Les alliés du Rassemblement national au Parlement européen sont-ils d’extrême droite ?

EPA-EFE/SEBASTIEN NOGIER

Selon Jordan Bardella, tête de liste du RN aux élections européennes du 26 mai, les alliés de son parti ne doivent pas être considérés comme étant d’extrême droite. Une assertion contestable, selon notre partenaire, Ouest-France.

Lors de son interview accordée à Ouest-France, la tête de liste du Rassemblement national, Jordan Bardella a expliqué le 5 avril que ses alliés au niveau européen n’étaient pas d’extrême droite. Une affirmation qu’on peut largement contester.

Il s’agit en réalité à quelques semaines des élections européennes du 26 mai pour le Rassemblement national de se débarrasser de son étiquette de parti d’extrême droite. Une volonté politique qui existe depuis plusieurs années au sein de ce parti.

Dans l’interview réalisée par Stéphane Vernay, chef du bureau  de Ouest-France à Paris, Jordan Bardella a déclaré que les alliés du FN étaient « la Ligue et le FPÖ, au pouvoir en Italie et en Autriche, le Ukip (Grande-Bretagne), le Vlaams Belang (Belgique), l’AFD (Allemagne)… »

Interrogé sur la qualification de partis d’extrême-droite, la tête de liste du RN a répondu: «c’est vous qui le dites. Moi je ne le crois pas et je suis respectueux de la démocratie. À partir du moment où les peuples font un choix, il faut le respecter. Ce ne sont pas des partis d’extrême droite mais ce que j’appelle, moi, « les partis du bon sens », c’est-à-dire des partis qui défendent les intérêts de leurs peuples d’abord et la souveraineté de leurs États. Je n’ai pas le sentiment de défendre des idées extrémistes ou délirantes, mais le peuple et le bon sens, avec des idées du présent et d’avenir. Nous aussi, on est des progressistes ! »

Pourquoi c’est faux

Le chef de la liste du Rassemblement national tente d’opposer le qualificatif d’extrême droite au bon sens de la défense de l’intérêt des peuples. Or, les partis cités sont bien des partis faisant partie de cette classification politique. Selon le Larousse, « on désigne sous cette appellation l’ensemble des mouvements qui se rattachent à l’idéologie contre-révolutionnaire et qui récusent aussi bien le libéralisme que le marxisme. Considérant comme légitime l’emploi de la violence, ils réclament un régime fort. L’antiparlementarisme et l’anticommunisme sont les deux thèmes essentiels de l’extrême droite. »

En appelant au « bon sens » et à « l’intérêt du peuple » comme critères principaux, Jordan Bardella se situe donc bien dans l’antiparlementarisme traditionnel, opposant le peuple aux élus. Ses alliés sont par ailleurs, certes proches aujourd’hui de Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, mais ils sont aussi dans le rejet de tout ce qui s’apparente au marxisme et l’internationalisme.

Si on prend les partis cités par Jordan Bardella, la Ligue de Matteo Salvini est toujours classée d’extrême droite, tout comme le Vlaams Belang en Belgique. Matteo Salvini a par ailleurs fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille médiatique permanent.

Le FPÖ a été créé par d’anciens nazis, comme le rappelait récemment le chercheur Jérôme Segal à Ouest-France, et organise chaque année en janvier le « bal de l’Académie », grand rassemblement où sont invitées les grandes figures de l’extrême droite européenne, dont Marine Le Pen régulièrement. Par ailleurs, l’ancien secrétaire général du FPÖ, considéré comme le « cerveau » du parti, Herbert Kickl, est sous le feu des critiques depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur. Il est notamment empêtré dans l’affaire d’une perquisition effectuée en février par la police au siège des services secrets autrichiens BVT, à la suite de laquelle plusieurs services alliés ont limité leur coopération avec l’Autriche. Il est également accusé de vouloir restreindre la liberté de la presse dans le pays.

La tête de liste du Rassemblement national cite également Alternativ für Deutschland (AFD) en Allemagne et le UKIP britannique. Pour ce dernier, même l’europhobe Nigel Farage a quitté le parti qu’il avait pourtant fondé car il dénonçait une ligne politique très dure contre les migrants et l’Islam.

Pourquoi il le dit ?

L’affirmation de Jordan Bardella ne relève pas d’un rejet des idées d’extrême droite mais de la volonté politique affichée, d’abord par le Front national, puis le Rassemblement national, d’élargir son auditoire politique. L’étiquette d’extrême droite empêche Marine Le Pen de nouer des alliances politiques, notamment avec la droite républicaine.

Dès 2013, la présidente du FN affirmait ainsi sur RTL « affubler le FN du terme d’extrême droite est une faute déontologique des journalistes, un acte de militantisme et une bavure intellectuelle. » Le but est dès lors de se « dédiaboliser » et de se démarquer de l’image de son père, Jean-Marie Le Pen.

Autre raison, le rejet par l’électorat de la sortie de l’Union européenne, comme le demandait pourtant le Front national depuis sa création. Lors du débat présidentiel de l’entre-deux tours, Marine Le Pen avait échoué à convaincre les citoyens sur la sortie de l’euro. Depuis, le Rassemblement national « n’en fait plus une priorité », même si les changements demandés par le parti sur la monnaie unique impliquent soit une sortie, soit un changement complet des traités européens.

Autre effet recherché par le RN, trouver plus d’alliés européens qui sont effrayés par l’étiquette d’extrême droite accolée au nom de ce parti. Cela empêche jusqu’à présent le PiS au pouvoir en Pologne ou le Fidesz en Hongrie de vouloir opérer un rapprochement avec le parti français, alors que les discours sont très proches sur certains sujets, notamment sur la politique migratoire.

>>Retrouvez la suite sur Ouest-France

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.