Le programme des populistes italiens renonce à toute sortie de l’euro

Giuseppe Conte, inconnu du grand public, a été choisi par la Ligue et le M5S comme Premier ministre. Le président n'a pas encore confirmé. [ANSA/ALESSANDRO DI MEO]

L’accord de gouvernement trouvé par le Mouvement 5 étoiles et la Ligue devrait permettre de sortir l’Italie de l’impasse dans laquelle elle est empêtrée depuis mars, bien que le programme propose des mesures controversées. Un article de notre partenaire La Tribune

Les dirigeants du Mouvement 5 étoiles (M5S) et de la Ligue, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, sont parvenus à un accord sur leur contrat de gouvernement, mais réfléchissent toujours au nom du futur président du Conseil italien. Cette annonce a déjà soulevé des inquiétudes en Europe. Dans un document de 58 pages, les deux forces politiques ont apporté des précisions sur les 30 principales mesures qu’elles veulent mettre en place au cours de leur mandat. Mais il apparaît que les mesures les plus controversées ont été exclues du programme. La Bourse de Milan a accueilli froidement la publication de ce programme élaboré par les deux formations politiques, en vue de présenter la semaine prochaine le premier exécutif anti-système dans un pays fondateur de l’Union européenne, à qui il manque encore un chef de gouvernement.

1 – Réduction de la dette par une politique de soutien à la croissance

Confrontée à un ratio de dette important (plus de 130 % du PIB), l’Italie fait régulièrement l’objet de critiques de la part de l’Allemagne ou des partisans de la rigueur budgétaire sur le Vieux Continent. Dans leur programme commun, la Ligue et le Mouvement 5 étoiles mettent en avant une réduction de la dette par une politique de soutien à la croissance, sans passer par une augmentation de la fiscalité ou des mesures d’austérité.

Pour favoriser l’investissement public, ils défendent la modification des règles européennes afin que les dépenses engagées dans l’investissement public ne soient pas prises en compte dans le déficit budgétaire. Un scénario qui présente rapidement des limites au vu du fonctionnement des institutions européennes. S’il est bien sûr possible de réviser les traités européens, le processus de modification prend généralement du temps au regard des révisions précédentes.

2 – Pas de sortie de l’euro en vue

Le programme ne comporte aucun élément relatif à une sortie de l’euro, a affirmé une source citée par Reuters qui ajoute que ce projet ne devrait pas être vecteur d’inquiétudes quant au maintien de l’Italie au sein du bloc monétaire. La publication mardi soir par le Huffington Post Italia d’une ébauche d’accord évoquant la volonté des deux partis de demander l’effacement de 250 milliards d’euros de dette et de réclamer des procédures permettant aux États membres de sortir de l’union monétaire a ébranlé mercredi les marchés transalpins, faisant plonger la Bourse de Milan et grimper les rendements de la dette souveraine italienne.

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Le programme ne parle plus explicitement d’une sortie de l’euro, mais entend « revoir, avec les partenaires européens, le cadre de la gouvernance économique », y compris la monnaie unique, pour « revenir à la situation des origines dans laquelle les États européens étaient mûs par une intention sincère de paix, de fraternité, de coopération et de solidarité ». Les populistes proposent également une renégociation des traités européens.

3 –Simplification de la fiscalité

Au niveau du Trésor public, les deux formations proposent une réforme de la fiscalité « courageuse et révolutionnaire ». Elles veulent simplifier la fiscalité sur le revenu des personnes et celle sur les entreprises avec deux barèmes de 15 % et 20 % par le biais d’une « flat tax ». Les tranches actuelles sont taxées entre 23 % et 43 %. Les futurs dirigeants veulent encourager la politique familiale en accordant une déduction fiscale de 3.000 euros pour les familles.

Le programme propose la mise en place d’un revenu de citoyenneté d’un montant de 780 euros par mois aux personnes en situation de précarité, pour faciliter leur réinsertion et stimuler la consommation. En revanche, les bénéficiaires ne devraient pas avoir le droit de refuser plus de trois offres d’emploi en deux ans. Les deux partis sortis victorieux du dernier scrutin veulent ouvrir un dialogue avec l’Union européenne dans le but d’utiliser 20 % du fonds social européen pour aider l’Italie à installer un revenu universel.

Sur le plan économique, le document signale le développement de la green-economy et des voitures électriques. Au niveau de l’emploi, l’accord propose l’instauration d’un salaire minimum et une enveloppe de deux milliards d’euros dans les dispositifs d’aide à la recherche d’emploi.

4 – Recul de l’âge de départ à la retraite

Au niveau des retraites, le futur gouvernement propose un recul progressif de l’âge de retraite, qui doit passer à 67 ans en 2019 alors que la quatrième économie de l’UE est déjà confrontée au vieillissement de sa population. L’âge de départ est actuellement fixé à 66 ans. Le projet affirme que ces mesures coûteront 5 milliards d’euros d’après des chiffres rapportés par Reuters.

La coalition veut également introduire un nouveau système de points permettant d’ajouter l’âge au nombre d’années de cotisations, avec pour but d’arriver à 100 points. Par exemple, une personne qui a cotisé 35 ans devra attendre 65 ans pour partir à la retraite. Une option permettra aux femmes qui ont cotisé 35 ans de partir à la retraite dès 57 ans.

5 – Création d’une banque publique d’investissement

Pour doper l’activité, le programme prévoit la création d’une banque publique d’investissement. Au niveau bancaire, la coalition défend une réforme « radicale » du système européen de sauvetage des banques pour améliorer la protection des avoirs financiers des épargnants. Elle plaide en faveur d’une séparation entre les métiers de banque d’affaires et de détails. Enfin, elle suggère de maintenir l’actionnariat public au sein de la Monte dei Paschi qui récemment traversé une grave crise.
6 – Réforme des institutions

Comme en France, la coalition propose une baisse drastique du nombre de parlementaires avec 400 députés contre 630 aujourd’hui. Pour le Sénat, leur nombre serait limité à 200 contre 318 actuellement. Tous les parlementaires seraient élus au suffrage universel direct avec interdiction de changer de groupe politique pendant la mandature. Le futur exécutif veut multiplier les référendums d’initiative populaire et favoriser la décentralisation en renforçant l’autonomie des régions.

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