Législatives 2022 : Ensemble et la NUPES au coude-à-coude, majorité absolue incertaine pour Emmanuel Macron 

L’union de la gauche, qui a beaucoup progressé ces dernières semaines, espère encore atteindre le seuil fatidique de 289 députés pour obtenir la majorité absolue et ainsi contraindre M. Macron de nommer, selon leur vœu, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon comme Premier ministre. [LUDOVIC MARIN / POOL/EPA]

Le mouvement présidentiel Ensemble est au coude-à-coude avec l’alliance de gauche (NUPES), au sortir du premier tour des élections législatives de dimanche (12 juin).

Selon le ministère de l’Intérieur, Ensemble et la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES) sont dans un mouchoir de poche, avec respectivement 25,75 % et 25,66 % des voix. Le parti d’extrême droite Rassemblement national (RN) arrive en 3e position avec 18,68 %, suivi par Les Républicains (LR) à 10,43 %.

Dans son discours dimanche soir (12 juin), la Première ministre Elisabeth Borne, elle-même candidate dans la 6e circonscription du Calvados, a appelé de ses vœux à une « majorité forte et claire » afin de « répondre aux urgences qui pèsent le quotidien des Français ». Elle arrive en tête dans sa circonscription (34,32%), face au candidat NUPES Noé Gauchard (25,53 %).

Jean-Luc Mélenchon, tête de file de la NUPES, a, quant à lui, affirmé que « le parti présidentiel est battu et défait ». Il appelle les électeurs à « déferler » pour le second tour, afin de faire barrage au gouvernement.

C’est sans oublier un taux d’abstention record (52,52 %). L’abstention avait déjà dépassé la barre des 50 % au premier tour des législatives de 2017, alors qu’en 2012 elle n’atteignait « que » 42,78 %. 

Signe d’un désintérêt pour la vie démocratique française, de tels taux d’abstention ont aussi mécaniquement limité le nombre de triangulaires : en effet, pour se qualifier au second tour, un candidat doit recueillir un nombre de voix équivalent à 12,5 % des inscrits sur les listes électorales.

Selon un décompte du Monde, il y aura huit triangulaires au second tour, contre une seulement en 2017.

Une majorité absolue incertaine

La majorité absolue du parti présidentiel est loin d’être assurée. Selon IPSOS France, Ensemble pourrait obtenir entre 255 et 295 sièges dimanche prochain (19 juin), date du second tour de cette élection législative. La majorité absolue à l’Assemblée Nationale est de 289 sièges.

La NUPES, quant à elle, pourrait conquérir entre 150 et 210 sièges selon les différents instituts de sondage, ce qui fait d’elle – et de loin – la première force d’opposition à l’Assemblée Nationale. En revanche, le souhait de Jean-Luc Mélenchon de devenir Premier ministre est, à ce stade, écarté. 

Issue d’un large accord de parti suite aux élections législatives, la NUPES regroupe La France Insoumise (LFI), Europe Ecologie Les Verts (EELV), le Parti Socialiste (PS) et le Parti Communiste Français (PCF) – avec LFI en tête de gondole, après le score historique de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle (21,95 %).

Néanmoins, le score final est moindre que la somme des résultats des partis de gauche participant à l’alliance lors du premier tour de l’élection présidentielle de 2022 (30,61 %).

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Le parti majoritaire voit aussi son score réduit par rapport au premier tour des élections présidentielles de 2022, lorsque Emmanuel Macron avait recueilli 27,85 % des voix. Idem en comparaison avec le premier tour des élections législatives de 2017, lorsque le parti présidentiel La République en Marche avait enregistré un score de 28,21 %.

Du fait du système majoritaire et des reports de voix de la droite en place pour les élections législatives, une bonne partie des duels NUPES-Ensemble devraient être remportés par ce dernier. En effet, un tel système défavorise les candidats plus radicaux, qui souffrent d’un effet barrage et d’une absence de réserve de voix.

Le RN progresse par rapport à 2017, les LR tiennent grâce à leur assise locale

Avec 18,73 % des suffrages, le RN, arrivé en 3e position, progresse par rapport aux élections législatives de 2017 (13,2 % au premier tour), en dépit d’un tassement par rapport à l’élection présidentielle d’avril dernier, lorsque Marine Le Pen recueillait 23,15 % des voix.

Selon l’Ifop, peuvent être élus entre 15 et 30 députés du RN, tandis que Ipsos France table sur 20 à 45 élus pour le parti de Mme Le Pen. Aucun parti d’extrême droite n’a eu de groupe parlementaire (soit un minimum de 15 députés) depuis 1986, ce qui pourrait bien se produire cette fois-ci.

Avec 10,43% des suffrages exprimés, le parti de droite Les Républicains (LR) fait quant à lui preuve d’une relative résilience après une défaite historique au premier tour des élections présidentielles (4,8 %) et montre que le parti bénéficie toujours d’une assise locale importante, bien qu’insuffisante pour rester la première force d’opposition parlementaire. 

Les élus de droite pourraient en revanche être déterminants si Emmanuel Macron devait ne pas obtenir de majorité absolue à l’Assemblée nationale, et pourraient donc conclure un pacte de gouvernement avec le président.

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Ministres candidats

Enfin, selon la règle édictée par le président Emmanuel Macron, tous les ministres devront se plier au verdict des urnes, et donc démissionner en cas de défaite.

Sur les 15 membres du gouvernement candidats, tous sont pour le moment qualifiés au second tour, même si certains ne sont pas en tête. Il en est ainsi pour Clément Beaune, ministre délégué chargé de l’Europe, en deuxième position (35,8 %) dans la 7e circonscription de Paris face à la candidate NUPES Caroline Mécary (41,4 %). 

Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique, est en sérieuse difficulté dans la 6e circonscription de l’Essonne avec 31,46 % des voix, largement devancée par le candidat NUPES Jérôme Guedj (38,31 %).

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