Le numérique au coeur de la campagne française

Numérique et nouvelles technologies sont en bonne place dans le programme d’En Marche, mais pas seulement. La protection des données est aussi très présente dans la campagne française, mais la taxation des GAFA est le seul sujet à faire l’unanimité.

Les priorités numériques et technologiques des candidats varient en nombre, de deux grands points pour Philipe Poutou à 12 pour Emmanuel Macron, et en contenu, de l’autonomisation des établissements scolaires (François Fillon) à la conversion de la lune en base de l’exploration martienne (Jacques Cheminade), selon une analyse détaillée faite par le site Numerama.

Il existe néanmoins des sujets récurrents : une plus forte fiscalité pour les géants de la tech, notamment américains, un thème qui fait l’unanimité ; la correction de la fracture numérique, pour laquelle François Fillon compte cependant sur l’UE et le plan Juncker ; et l’investissement dans les start-ups et l’innovation.

Si tous les candidats s’affirment pour une protection efficace des créateurs et artistes, François Fillon propose quant à lui de redonner un second souffle à la loi Hadopi, une proposition reprise par Emmanuel Macron. Cette autorité publique dédiée à la protection du droit d’auteurs sur Internet, mise en place en 2010 a pourtant des résultats mitigés et le parlement français a décidé qu’elle cesserait d’exister d’ici 2022. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont à l’inverse appelé la sa suppression, estimant qu’elle doit être remplacée par une nouvelle approche.

La plupart des candidats se sont également dits favorables à une meilleure protection des données et de la vie privées, ce qui inclut la renégociation de l’accord avec les États-Unis, le bouclier de protection des données.

Face à Trump, les eurodéputés réclament une meilleure protection des données

Alors que Donald Trump menace d’abroger certaines garanties de protection de la vie privée, le Parlement européen réclame un renforcement de l’accord-cadre sur la protection des données entre l’UE et les États-Unis.

Numériser la société

Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron ont tous trois annoncé des mesures de soutien à l’innovation et aux start-ups et PME, notamment via l’investissement. Le candidat d’En Marche ! a ainsi promis 5 milliards d’euros aux start-ups. Récemment, il a pourtant inquiété les professionnels du numérique dans un tweet indiquant qu’il obligerait les entreprises à livrer aux autorités les codes de leurs systèmes, afin de lutter plus efficacement contre le terrorisme. Les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir, les commentateurs accusant notamment le candidat de tirer une balle dans le pied de l’industrie tech française et de fragiliser les entreprises.

D’un point de vue général, Emmanuel Macron voudrait totalement plonger les Français dans l’ère numérique, notamment en numérisant les démarches administratives, l’exercice de la citoyenneté et la vie d’entreprise. L’e-santé est aussi sa réponse aux déserts médicaux du pays. Il insiste toutefois sur une limite : l’interdiction des smartphones dans les écoles primaires et secondaires. Le candidat n’a cependant pas précisé comment il comptait mettre en place cette mesure qui semble difficilement applicable.

Non à l’ubérisation

Benoît Hamon compte aussi sur le numérique pour améliorer la vie citoyenne. Il entend notamment s’en servir pour permettre aux Français de peser directement sur certaines décisions politiques, notamment l’allocation d’une partie du budget de l’État à des projets avancés par les citoyens. Il prévoit à cet effet une enveloppe qui pourrait atteindre les 5 milliards d’euros.

Le candidat socialiste a par ailleurs annoncé une taxe sur les machines, qui permettrait de financer le revenu universel d’existence. « Asseoir les cotisations patronales sur la  valeur ajoutée et non plus sur le travail est une manière directe de faire payer les robots, les machines, les algorithmes, c’est-à-dire tout ce qui contribue à la création de richesses », a-t-il ainsi déclaré.

Il a par ailleurs déclaré la guerre à Uber et à son modèle économique, dénonçant l’« ubérisation débridée » et a juré de favoriser le travail indépendant en s’opposant au « salariat déguisé des entreprises ubérisées ». Il entend ainsi faire des « collaborateurs » de la société américaine de vrais salariés, et la forcer à payer ses cotisations sociales et à assurer les droits des travailleurs. Il défend aussi le « droit à la déconnexion », dans le cadre de nouvelles règles de protection des salariés et d’amélioration du bien-être au travail. Le candidat soutien également la gratuité de contenus éducatifs et l’utilisation du logiciel libre à l’école et ailleurs.

Enfin, dans une France gouvernée par Benoît Hamon, les lanceurs d’alerte seraient mieux protégés. Sa priorité est de « soutien financier réel et une prise en charge des frais de procédure des lanceurs d’alerte, supprimer le ‘parcours par étapes’ » et, à terme, faire adopter des règles de protection au niveau européen.

Plein feu sur l’économie de l’espace et de l’écologie

Ces deux derniers points de vue sont partagés par Jean-Luc Mélenchon, qui a promis la nationalité française à Edward Snowden et Julian Assange en cas de victoire. Autre point clé pour le candidat de la France insoumise : l’interdiction du fichage généralisé et la lutte contre la surveillance globale, grâce à une remise en question des « pratiques et dispositifs de surveillance de masse sur Internet et les réseaux téléphoniques », jugés « inefficaces et liberticides ».

Avec Jacques Cheminade, Jean-Luc Mélenchon est en outre le seul à avoir intégré le spatial dans son programme. « Les Français sont le deuxième peuple au monde pour ce qui est de la contribution individuelle par vos impôts à l’économie de l’espace », a-t-il rappelé lors de son meeting, doublé par son hologramme. Il voudrait notamment se lancer dans un « programme international de dépollution de l’orbite terrestre basse » et revenir sur la privatisation d’Arianespace et créer une « université internationale des métiers de l’espace ».

Le candidat propose par ailleurs de faire le lien entre le numérique et la transition écologique, notamment en créant un label «  objet numérique durable » tenant compte de l’empreinte écologique des produits « en termes de consommation d’énergie, d’émissions de C02, d’utilisations de ressource et de modularité ». Dans le même esprit, il prône la lutte contre l’obsolescence programmée grâce à l’allongement de la durée de garantie des produits électroniques et à l’établissement d’un droit à la réparation, ainsi qu’un  « plan national de récupération de la chaleur dissipée des centres de données pour alimenter les réseaux de chauffage urbain ».

L’Europe à la rescousse

En plus de son soutien à la loi Hadopi – pour « lutte[r] contre le pillage de nos industries culturelles » -, de son soutien aux start-ups et d’un impôt plus juste pour les grandes multinationales tech, François Fillon souhaite avant tout mettre les entreprises à l’aise, quitte à se défaire de la neutralité du Net, par exemple.

L'ex-suppléant de Fillon montre peu d'égard pour la presse et le droit d'auteur

La Commission culture du Parlement européen, qui défend habituellement les auteurs, a proposé d’ajouter de nouvelles exceptions au droit d’auteur. Le rapporteur, Marc Joulaud, est l’ex-suppléant de Fillon à l’Assemblée nationale, et ex-employeur supposé de Pénélope Fillon.

Le candidat Fillon entend s’appuyer sur l’Europe pour deux étapes importantes : la réduction de la fracture numérique et la cybersécurité. Il compte ainsi s’associer à l’Allemagne pour « construire une véritable souveraineté numérique européenne » (notamment en ce qui concerne la perception d’impôts des multinationales) et faire de la région un pôle d’innovation.

« Carte unique biométrique »

Sur ses 144 engagements présidentiels, Marine Le Pen ne consacre que dix points au numérique. Ce programme tech ne contient en outre « pas de réelles nouveautés, certaines propositions sont déjà en œuvre ou confuses et son projet manque cruellement de mesures opérationnelles, que ce soit sur la protection des données ou dans le domaine de la e-santé », estime le journal spécialisé Journal du Geek. En cause, par exemple, son projet de développer « le mécénat populaire par la création d’une plate-forme numérique dédiée », ce qui existe déjà (KissKissBankBank, Ulule, etc.)

La candidate frontiste entend néanmoins « garantir la liberté d’expression et les libertés numériques par leur inscription dans les libertés fondamentales protégées par la Constitution » et « créer une charte à valeur constitutionnelle qui inclura la protection des données personnelles des Français ». Pour elle, cela passe en autre par l’hébergement des données privées des Français sur des serveurs situés sur le territoire national.

Une administration Le Pen se pencherait tout particulièrement sur la lutte contre le « cyberjihadisme » et la pédocriminalité sur Internet, apprend-t-on, sans que les méthodes choisies soient précisées.

Enfin, Marine Le Pen compte fusionner la carte vitale et la carte d’identité en une « carte unique biométrique », afin de lutter contre la fraude et investir dans de nouveaux outils numériques, pour l’instant non-identifiés, pour la sécurité sociale, afin de réaliser des économies à long terme.

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