Le scrutin européen frappé d’une crise de jeunisme

Les européennes frappées de jeunisme? [Shutterstock]

Pour enrayer leur perte de crédibilité, les partis français envisagent des candidats de plus en plus jeunes pour les représenter. Une stratégie qui risque de peser sur l’influence française déjà affaiblie.

Comment faire pour gérer l’ambiance de dégagisme qui décrédibilise les partis français ? La question taraude les responsables, qui pensent avoir trouvé une parade en renouvelant leur offre. Mais les nouvelles têtes ne suffisent pas : il faut aussi que les candidats soient le plus jeunes possibles.

Tête de liste pour le Rassemblement national, Jordan Bardella est né en 1996, un an après la mise en œuvre de l’accord de Schengen. Chez la France Insoumise, Manon Aubry, ancienne communicante d’Oxfam a 29 ans. Pour les Républicains, on songe aussi à un jeunot : François-Xavier Bellamy,  prof de philosophie et auteur d’ouvrages sur l’héritage notamment, a 33 ans.

En 2014, les têtes de listes étaient plus nombreuses, puisqu’il y en avait une par région, mais la moyenne d’âge penchait plutôt du côté de la soixantaine avec Michèle Alliot-Marie, Nadine Morano, Alain Lamassoure, Pervenche Berès, José Bové, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Marie Le Pen et sa fille.

Pour le scrutin de mai 2019, le succès électoral du jeune président Macron, il y a dix-huit mois, semble avoir fait des émules.

L'émiettement de la gauche française pour les européennes aiguise les appétits

De Ségolène Royal à Benoît Hamon en passant par les plates-formes citoyennes, les ambitions de la gauche se démultiplient à l’approche des  élections européennes de mai 2019. Au risque de  se neutraliser entre elles.

Cette nouvelle mode du jeune en politique n’est pas forcément une bonne nouvelle pour l’influence française au niveau européen.

Selon VoteWatch, les membres du Parlement européen les plus influents sont 5 hommes de plus de 50 ans. Même si le nouveau Parlement risque d’être bouleversé dans sa représentation, il y a peu de chance que des inconnus peu au fait des questions européennes puissent parvenir en une seule mandature à parvenir aux postes qui garantissent le pouvoir : ceux de président de groupe, de président de commission, ou même de président de la chambre européenne.

Un jeune élu aura même peu de chance d’être membre d’une commission importante si son groupe politique européen ne le soutient pas d’arrache-pied.

Mais comme le souligne Pervenche Berès, élue socialiste qui s’est penchée sur ce que fait le FN à Strasbourg dans un ouvrage, «la question de l’influence effective au Parlement européen n’est pas la question pour le Rassemblement national ».

Obstruction, subventions : le FN coûte cher au Parlement européen

Depuis les élections européennes de 2014, le Parlement européen est de plus en plus utilisé par le Front national pour gagner de l’envergure politique. Et l’institution peine à encadrer ces pratiques, dénonce l’eurodéputée Pervenche Berès dans un livre.

La République En Marche prend son temps, et a prévu d’annoncer fin février une tête de liste qui serait « une personnalité de poids », selon Stanislas Guérini, qui dirige le mouvement. Une description qui laisse a priori peu de chances aux moins de quarante ans.

Mais devant la multiplication des candidats très jeunes, le parti centriste aura sans doute du mal à défendre une candidature comme celle d’Alain Juppé, 72 ans, qui a été pressenti.

La nouvelle mode du jeunisme ne semble pas atteindre les Verts et la gauche, puisque,  Yannick Jadot chez les Verts et Benoit Hamon pour Générations, qui ont tous deux 51 ans sont a priori candidats et  têtes de liste, et qu’au PS la tête de liste pourrait être un eurodéputé sortant.

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