Les candidats oublient le développement dans la campagne présidentielle

Carte d'Afrique - © Shuttershock - BrunoRosa

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Alors que l’élection présidentielle se rapproche, les ONG françaises demandent aux candidats de mettre la politique de développement au cœur de leur programme de politique étrangère, dont elle est pour l’instant largement absente.

Après un mandat décevant en termes de politique de développement, les organisations de solidarité internationale comptent sur le prochain président pour remettre la solidarité au cœur de la politique internationale de la France.

«Aujourd’hui, les enjeux internationaux, d’autant plus avec le changement d’administration aux USA, sont fondamentaux. Mais leur présence est aujourd’hui très faible dans le débat politique de la campagne » explique Philippe Jahshan, président de Coordination SUD.

Dans le cadre de la campagne présidentielle, la plateforme d’ONG qui rassemble 160 organisations en France a lancé un manifeste pour rappeler aux candidats l’importance de cette politique, dont les moyens ont été largement diminués pendant les premières années du quinquennat de François Hollande.

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Le quinquennat de François Hollande a également été marqué par un renouveau du cadre législatif de la coopération avec les pays les plus pauvres, l’adoption des objectifs de développement durable et de l’accord de Paris pour le climat et enfin « par l’affaiblissement du secrétariat d’État au développement et de ses compétences » souligne Philippe Jahshan.

Objectifs de développement durables

Pour répondre à ses défis, le manifeste publié par Coordinations SUD identifie quatre axes essentiels pour améliorer la politique française de coopération internationale.

Le manifeste appelle «  le/la futur-e président-e de la République [à] s’engager à intégrer et mettre en œuvre les objectifs de développement durable au niveau français ». Car contrairement aux objectifs du millénaire pour le développement qui sont arrivés à échéance en 2015, leurs successeurs, les ODD,  doivent être mis en œuvre dans tous les pays signataires, et non pas les seuls pays en développement. Et le calendrier de leur mise en œuvre n’a que très peu été abordé par les différents candidats.

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Autre demande, alors que le budget dédié au développement a fortement chuté, les ONG demandent un renforcement de l’architecture de la politique de développement et d’aide humanitaire, notamment en créant un « ministère de plein droit ».

Contrairement à l’Allemagne et au Royaume-Uni, les deux autres grands pays donateurs au niveau européen, la France ne dispose pas d’un ministère dédié à la coopération internationale, mais seulement d’un secrétaire d’État, qui plus est, est partagé avec la Francophonie.

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Par ailleurs, le nouveau quinquennat « doit achever la promesse de la France d’atteindre les 0,7 % de sa richesse nationale à l’aide aux pays en développement ». Une promesse prise par la France et les autres pays donateurs, mais que seule une poignée de gouvernement a atteint en 2015 comme prévu. La France elle a consacré en 2015 0,37% de son RBN à la solidarité.

Exclusion du FN

« La France doit donner l’exemple et respecter ses engagements envers les pays pauvres, à l’image d’autres pays européens. Il en va de sa responsabilité. Les candidats doivent prendre position », ajoute Jean-Marc Boivin, vice-président de Coordination SUD et délégué aux relations institutionnelles à Handicap International.

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Pour relayer ces demandes, les ONG réunies au sein de Coordination SUD « vont porter cet agenda auprès de tous les partis politiques, à l’exception du FN » explique Philippe Jahshan, qui évoque une « incompatibilité fondamentale de valeurs ».

Migrations 

Le lobbying auprès d’autres partis politiques s’annonce cependant difficile, puisque presqu’aucun d’entre eux pour l’heure n’a pris d’engagement en matière de développement.

« Seuls Yannick Jadot (EELV) et Benoît Hamnon (PS) se sont engagés à porter l’aide au développement  à 0,7% du RNB de la France » indique Philippe Jahshan. Pour les autres candidats, la question n’est pas évoquée, ou seulement en miroir de la question de la régulation des flux migratoires.

« La question du développement de l’Afrique est présente dans le programme de François Fillon, mais l’aide aux pays africains serait conditionnée au contrôle des migrations » poursuit-il.

Le son de cloche est le même du côté de Manuel Valls, qui propose « de développer l’aide et la coopération avec les pays d’origine » de migrants, en vue d’instaurer « une politique de développement qui assure une gestion contrôlée des migrations ».

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