Le patron du FMI accusé d’abus sexuel : la France sous le choc

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Dimanche (15 mai), le dirigeant du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a été arrêté et accusé d'abus sexuel sur une femme de chambre d'un hôtel new-yorkais. Le scandale pourrait ruiner ses espoirs de se présenter pour les élections présidentielles françaises.

Dominique Strauss-Kahn a été arrêté à New York suite aux accusations d’une femme de chambre affirmant qu’il l’aurait poursuivie nu dans un couloir d’hôtel, agressée sexuellement et tenté de l’enfermer dans une chambre d’hôtel.

Ces accusations ont menacé de créer un vide à la direction du FMI, l’organisme de surveillance du système économique, et bouleversent les perspectives des élections présidentielles d’avril prochain, pour lesquelles les sondages plaçaient M. Strauss-Kahn en première place.

Un de ses avocats, Benjamin Brafman, a déclaré que son client « plaiderait non coupable ».

Le socialiste de 62 ans, un acteur clé dans la réponse à la crise financière mondiale de septembre 2007 et dans la gestion de la crise de la dette en Europe, a été arrêté samedi, alors que son avion Air France s’apprêtait à décoller pour Paris de l’aéroport international John F. Kennedy.

Le porte-parole de la police new-yorkaise, Paul Browne, a déclaré qu’il était accusé d’agression sexuelle, de séquestration et de tentative de viol. Il devrait comparaître devant un tribunal dimanche.

L’arrestation a causé un choc et l’incrédulité en France, où un porte-parole du gouvernement a appelé à la prudence et au respect de la présomption d’innocence.

« Les nouvelles qui nous parviennent depuis cette nuit de New York sonnent à l’évidence comme un coup de tonnerre », a déclaré la dirigeante socialiste, Martine Aubry, appelant à l’unité du parti.

François Bayrou, un opposant centriste de M. Strauss-Kahn, a déclaré : « Tout cela est confondant, navrant et infiniment troublant. Si les faits sont vérifiés, ce sont des comportements dégradants […] pour les femmes en général. […] On mesure les conséquences pour l’image de la France dans le monde ».

Marine Le Pen, la dirigeante de l’extrême droite, a affirmé que les espoirs présidentiels de son rival étaient réduits à néant. M. Strauss-Kahn et elle-même étaient en tête des récents sondages, mieux placés que le président conservateur, Nicolas Sarkozy, alors même que le chef du FMI devait encore faire l’annonce officielle de sa candidature.

Lors d’une déclaration sur son site web, le FMI a refusé de commenter l’affaire, affirmant qu’elle « demeurait pleinement active et opérationnelle ».

Mais un représentant officiel grec a déclaré à Reuters que l’arrestation pourrait causer des retards à court terme dans les discussions au sujet d’un renflouement de l'Union européenne et du FMI pour Athènes, dans lequel Dominique Strauss-Kahn était très impliqué, en obligeant à annuler des réunions essentielles.

Dominique Strauss-Kahn devait rencontrer la chancelière allemande, Angela Merkel, dimanche et assister à une réunion des ministres des finances de la zone euro le lendemain pour parler de la crise de la dette et de la gestion des difficultés de la Grèce quant au respect des objectifs du renflouement et du regain de la confiance des marchés.

« Le gouvernement grec continue, sans interruption, son programme pour sortir de la crise », a déclaré le porte-parole du gouvernement, George Petalotis lors d’une déclaration.

Récit de la femme de chambre

Anne Sinclair, l’épouse de Dominique Strauss-Kahn, a déclaré : « Je ne crois pas une seule seconde aux accusations qui sont portées contre mon mari ».

Elle a ajouté : « Je ne doute pas que son innocence sera établie. J’appelle chacun à la décence et à la retenue ».

L’un des avocats du chef du FMI basé en France, Leon Lef Forster, a déclaré: « Il faut attendre que les choses soient décantées et voir si c'est réel ou une provocation. Il ne faut surtout pas rentrer dans un spectacle médiatique ».

Une femme de chambre de 32 ans a porté plainte pour agression sexuelle suite au départ précipité de DSK de sa suite à 3000 dollars la nuit à l’hôtel Sofitel de Times Square, où l’incident a eu lieu samedi aux alentours d’une heure de l’après-midi, a déclaré M. Browne.

M. Strauss-Kahn a semblé avoir fui l’hôtel après l’incident, a déclaré le porte-parole de la police.

M. Browne a affirmé : « Elle a dit aux inspecteurs qu’il était sorti de la salle de bain nu, qu’il avait couru dans le couloir jusqu’au foyer où elle était, l’avait tirée dans une chambre et avait commencé à l’agresser sexuellement ».

« Elle s’est dégagée et il l’a traînée dans le couloir jusqu’à la salle de bain où il l’a agressée sexuellement, selon son récit aux détectives. Il a tenté de l’enfermer dans la chambre d’hôtel ».

M. Strauss- Kahn ne dispose pas de l’immunité diplomatique, a déclaré M. Browne.

Selon la loi de l’Etat de New York, une agression sexuelle peut entraîner une peine de 15 à 20 ans de prison, tout comme une tentative de viol. La séquestration peut valoir une peine de trois à cinq ans.

Cette allégation embarrasse énormément le FMI qui a autorisé le déblocage de milliards de dollars en faveur des pays en difficulté et a joué un rôle majeur dans la crise de la zone euro.

La France en état de choc

Connu sous ses initiales, DSK, le directeur général du FMI devait annoncer à la fin juin s’il allait ou non se présenter aux élections présidentielles françaises. Les derniers sondages l’avaient clairement placé en tête devant Nicolas Sarkozy, le conservateur actuellement au pouvoir.

« Cette affaire et cette inculpation […] marquent la fin de la campagne ou de la précampagne de M. Strauss-Kahn à la présidentielle et très probablement, le FMI prendra la décision assez rapidement de lui demander de quitter son poste », a déclaré la dirigeante du Front National, Marine Le Pen, sur i-Télé.

Le ministre conservateur du commerce, Pierre Lellouche, a déclaré : « Je pense qu’il faut accorder à Dominique Strauss-Kahn la présomption d’innocence et laisser se dérouler la procédure. Si tout cela était avéré, ce serait accablant ».

Même les alliés politiques de M. Strauss-Kahn se sont montrés pessimistes.

Selon l’éminent socialiste, Jacques Attali, l’issue la plus probable est que cette affaire restera dans les mémoires, même s’il plaide non coupable, et il l’est peut-être, mais il ne pourra pas être candidat aux primaires socialistes pour la présidence, ni rester au FMI.

Si M. Strauss-Kahn était hors course, les candidats socialistes en lice pour la présidentielle incluent la dirigeante du parti, Martine Aubry, le vétéran de gauche, François Hollande, et la candidate battue par M. Sarkozy en 2007, Ségolène Royal.

Diminution de l’influence de l’Europe sur le FMI

L’arrestation de Dominique Strauss-Kahn fait suite à une déclaration du numéro deux du FMI, John Lipsky, qui prévoit de se retirer en août, à la fin de son mandat.

Une crise de leadership au FMI inquièterait en particulier les pays européens, étant donné le rôle pivot de DSK quant aux négociations des renflouements de l’Islande, la Hongrie, la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

L’arrestation de DSK pourrait également s'avérer favorable aux tentatives du Brésil et d’autres marchés émergents d’obtenir davantage de poids dans la sélection des dirigeants du FMI et de la Banque mondiale, rapporte Bloomberg.

« Il y a des chances que son successeur ne soit pas européen, et veuille rééquilibrer les priorités du FMI par rapport à son énorme engagement en Europe », a déclaré Jean Pisani-Ferry, directeur du groupe de réflexion économique Bruegel.

 « Cet évènement va probablement mettre en jeu la structure de direction et de gouvernance du FMI de manière dramatique et non anticipée », a déclaré Eswar Prasa, haut placé à la Brookings Institution de Washington et ancien représentant officiel du FMI. Il a déclaré à Bloomberg qu’il était « intenable » pour DSK de conserver son poste, et que les Européens seraient peut-être incapables de garder le contrôle sur ce poste.

Depuis qu’il a pris la direction du FMI, le Français a été salué pour avoir mis la lutte contre la crise financière au centre des efforts de l'organisation. Il a instauré des changements radicaux pour assurer aux pays mis à mal par la crise un accès à des prêts d’urgence.

Il a supervisé des changements qui ont donné à des marchés émergents, tels que la Chine, l’Inde et le Brésil, davantage de pouvoir au FMI, et s’est impliqué dans des débats houleux pour que la Chine laisse monter sa monnaie suite à un conflit avec les Etats-Unis

 (EURACTIV avec Reuters. Article traduit de l’anglais par EURACTIV)

Dominique Strauss-Kahn est l’une des personnalités à la plus grande couverture médiatique, avec le gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet.

M. Strauss-Kahn a pris la direction du FMI en novembre 2007 pour un mandat de cinq ans, qui doit se terminer l’année prochaine. Avant cela, il a été ministre des finances en France, membre de l’Assemblée nationale et professeur d’économie.

Il a déjà fait face à la controverse auparavant. En 2008, il s’est excusé d’une « erreur de jugement » suite à une affaire avec une femme travaillant au FMI qui était sous son autorité. Une enquête l’a blanchi des accusations de harcèlement et d’abus de pouvoir, mais il avait été mis en garde par le conseil d’administration des Etats du FMI contre ces comportements inappropriés.

M. Strauss-Kahn s’est excusé auprès de cette femme, Piroska Nagy, et de sa femme, la personnalité télévisuelle Anne Sinclair, ainsi qu’auprès des employés du FMI pour les problèmes qu’il avait causés.

M. Strauss-Kahn était supposé se présenter du côté des socialistes aux élections présidentielles de 2012 mais devait encore déclarer sa candidature.

Un sondage mené par Harris, publié dans l’édition du dimanche du quotidien Le Parisien, et conduit avant que le scandale n’éclate, a révélé que 41 % des participants espéraient une candidature de M. Strauss-Kahn, contre 25 % pour son concurrent François Hollande et 16 % pour Martine Aubry.

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