les partis d’extrême droite ont aussi été nombreux à déposer des listes. On compte notamment la liste La ligne claire est menée par Renaud Camus, allié au parti d’extrême droite le SIEL, les Patriotes de l’ancien bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot ou la liste La Reconquête menée par Vincent Vauclin, adepte de la théorie du grand remplacement. François Asselineau, chantre du Frexit, présente lui aussi sa liste Union populaire républicaine. Des partis qui évoquent moins de problèmes de financement. Lors de la présidentielle de 2017, le candidat Asselineau affichait le patrimoine le plus élevé de tous les candidats ; et il vient de refuser les 300.000 euros proposés par Florian Philippot, qui n’a visiblement pas non plus de problème pour lever des fonds, pour rejoindre sa liste.

Pluralisme ou foisonnement

Outre ces listes représentant différentes nuances politiques, le scrutin européen verra aussi concourir un certain nombre de listes monothématiques. C’est le cas du parti animaliste, qui souhaite faire de la question de la protection des animaux une question centrale.

Dans un autre registre, le parti Alliance Royale a déposé une liste « royaliste » opposée à l’Union européenne. Le principal objectif du parti demeure de rétablir la fonction monarchique pour sortir des querelles partisanes.

La liste  Décroissance 2019  milite quand à elle pour un trajet vers une société plus économe et plus juste, celle des « Oubliés de l’Europe » porte la voix de ceux et celles « qui ne comptent pas leurs heures », artisans, commerçants, professions libérales et indépendants.

Droit de réponse

Euractiv a reçu le 29/05/2019 une demande de droite de réponse de la part de François Asselineau, président de l'UPR, que nous publions ici :

Cet article présente l'UPR comme étant un parti d'extrême-droite, ou, à tous le moins, sème la confusion, en le nommant immédiatement à la suite des autres partis qualifiés ainsi par l'auteur de l'article, à savoir :

"La ligne claire est menée par Renaud Camus, allié au parti d’extrême droite le SIEL, les Patriotes de l’ancien bras droit de Marine Le Pen, Florian Philippot ou la liste La Reconquête menée par Vincent Vauclin, adepte de la théorie du grand remplacement."

Or une telle présentation est totalement inexacte car, à l'inverse des formations précitées, le Ministère de l'Intérieur classe l'UPR dans la nuance politique des partis "divers" depuis les élections européennes de 2014. Ce positionnement a récemment été accrédité par le CSA qui, dans sa délibération du 24 octobre 2018, a reconnu comme fautive la présentation faite par la chaîne France 5 de l'UPR parmi un certain nombre de mouvements ou de personnalités d'extrême-droite. A raison, puisque l'UPR se définit comme un mouvement de large rassemblement, au dessus du clivage gauche-droite, dont la base militante, très variée, est majoritairement composée d'adhérents venus de la gauche, et dont le programme s'abstient de prendre position sur des sujets de société clivants".

D'autre part, l'affirmation selon laquelle Monsieur Asselineau afficherait le patrimoine le plus élevé de tous les candidats lors de la présidentielle de 2017 est parfaitement mensongère. Il suffit ainsi de consulter les déclarations officielles publiées par les candidats auxdites élections pour constater que ce n'est pas le cas.

Cette allégation est d'autant plus inacceptable qu'elle est utilisée aux fins d'insinuer que Monsieur Assselineau aurait refusé de faire alliance avec Monsieur Philippot au seul motif qu'il n'aurait pas eu besoin des 300.000 euros proposés par ce dernier, ce qui est absolument faux. Si l'UPR a refusé un tel rapprochement, c'est uniquement pour des raisons politiques."

 

NDLR : Nicolas Dupont-Aignan était le candidat affichant le patrimoine le plus élevé lors de la présidentielle de 2017, avec plus de 2,3 millions d'euros, contre 1,5 million pour M. Asselineau.

 

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