Incrédules, écœurés, consternés, les militants du Parti populaire (PP) espagnol rêvaient du large succès que leur promettaient les sondages, bien loin de leur courte victoire qui pourrait se traduire par un maintien in extremis de la gauche au pouvoir.
« Je ne peux pas le croire, je ne peux pas le croire… Je ne peux pas croire qu’on ne gagne pas ! ». Concha Peña, Madrilène de 70 ans, n’en revient pas devant le décompte des voix qui s’affiche sur l’écran devant le siège du PP.
Elle en vient presque à se frotter les yeux, elle qui croyait qu’un raz-de-marée de la droite allait se produire. Alors que 90 % des bulletins sont dépouillés, elle espère encore que le décompte des voix des électeurs de Madrid, bastion du PP, pèsera dans la balance.
Mais le score restera le même. Avec 136 sièges, le PP ne devance le Parti socialiste du Premier ministre Pedro Sánchez que de 14 sièges et surtout, l’alliance qu’il aurait pu former avec l’extrême droite de Vox, son seul allié potentiel, n’atteint pas la majorité absolue.
Grâce au jeu des alliances, M. Sánchez, arrivé deuxième, conserve donc des chances de se maintenir au pouvoir. Un scénario qui apparaissait improbable ces derniers jours, surtout pour les militants de droite.
« Ce résultat me déconcerte mais c’est un pas en avant » pour le PP, tente de se convaincre Daniel Martin, architecte de 30 ans, agitant frénétiquement une banderole du parti.
Quant à Carmen Rodriguez de la Cruz, elle avait pris un avion depuis les Canaries, où elle vit, pour « voir ça », le triomphe tant attendu de la droite, qui n’aura pas eu lieu.
« Je ne m’y attendais pas, mais alors pas du tout. Je vais devoir encore supporter [Pedro Sánchez] quatre ans ! Vu comment c’est parti, on va encore avoir Sánchez, avec la ‘blonde’ [référence à la numéro 3 du gouvernement et candidate de la gauche radicale, Yolanda Diaz] et les indépendantistes [catalans et basques, soutiens réguliers de la coalition au pouvoir] », dit-elle, avec mépris.
« Je ne sais pas ce que veulent les Espagnols, ils se plaignent, ils critiquent et après… c’est la merde ! Clairement », s’emporte-t-elle.
Faisant au balcon le signe de la victoire de ses deux bras, Alberto Núñez Feijóo, le leader du PP, assure qu’il veut tenter de former un gouvernement, en tant que vainqueur du scrutin, et demande à la gauche de « ne pas [le] bloquer », ce qu’elle n’a aucune intention de faire.
« Impossible »
Begoña Valcarce, femme d’affaires de 49 ans, va jusqu’à qualifier les résultats du scrutin d’« impossibles ». « Tous les sondages donnaient un autre résultat », dit-elle, en allant jusqu’à accuser la gauche d’avoir fraudé.
Au micro, un animateur s’efforce de se convaincre lui-même et de convaincre les quelque milliers de militants venus « faire la fête » devant le siège du PP : « C’est clair non ? Le Parti populaire a gagné les élections ! C’est un triomphe, c’est une fête, les résultats sont sans appel ».
Mais le discours d’auto-persuasion prend mal et les électeurs de droite restent circonspects.
Au siège de Vox, l’ambiance est carrément morose et on tente de se consoler, qui avec un câlin, qui avec une tape sur l’épaule, tout en insultant copieusement Pedro Sánchez. « Vox méritait beaucoup plus de sièges », regrette Laura García Rodríguez, 19 ans, un drapeau espagnol autour du cou.
Signe du désenchantement, quelques minutes à peine après la fin du discours de M. Feijóo au siège du PP, la rue s’était vidée et seuls restaient quelques cotillons bleus et blancs sur le sol pour attester qu’une victoire avait bien été célébrée ici.


