Législatives 2022 : sans majorité pour Emmanuel Macron, le risque d’une crise institutionnelle

Une nouvelle Assemblée qui risque d'être "très compliquée pour Emmanuel Macron" selon M. Gallard, selon qui des "crises gouvernementales" sont à prévoir, la classe politique française n'étant pas habituée à se retrouver dans ce type de situation [EPA / Michel Spingler / POOL]

Après le second tour des élections législatives dimanche (19 juin), les premières estimations sont un coup dur pour le parti d’Emmanuel Macron qui ne parvient pas à sécuriser une majorité absolue tandis que la gauche progresse sans atteindre le but d’obtenir une majorité.

La majorité présidentielle reste le premier groupe parlementaire. Néanmoins, elle perd plus de cent députés et n’obtient qu’une majorité relative, avec environ 230 députés élus, loin des 289 nécessaires pour s’assurer une majorité absolue.

Sur les 15 membres du gouvernement qui étaient aussi candidats, certains ont été battus et devront quitter leurs fonctions dans les prochains jours, comme Amélie de Montchalin, ministre de la Transition écologique, Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et Justine Benin, secrétaire d’État chargée de la Mer.

Certains poids lourds du parti présidentiel ont aussi été éliminés : Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale sortant et Christophe Castaner, président du groupe La République en marche à l’Assemblée et soutien de la première heure d’Emmanuel Macron.

Mathieu Gallard, directeur de recherche à Ipsos France, explique l’échec du camp présidentiel par « les relations extrêmement difficiles » entre les électeurs de gauche et Emmanuel Macron qui les « a attirés pendant la présidentielle, avant de ‘diaboliser’ la gauche pendant les élections législatives ».

La coalition de gauche (NUPES), parvient à se hisser à environ 150 sièges, loin des 289 pour permettre au leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon d’être nommé Premier ministre. Prise dans son ensemble, la gauche unie devient la première force d’opposition.

« Le grand jaillissement de l’histoire du plus profond de la France des révolutions a un visage, celui de notre collectif et de l’union populaire » a déclaré Jean-Luc Mélenchon lors d’une prise de parole, qui indique que son camp « [ne renoncera pas] à l’ambition d’être ceux qui gouvernent ce pays et qu’ils l’amènent à un autre horizon ».

Comme pour le camp présidentiel, le résultat « assez décevant » de la NUPES s’explique par « des reports très mauvais » de la part des électeurs de droite, de centre et d’extrême droite, surtout en dehors des zones urbaines.

Avec environ 80 députés, le Rassemblement national multiplie par dix le nombre de députés par rapport à la législature précédente. L’extrême droite française obtient ainsi le plus grand nombre d’élus de son histoire parlementaire et pourrait être le premier groupe politique d’opposition.

Marine Le Pen se réjouit de ce résultat exceptionnel et du fait de pouvoir « constituer un groupe d’opposition déterminant face aux destructeurs du haut, les macronistes, et les destructeurs du bas, la gauche antirépublicaine ». Selon elle, ce résultat pose les jalons son parti « prendra la responsabilité du pays une fois que l’aventure Macron aura pris fin ».

Selon Mathieu Gallard, « au niveau local, le front républicain ne marche plus du tout », car lorsque le parti de Marine Le Pen est au second tour face à la gauche, les électeurs centristes s’abstiennent, et réciproquement. « La seule configuration où il est en difficulté c’est quand il est face à LR », la droite, explique-t-il.

Dans cette configuration, le parti Les Républicains, qui obtient entre 70 et 80 députés, devient déterminant pour réunir une majorité, soit pour un pacte de gouvernement, soit pour faire voter les textes au cas par cas.

Malgré sa défaite aux élections présidentielles (4,78 %), le parti de droite parvient à un résultat satisfaisant, étant donné qu’il était présent dans 90 circonscriptions, et a donc un très bon taux d’élection au second tour. Cela s’explique par les « très bons reports de voix » dont il bénéficie dans toutes les configurations.

Une nouvelle Assemblée qui risque d’être « très compliquée pour Emmanuel Macron » selon M. Gallard, selon qui des « crises gouvernementales » sont à prévoir, la classe politique française n’étant pas habituée à se retrouver dans ce type de situation.

Législatives 2022 : Résultats définitifs du second tour

Les 12 et 19 juin, les Français ont voté pour choisir leur député. Quel est le visage de cette nouvelle Assemblée nationale ? EURACTIV France, en partenariat avec Europe Elects, vous offre en instantané les premières estimations et, au fur et à mesure de la soirée électorale, les résultats définitifs.

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