Le raz-de-marée des forces antisystème plonge l’Italie dans l’incertitude

Luigi Di Maio, du Mouvement 5 Étoiles, grand vainqueur des élections du 4 mars. [Stefano Guidi/Shutterstock]

Une percée historique des forces antisytème, eurosceptiques et d’extrême droite, majoritaires en voix et en sièges après les législatives italiennes, bouleversent la donne et plongent le pays dans l’incertitude politique.

« Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l’emportent », résume l’éditorialiste du quotidien La Stampa.

La coalition formée par Forza Italia de Silvio Berlusconi, la Ligue (nouveau nom moins restrictif de la Ligue du Nord) et le petit parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), obtient certes quelque 37 % des voix, selon des résultats partiels portant sur deux tiers des bureaux de vote.

À l’intérieur de cette coalition, c’est la Ligue de Matteo Salvini, formation eurosceptique et anti-immigration, alliée de Marine Le Pen en Europe, qui est en tête. Et si cette alliance devait l’emporter en termes de sièges, ce qui semblait hors de portée au vu des résultats partiels, Matteo Salvini, qui a promis d’expulser des centaines de milliers d’immigrés « clandestins », serait en droit de réclamer le poste de Premier ministre.

« L’Union européenne va passer une mauvaise soirée », avait pour sa part commenté dès dimanche soir sur Twitter, la présidente du front national français, Marine Le Pen, qui se félicite de l’avancée de la Ligue.

Les antisystème du Mouvement 5 Etoiles (M5S) réalisent de leur côté une percée historique, devenant le premier parti en Italie avec un score frôlant les 32 %.

Désormais, « tout le monde devra parler avec nous », s’est réjoui l’un de ses dirigeants, Alessandro Di Battista, après une campagne dirigée contre la corruption et la « caste » politique italienne.

La Ligue a martelé de son côté tout au long d’une campagne émaillé d’incidents violents, un discours anti-immigration et méfiant à l’égard de « Bruxelles », qui semble avoir porté, dans un pays en proie à l’euroscepticisme et où quelque 690 000 migrants ont été accueillis depuis 2013.

L’euroscepticisme se fait discret dans la campagne électorale italienne

L’imminence des élections législatives en Italie, dimanche 4 mars, a pour effet d’adoucir le discours des partis les plus eurosceptiques. Un article d’Euroefe.

 

« D’abord les Italiens », « Stop à l’invasion », … les affiches électorales au siège de la Ligue à Milan rappelaient dimanche ces grands thèmes martelés par Matteo Salvini, 44 ans, tout au long de sa campagne, du nord au sud de la péninsule. « Mon premier commentaire: merci! », a tweeté vers minuit le dirigeant de la Ligue, qui n’a pas prévu de s’exprimer avant lundi matin.

Silvio Berlusconi, qui s’était présenté à Bruxelles comme le seul rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu son pari.

Nigel Farage, ex-chef de UKIP, parti pro-Brexit en Grande-Bretagne, a d’ailleurs félicité sur Twitter ses « collègues » du M5S.

Ce mouvement, fondé par le comique Beppe Grillo en 2009, avait déjà créé la surprise en raflant 25% des voix aux dernières législatives de 2013, et s’assure une position centrale dans le futur parlement si son score est confirmé.

L’Italie ingouvernable ?

Le Parti démocrate (PD, centre gauche) de Matteo Renzi a de son côté confirmé dans les urnes le mauvais résultat anticipé par les sondages avec un score inférieur à 20 %, selon ces estimations, soit moitié moins que celui obtenu aux élections européennes de 2014.

L’absence de majorité pour la coalition de droite, si elle devait se confirmer, contraint les leaders politiques italiens à des calculs et des tractations, qui s’annoncent longs et complexes.

Une alliance des populistes du M5S et de l’extrême-droite de la Ligue, est la seule possible pour obtenir une majorité parlementaire, au vu des résultats partiels. Or, les dirigeants de ces deux formations ont jusqu’à présent catégoriquement rejeté cette éventualité.

Renzi, candidat contesté des élections italiennes

Les Italiens sont très divisés quant à leur ancien Premier ministre italien, Matteo Renzi, mais pourquoi ? À l’approche des élections, notre partenaire, Italia Oggi, donne des éléments de réponse.

« Les vainqueurs de cette bataille électorale sont Matteo Salvini et Luigi di Maio », le chef de file du M5S, mais « tout cela ne conduit à aucune forme de gouvernabilité », assure ainsi l’éditorialiste de La Stampa.

Il appartiendra donc au président italien, Sergio Mattarella, de démêler l’écheveau de ces résultats, dans les semaines qui suivent, et de confier un « mandat exploratoire » à celui ou celle qui lui paraitra en mesure d’obtenir une majorité devant le Parlement.

Ces consultations politiques officielles ne s’ouvriront cependant pas avant la fin du mois au plus tôt, après l’élection des présidents des deux chambres, ouvrant une nouvelle période d’instabilité en Italie, qui pourrait déboucher à terme sur de nouvelles élections.

La Bourse de Milan a limité les pertes, perdant 2% à l’ouverture avant de se reprendre en quelques minutes autour de -1%. Mediaset, l’empire médiatique de Silvio Berlusconi, l’un des perdants de la nuit, plongeait toutefois à 5,63% à 2,935 euros.

Berlusconi se dit «disponible» pour redevenir Premier ministre

Si des élections devaient être réorganisées ultérieurement, Silvio Berlusconi serait disposé à redevenir Premier ministre en 2019. Son favori pour le poste en cas de victoire, le président du Parlement européen Antonio Tajani, se fait discret.

La REM se refuse au catastrophisme

La victoire des populistes en Italie est un affaiblissement pour l’Europe, selon le délégué général de La République en marche Christophe Castaner après les premiers résultats des élections législatives et sénatoriales transalpines.

« L’Italie, avec la victoire des populistes, et on voit que ce mal menace partout en Europe, c’est aussi un affaiblissement du sud de l’Europe et donc de l’Europe », a-t-il ajouté sur LCI. « La France n’est jamais renforcée quand l’Europe est faible parce qu’on a besoin de partenaires forts pour changer l’Europe mais on a besoin d’Europe. »

Le chef de file de La REM s’est dit par ailleurs « optimiste » après le feu vert donné samedi en Allemagne par les adhérents du Parti social-démocrate (SPD) à la formation d’un gouvernement de grande coalition avec le bloc conservateur d’Angela Merkel (CDU-CSU), déjà salué par Emmanuel Macron.

« Cette coalition, qui est un accord politique de gouvernance, va avancer et moi je suis plus optimiste », a-t-il indiqué, évoquant « la fragilité qui était celle d’Angela Merkel, mais dont je pense qu’elle se sortira bien ».

La crainte d’un raz-de-marée populiste emportant l’Union européenne et l’euro, qui a reflué en 2017 avec l’élection d’Emmanuel Macron, renaît au vu des élections législatives italiennes dans un contexte de tensions toujours vives sur la refonte de la construction européenne.

Pour la ministre française chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau, l’Italie « est dans une phase d’euro-déception ». Elle s’est toutefois refusée au « catastrophisme » au lendemain du vote.

« Ce qui est frappant c’est que ce pays, fondateur de l’Union européenne, est dans une phase d’euro-déception », a-t-elle sur France info. « C’est un pays qui a fait face à un afflux migratoire qu’il n’avait jamais connu dans son histoire et qui s’est senti seul, abandonné par l’Union européenne. »

« Cela montre que partout en Europe les partis traditionnels sont fatigués […] Il y a un dégagisme, il y a une soif de renouvellement, on l’a vu partout. Il n’y a de triomphe de personne puisque personne n’a la majorité absolue, personne ne peut gouverner seul », souligne toutefois la ministre.

Emma Bonino met en garde contre l’euroscepticisme en Italie

L’ancienne commissaire européenne, l’Italienne Emma Bonino, revient sur le devant de la scène politique pour les élections du 4 mars avec la coalition +Europa et avec l’objectif d’éloigner « le danger » que représentent pour l’UE la droite et le Mouvement 5 étoiles. Un article d’Euroefe.

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