Les conflits d’intérêts minent la campagne de Fillon, pas de Le Pen

François Fillon [Fondapol/Flickr]

En mauvaise posture, François Fillon a tenté de justifié la légitimité l’emploi de son épouse, lors d’une conférence de presse le 6 février. À l’inverse, Martine Le Pen semble avoir traversé l’affaire des emplois fictifs au Parlement européen sans une égratignure.

Les conflits d’intérêts sont devenus une ligne rouge pour les électeurs français, alors que le premier tour de l’élection présidentielle française approche à grands pas. Mais  le jugement populaire n’a pas été le même pour les deux candidats empêtrés dans des affaires d’emplois fictifs, Marine Le Pen et François Fillon.

Mis à mal par les révélations sur l’emploi de son épouse et de ses enfants comme assistants parlementaires, le candidat de la droite et du centre a décidé le 6 février de répondre aux accusations lors d’une conférence de presse à Paris.

« Clarifier les choses »

Devant 250 journalistes réunis à son quartier général parisien, l’ancien Premier ministre a reconnu qu’une « émotion légitime » avait saisi le pays depuis les révélations du Canard enchainé. « Je comprends le besoin de clarifier les choses, et je vais le faire. »

L’épouse du candidat, Penelope Fillon, a été rémunérée pendant 15 ans pour un travail d’assistante parlementaire. Le candidat a en outre rémunéré, Charles et Marie, pour des services équivalents, mais sur une durée plus restreinte.

Si la loi française autorise l’emploi des membres de la famille pour les députés et sénateurs, les soupçons d’emplois fictifs qui pèsent principalement sur l’épouse de François Fillon ont donné lieu à l’ouverture d’une enquête préliminaire… et à une chute libre du favori dans les sondages.

>>Lire : Six français sur dix pour le retrait de Fillon de la présidentielle

Pour sauver sa campagne, François Fillon a choisi de reconnaitre son erreur morale, tout en défendant la légalité de l’emploi de ses proches.

« C’était une erreur et je présente mes excuses aux Français. J’ai agi selon un usage – certes légal –, mais dont nos concitoyens ne veulent plus », a-t-il reconnu lors de son discours.  « Collaborer avec sa famille en politique, c’est aujourd’hui une pratique rejetée. »

François Fillon a cependant affirmé se sentir « légitime » pour mettre en œuvre son programme et poursuivre sa campagne, car il n’avait à aucun moment enfreint la loi, regrettant simplement d’avoir « mis trop de temps » pour prendre conscience des évolutions de la société sur les questions de transparence.

Discours complotiste

Il a enfin dénoncé une « attaque d’une violence inouïe », en affirmant que  l’emballement médiatique « à charge » dont il avait fait l’objet le visait en tant que « candidat de la droite et du centre ».  « Le but de cette opération, c’est de s’affranchir du vote de la primaire », a-t-il affirmé.

Avec cette conférence en forme de mea culpa partiel, François Fillon espère relancer une campagne  à la dérive et couper court aux appels pour l’investiture d’un nouveau candidat, alors que les sondages donnent maintenant Marine Le Pen et Emmanuel Macron comme gagnants probables du premier tour.

Pas de sanction dans les sondages pour le FN

À l’inverse, les conflits d’intérêts  qui ont éclaboussé la campagne de Marine Le Pen, n’ont pas eu le même effet sur la candidate du mouvement frontiste. Cette dernière a été sommée de rembourser  plus de 339 000  euros au Parlement européen pour des  salaires « indûment versés » à deux assistants parlementaires.

Selon l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), elle  aurait en effet rémunéré son garde du corps Thierry Légier ainsi que son ex-belle-sœur Catherine Griset, grâce à l’enveloppe dont elle dispose au Parlement européen en tant que députée européenne. Sans que leur mission ne soit en lien avec cette fonction.

La candidate du Front national ayant cependant refusé de se plier à la décision,  le Parlement européen devrait prélever la moitié de son indemnité chaque mois, provoquant l’agacement des élus de l’institution.

>>Lire : Assistants parlementaires : Marine Le Pen refuse de rendre 300 000 euros

« Marine Le Pen semble se considérer au-dessus des règles. Cela montre la vraie nature du Front national », avait notamment réagit l’allemand Manfred Weber, le chef de file des députés de centre-droit au Parlement.

Et pourtant, à l’inverse de François Fillon, cette affaire d’emplois fictifs ne semble pas avoir affecté le parti d’extrême droite. Depuis ces révélations, Marine Le Pen se maintient  toujours largement en tête des sondages pour le premier tour de la présidentielle, devançant de plusieurs points Emmanuel Macron et François Fillon.

Pour le candidat de la droite et du centre, le couperet des sondages est tombé beaucoup plus rapidement. Selon un sondage Odoxa pour Franceinfo, six Français sur dix (61%), un sympathisant de droite sur deux (46%) pensent qu’il a tort de ne pas d’ores et déjà renoncer à se présenter à la présidentielle.

>>Lire : Fillon soupçonné d’emploi fictif, comme le FN

Si les électorats des deux candidats ont réagi différemment, la gestion et l’encadrement des conflits d’intérêts dans la vie politique française sont régulièrement pointés comme une des causes de la défiance à l’égard des institutions et de la montée du populisme.

Dans un rapport publié le 3 février par la fondation Terra Nova, l’interdiction de l’embauche d’un membre de la famille par un parlementaire fait justement partie des recommandations visant à rendre plus effective la lutte contre les conflits d’intérêts.

Lutte contre les conflits d’intérêt

Dans son rapport, le think tank proche du Parti socialiste propose d’ « interdire l’embauche discrétionnaire par un parlementaire d’un parent ou d’un conjoint comme collaborateur ». Une règle qui existe déjà au Parlement européen.

« Même si les choses évoluent, on est encore loin de la situation existant dans d’autres démocraties, notamment nordiques, où le simple usage à des fins privées d’une carte bancaire professionnelle par un responsable politique conduit ipso facto à sa démission », souligne le rapport.

Faisant référence à l’affaire du « Penelope Gate », le rapport explique que l’embauche d’un parent ou d’un conjoint rémunéré sur les fonds publics « sans aucun contrôle sur la réalité du travail accompli […] ne devrait plus pouvoir se produire, tant les conséquences en sont symboliquement désastreuses, mais cela devrait aussi être évident pour tout le monde, élus comme citoyens. »

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