Le Rassemblement national officialise son arrimage à l’UE et à l’euro

Jordan Bardella, Marine Le Pen et Nicolas Bay son venus défendre leur projet pour une Europe des nations.

Finis la sortie de l’UE et de l’euro : le Rassemblement national tente de se renouveler avec un récit nationaliste mais ancré localement.

Le virage du Rassemblement national sur l’Union européenne est pris. Autrefois défenseur d’un Frexit et d’une sortie de la zone euro, le parti dirigé par Marine Le Pen s’engouffre dans la mode du local pour la campagne électorale européenne .

« Nous avons opéré un changement depuis 2 ans » reconnait Marine Le Pen. « La situation d’isolement qui était la nôtre en Europe est finie.  Avant nous n’avions pas beaucoup de choix : il fallait se soumettre ou en sortir. Maintenant nous avons des alliés » a détaillé la présidente du RN.

Des alliés, le Rassemblement national en compte déjà certains au Parlement européen. « On ne part pas de rien » rappelle Marine Le Pen. Mais l’objectif est aujourd’hui de constituer « un très grand groupe souverainiste au Parlement européen », une mission pour laquelle l’italien Matteo Salvini a été mandaté, affirme Marine Le Pen. « :Et sur ce plan-là, on est bien plus avancé que M. Macron ». Le Rassemblement national est au coude-à-coude avec La République en Marche dans les sondages.

Lors d’une conférence de presse à Strasbourg le 15 avril au soir, le parti d’extrême droite a présenté un « Manifeste pour une Europe de nations ». Composé d’une centaine de pages, il redéfinit la doctrine du RN en amont des élections du 26 mai prochain.

Jordan Bardella, 23 ans, tête de liste du Rassemblement national aux européennes

Louis Alliot a confirmé le 7 janvier que Jordan Bardella sera bien la tête de liste du Rassemblement national pour le scrutin du 26 mai. La décision de le nommer a été arrêtée définitivement lors d’un bureau exécutif du parti. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Autre document présenté par la tête de liste, Jordan Bardella , la présidente du parti Marine Le Pen, et l’eurodéputé sortant Nicolas Bay, le projet « pour une Europe des Nations et des peuples » concentre des propositions concrètes en vue des élections à venir.

Localisme versus globalisme

Pour sortir du clivage entre populiste et progressiste porté par La République en Marche (LREM), le RN a concocté un nouveau clivage qui s’articule sur la question de la mondialisation et intègre la question de l’écologie, dont le parti à longtemps été absent.

« Nous voulons produire nous-même tout ce que nous pouvons raisonnablement produire », a résumé Jordan Barella lors de la conférence de presse à Strasbourg. Avec la mise en œuvre d’un patriotisme économique visant à défendre « une production locale, écologique et socialement responsable », le Rassemblement national vise la défense du « localisme ».Qui s’oppose ainsi par essence à la globalisation et le libre-échange prôné par l’Union européenne actuelle, explique Marine Le Pen.

Le Brexit refroidit les vélléités de sortie de l’UE

Le parti d’extrême droite suédois, les Démocrates de Suède, ne réclame plus une sortie de l’UE. Et il n’est pas le seul : plusieurs partis populistes d’Europe ont fait marche arrière à ce sujet.

Parmi les propositions concrètes, la RN veut donner la priorité dans la commande publique aux entreprises et aux agriculteurs français, mais aussi créer un concept de responsabilité nationale des entreprises. Un outil qui consisterait à donner une prime aux entreprises françaises qui n’ont pas recours aux travailleurs détachés, ne délocalisent pas, et choisissent avec soin leurs sous-traitants.

Autre proposition, celle d’une barrière douanière écologique aux portes de l’Europe, qui doit permettre de se défendre contre la concurrence des produits écologiquement moins-disant. Une formulation proche de l’idée de taxe carbone aux frontières défendue par plusieurs partis politiques, dont Les Républicains ou encore LREM.

Enfin, la suppression de la directive sur le détachement des travailleurs, également proposée par Debout La France, figure à l’agenda européen du RN. « On ne conteste pas le principe d’un marché unique, on conteste la concurrence déloyale qui s’y organise notamment avec les pays de l’Est » rappelle Nicolas Bay.

Fact-checking : annuler la directive travailleurs détachés, une proposition impossible

La suppression de la directive sur les travailleurs détachés fait partie des propositions phares du candidat Nicolas Dupont-Aignan pour les élections européennes. Problème : une telle hypothèse n’est pas possible sans sortie de l’UE.

Europe des civilisations

La prose du Rassemblement national sur d’autres grandes thématiques historiques telles que le rétablissement des frontières nationales, l’arrêt de l’immigration et celui de l’élargissement de l’UE à la Turquie e aux Balkans n’a pas varié.

La rhétorique sur le respect des États-nation aussi. « Qu’est-ce que c’est l’Europe ? Une civilisation commune composée des diversités et singularités des nations qui la compose »a martelé Jordan Bardella dans son discours introductif.

Si la sortie de l’Europe n’est plus à l’ordre du jour, sa transformation en Europe des nations est une condition sine qua non pour le RN. Jugée « antidémocratique », la Commission européenne devrait être remplacée par une instance normative en charge de l’application des textes.

L’initiative législative – aujourd’hui aux mains de la Commission – passerait ainsi à celle du Conseil, qui représente les États membres. « C’est la Commission qui a l’initiative législative alors que c’est l’institution qui a le moins de légitimité démocratique » affirme Nicolas Bay.

Cette nouvelle organisation institutionnelle « demanderait une renégociation des traités », reconnait-on au Rassemblement national. Un dossier épineux puisqu’il suppose une unanimité des chefs d’État et de gouvernement. « Mais le fait qu’il faille se mettre à la table des négociations avec les autres chefs d’État n’est pas un obstacle », affirme, optimiste, Nicolas Bay.

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