Législatives 2022 : le risque d’une majorité relative pour Emmanuel Macron

L’union de la gauche, qui a beaucoup progressé ces dernières semaines, espère encore atteindre le seuil fatidique de 289 députés pour obtenir la majorité absolue et ainsi contraindre M. Macron de nommer, selon leur vœu, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon comme Premier ministre. [LUDOVIC MARIN / POOL/EPA]

Les Français s’apprêtent à voter dimanche (19 juin) pour le second tour des élections législatives et pourraient livrer au président récemment réélu une majorité relative et une forte opposition de gauche.

Selon les dernières projections, la coalition en soutien d’Emmanuel Macron devrait bien se confirmer comme majoritaire à l’Assemblée nationale, mais elle pourrait n’être que relative, contraignant le président à gouverner avec d’autres partis ou à chercher une majorité au cas par cas, rendant plus instable l’exercice du pouvoir.

Une gauche forte

L’union de la gauche, qui a beaucoup progressé ces dernières semaines, espère encore atteindre le seuil fatidique de 289 députés pour obtenir la majorité absolue et ainsi contraindre M. Macron de nommer, selon leur vœu, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon comme Premier ministre.

Mais les élus des partis composant la coalition (NUPES) ne devraient pas dépasser les 220 sièges. Impossible donc, en l’état, d’imposer un Premier ministre à Emmanuel Macron, même si la première force d’opposition sera bien la gauche – à moins que les rapports de force changent dans les dernières heures.

En revanche, les cinq années de législature promettent d’être mouvementées, avec une gauche en très forte progression par rapport au mandat précédent.

D’autant plus avec une prédominance du parti de M. Mélenchon sur l’aile gauche de l’Assemblée : la présidence de la commission des Finances revient de droit à l’opposition, et lui octroie des pouvoirs étendus, notamment en termes de contrôle et d’audition du gouvernement. Une opposition déterminée peut ainsi rendre difficile l’exercice du pouvoir pour l’exécutif.

Mais l’avenir de la coalition de gauche est incertain : d’emblée, les partis qui la forment ont indiqué qu’ils siégeraient dans des groupes séparés et n’ont pas trouvé d’accord sur certains points, dont les affaires étrangères, l’OTAN, la laïcité.

Le camp macroniste pourrait appuyer sur ces leviers pour diviser et affaiblir la gauche.

Le risque d’une cohabitation écarté ?

En cas de majorité relative pour le mouvement présidentiel, ce dernier pourrait se retrouver en difficulté pour appliquer le projet promis par le président en campagne électorale.

La NUPES ne devrait ni proposer ni accepter de pacte de gouvernement avec M. Macron pour autant, comme nous l’a indiqué Sandrine Rousseau, leader de l’aile de gauche radicale des Verts.

C’est donc vers la droite qu’Emmanuel Macron et Elisabeth Borne pourraient se tourner pour les réformes qu’ils envisagent. Le groupe Les Républicains – qui devrait compter entre 40 et 70 députés – pourrait devenir un allié incontournable pour le gouvernement et ainsi imposer une ligne, alors qu’il n’aura jamais été aussi peu nombreux.

Si certains ont poussé pour un pacte de gouvernement avec Emmanuel Macron, comme l’ancien patron des Républicains Jean-François Copé, d’autres assurent – à l’image de Rachida Dati – que la droite évaluera et votera « au cas par cas » les textes proposés par l’exécutif.

Des textes comme le recul de l’âge légal de la retraite à 65 ans ou les investissements dans l’énergie nucléaire pourraient ainsi être votés malgré l’absence de majorité absolue.

Nul doute que, si cela est nécessaire, des tractations commenceront dès le lendemain du scrutin, même si leur issue est impossible à prévoir.

Une majorité plus composite qu’en 2017

Mais, bien davantage qu’en 2017, M. Macron devra aussi composer avec ses alliés : la confédération « Ensemble ! » regroupe plusieurs mouvements et partis dont Renaissance (ex-La République en marche), le parti centriste MoDem et le mouvement de centre droit Horizons mené par l’ancien Premier ministre Edouard Philippe.

Avec un affaiblissement du groupe Renaissance – qui devrait perdre de nombreux députés – l’influence des groupes issus des autres partis de la coalition sera sans doute beaucoup plus importante qu’auparavant, et pourrait infléchir la politique d’Emmanuel Macron vers la droite en particulier.

Une extrême droite mieux implantée

Ces élections législatives pourraient aussi voir naître, pour la première fois depuis 1988, un groupe parlementaire d’extrême droite, si le parti de Marine Le Pen dépasse les 15 députés élus – ce qui est très probable. Ils auraient ainsi des pouvoirs supplémentaires en termes de temps de parole et d’influence sur l’ordre du jour du Parlement.

Vers une abstention record

Pour le premier tour dimanche dernier (12 juin), moins d’un électeur sur deux a effectivement voté. Parmi les plus jeunes, 70 % ne se sont pas rendus aux urnes.

Ce dimanche, la situation risque de se confirmer, voire d’empirer, ce qui alerte sur l’état de la vie et du débat démocratiques français et qui semble traduire une certaine usure des institutions ou une défiance et un désintérêt envers les politiques.

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