Les 4 chantiers européens d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, le soir de son élection à Paris. Photo Thomas Samson / DPA

L’Europe est le sujet qui a le plus influencé les électeurs de Macron à l’élection présidentielle. Ce qui met les réformes européennes sur la liste des chantiers prioritaires du nouveau président.

Selon l’institut de sondage BVA, les sujets ayant le plus impacté les intentions de vote pour les électeurs d’Emmanuel Macron sont l’Union Européenne, le chômage et l’avenir de la sécurité sociale.

À court terme, Macron s’attellera aux dossiers de l’emploi, de la sécurité, et des réfugiés comme l’expliquait récemment Sylvie Goulard à Euractiv.

« Si Macron est élu, on arrivera à changer l'Europe »

Si Emmanuel Macron remporte l’élection présidentielle, la réforme du marché du travail, la sécurité et la crise des réfugiés seront les dossiers prioritaires au niveau européen.

À moyen terme, des réformes plus profondes devraient être défendues par le candidat.

I-Un budget pour la zone euro

Le sujet le plus ambitieux auquel Macron a promis de s’atteler concerne la gouvernance de la zone euro. Inachevée, la gestion de l’union économique et monétaire laisse à désirer. Les décisions sont prises à huis clos sans le moindre contrôle démocratique, et concentrent les critiques des eurosceptiques. La réforme de la gouvernance devrait, selon En Marche!, permettre d’aller plus loin dans l’intégration en créant un véritable budget de la zone euro, qui soit à même de compenser les chocs asymétriques, et donc d’éviter des déséquilibres néfastes pour toute la zone.

À la fois urgent et sensible, le dossier zone euro ne pourra toutefois pas être ouvert sans que la France ait déjà regagné en crédibilité auprès de Berlin et Bruxelles. Car l’Allemagne, a priori réticente à la mise en commun de fonds au sein d’un budget commun qui lui ferait a priori perdre de l’argent dans les circonstances actuelles, ne sera d’accord qu’une fois les finances publiques françaises assainies.

II-Des conventions démocratiques dans 27 pays

Le candidat d’En Marche souhaite organiser, à l’échelle de l’UE toute entière, des « conventions » sur l’action et les priorités de l’Union. Concrètement, il s’agirait de faire remonter des idées du terrain, selon la méthode adoptée par le mouvement En Marche! en France.

Et aussi de susciter le débat entre Européens, en faisant participer plusieurs nationalités aux débats, qui se veulent spontanés et souples. Pas question  d’imposer un format unique, puisque chaque pays les organisera à sa guise. Perçue comme totalement utopique par ses détracteurs, l’idée repose sur une forme de marketing politique qui consiste à mailler le territoire pour faire émerger les problèmes et proposer des solutions.

L’écueil sera toutefois d’éviter le côté très formel des débats organisés par la Commission européenne qui ne parviennent à attirer que des étudiants en science politique autour d’un commissaire au nom imprononçable.

III-Repenser la représentativité

Nul besoin d’ajouter de la proportionnalité au système électoral européen, qui est déjà principalement proportionnel. Un mécanisme qui a eu comme résultat l’élection de personnalités qui ne parviennent pas à être élues dans leur pays d’origine, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

En revanche, Emmanuel Macron a comme projet d’établir des listes fédérales de candidats, que se partageraient les quelque 70 sièges laissés vacants  par les Britanniques en 2019. Les autres capitales européennes pourraient néanmoins avoir d’autres projets pour ces sièges, comme celui de les transformer en économies, ou de les répartir entre les différents pays. Ou simplement de les supprimer, puisque le Parlement compte pas moins de 751 eurodéputés.

Macron veut refonder la représentativité, y compris européenne

Introduire plus de proportionnelle, quitte à favoriser le FN, et élire des eurodéputés issus d’une liste européenne sur le contingent des élus britanniques : les premières propositions du non-candidat Macron visent à changer la classe politique.

IV-Pologne, Hongrie, Russie : des sanctions pour défendre les valeurs républicaines ?

Le candidat d’En Marche va devoir s’imposer sur la scène internationale, qu’il connait mal. Il connait en revanche bien l’extrême-droite qu’il vient de combattre à domicile durant 6 mois. Et il a promis de porter haut les valeurs républicaines de la France sur l’état de droit, en évoquant la Pologne, la Hongrie et la Russie. Il a notamment évoqué « des sanctions, prévues par les traités », pour la Pologne et la Hongrie. Seulement, les sanctions prévues dans l’article 7 du traité n’ont jamais été utilisées.

Pour l’instant, la Commission a ouvert une procédure de « sauvegarde de l’état de droit », qui représente une première étape, en Pologne. Si d’éventuelles sanctions devaient être adoptées, elles devraient obtenir l’aval des 28 Etats membres, ce qui ne serait pas une mince affaire.

Plutôt discret pour l’heure sur la Russie, Emmanuel Macron risque de garder en travers de l’estomac la campagne de discrédit systématique à son égard menée par les médias financés par le Kremelin, Sputnik et Russia Today, qu’En Marche a fini par interdire d’accès à son QG et ses meetings.

Les deux média sont directement financés par la Russie pour alimenter la propagande de Moscou. Le Kremlin a en revanche largement soutenu des russophiles comme François Fillon ou Marine Le Pen, qui étaient prêts à lever les sanctions envers la Russie.

A La Villette, Macron insiste sur les valeurs républicaines et l'Europe

Le candidat a développé, lors d’un meeting ayant réuni 12.000 personnes à Paris, le 1er mai, son credo anti-FN. Il a aussi clairement dénoncé les régimes d’Orban, Kacszynski et Poutine, et envisagé une nouvelle expertise sur le CETA, s’il est élu.