Les candidats s’opposent sur le rôle de l’Europe dans le secteur agricole

Phil Hogan a répondu directement aux propositions de Marine Le Pen. [Subbotina Anna/Flickr]

Aides européennes, recherche du juste prix pour les producteurs, Grenelle de l’alimentation: les candidats à la présidentielle qui ont défilé au salon de l’Agriculture cette semaine ont affiné leurs visions pour relancer un secteur sinistré.

À l’exception de Jean-Luc Mélenchon, le candidat de France Insoumise qui soutient une agriculture « paysanne et écologique » et fustige l’agriculture « productiviste » représentée selon lui au salon, les quatre autres principaux candidats ont sacrifié au rituel de la bousculade médiatique entre les vaches primées, fleurons des élevages français.

Les candidats ont rencontré des éleveurs « crevés », et « fauchés », selon Michel Guichot, dont l’exploitation de bovins, maïs, volailles est située près d’Orthez dans les Pyrénées Atlantiques.

Alors que la moitié des agriculteurs français a touché un revenu net mensuel inférieur à 350 euros en 2016 (incluant les aides européennes, NDR), la principale ligne de fracture entre les candidats s’est dessinée sur l’Europe, à la veille d’une énième réforme de la politique agricole commune (PAC) en discussion à Bruxelles.

Première à visiter le salon, Marine Le Pen, candidate Front National a proposé de « franciser » les aides à l’agriculture et de « revoir totalement le système » en les distribuant différemment. Elle a ensuite multiplié les interventions pour fustiger l’UE qui, selon elle, a « décidé la disparition de l’agriculture française » et « porte atteinte à la souveraineté et à la sécurité alimentaire » du pays. En cause, les 9,5 milliards d’euros d’aides directes versés chaque année par Bruxelles aux exploitants français.

Quantité ou qualité

La candidate Front national, qui a visité une ferme dans le Lot samedi, s’est vu vertement répondre par le Commissaire à l’Agriculture l’Irlandais, Phil Hogan.

Selon ce dernier, les agriculteurs français se tromperaient lourdement s’ils croyaient continuer de recevoir le même niveau d’aide directe venant d’un gouvernement national qui aurait choisi de rompre avec Bruxelles, le poids démographique des paysans étant très faible par rapport au reste de la population (moins de 3% de la population active, NDR).

L’agriculture irlandaise se prépare au pire après le Brexit

Le gouvernement irlandais s’efforce de protéger son industrie agricole du Brexit. Ce secteur importe en effet près de la moitié de sa production vers le Royaume-Uni.

Le commissaire a cité en exemple le sort des paysans britanniques, « grands perdants » du Brexit selon lui. Les aides nationales directes à l’agriculture ne seront pas maintenues au-delà de 2020 une fois que la Grande-Bretagne aura largué ses amarres européennes, contrairement à ce qui avait été promis par les pro-Brexit durant la campagne du référendum.

Phil Hogan s’est en revanche déclaré favorable à un « plafonnement » des aides de la PAC, pour garantir un soutien accru aux petites et moyennes exploitations en difficulté face à la financiarisation de la terre et au développement des sociétés d’exploitation agricole qui profitent à plein du système PAC, au détriment des petits.

Le commissaire Hogan met les agriculteurs français en garde contre les propositions de Le Pen

Le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan a solennellement mis en garde jeudi à Paris les agriculteurs français contre toute tentation de voter Le Pen à la présidentielle. Selon lui, la proposition de la candidate FN de renationaliser les aides à l’agriculture n’a aucune chance d’aboutir.

Emmanuel Macron (En Marche), comme François Fillon (LR) et Benoît Hamon (PS) se sont prononcés de leur côté pour une « préservation du budget de la PAC » qui permet à la France d’être une grande exportatrice de produits agroalimentaires.

Les deux premiers affichent une vision nettement productiviste, avec des allégements de cotisations sociales, de taxations, et des « plans de modernisation » (5 milliards pour Macron, 6 milliards pour Fillon), tandis que le candidat socialiste, lui, souhaite repenser la façon de s’alimenter pour privilégier la qualité et le respect de l’environnement à la quantité.

Benoît Hamon qui souhaite instaurer des « prix plancher » au niveau européen sur le mode du commerce équitable, souhaite notamment « résister » aux lobbies industriels des pesticides, et « interdire les perturbateurs endocriniens et les nanoparticules dans l’alimentation ».

La France a de la marge dans la réduction des pesticides

En France, l’usage des pesticides pourrait être réduit de 30% sans affecter les rendements ou la rentabilité des exploitations, révèle une étude publiée lundi 27 février dans la revue Nature Plants. Un article de notre partenaire, le Journal de l’Environnement.

Suite à son accord avec Yannick Jadot de EELV, il promet aussi l’approvisionnement en bio des cantines à hauteur de 50% d’ici à 2025 et s’engage à réaliser un « Grenelle de l’alimentation et de l’agriculture ».

François Fillon souhaite revoir la Loi de modernisation de l’économie (LME) qu’il a lui-même fait voter lorsqu’il était premier ministre de Nicolas Sarkozy, en reconnaissant qu’elle a été trop favorable aux grandes surfaces face aux producteurs qui n’arrivent plus à vivre de leur métier.

François Fillon, dont le déplacement au salon mercredi fut un des moments de suspense le plus intense de la campagne, a été accueilli sous le slogan de « Fillon président » au stand de la FNSEA, principal syndicat agricole, dont beaucoup de membres à titre individuel sont de fervents soutiens de sa campagne, même si le syndicat ne s’engage pas en tant que tel.

Phil Hogan : « L’Europe veut aider les agriculteurs »

Le commissaire européen chargé de l’Agriculture et des affaires rurales se rend aujourd’hui au Salon de l’agriculture de Paris. Il y rappellera le soutien européen à l’agriculture française.

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