Les Européens ont des « attentes significatives » envers l’Allemagne de l’après-Merkel, selon un sondage

Si en 16 années au pouvoir Angela Merkel, perçue comme « leader d’une Europe libre », aura gagné la confiance des Européens, son successeur devra se garder de poursuivre la "méthode Merkel", selon les résultats de l'enquête de l'ECFR. [JOH​N THYS/epa]

La majorité des Européens voit dans l’Allemagne une force pro-européenne et fiable, révèle un sondage publié ce mardi (14 septembre) par le European Council on Foreign Relations. Toutefois, le pays devra sortir de sa zone de confort s’il veut garder son rôle de leader dans l’ère de l’après-Merkel.

Le constat apparaît paradoxal : si la majorité des Européens apprécie la manière dont la chancelière Angela Merkel a mené sa politique européenne ces 16 dernières années, son successeur ne devra surtout pas suivre dans ses pas pour garder la confiance des citoyens à travers l’UE.

Paradoxe que révèle et explique le European Council on Foreign Relations (ECFR) – think tank qui explore la politique étrangère européenne – dans sa dernière enquête « Beyond Merkelism – What Europeans expect of post-election Germany » publiée ce mardi (14 septembre).

Menée auprès de citoyens de 12 États membres de l’Union européenne – dont la France -, le sondage dresse d’abord un bilan très positif de l’ère Merkel. Grâce en grande partie au style politique de la chancelière allemande, l’Allemagne est aujourd’hui perçue comme une force unificatrice au sein de l’Europe, selon l’étude.

Le pays a également gagné la confiance des Européens : pour la majorité des sondés, la puissance allemande ne présente plus une source d’inquiétudes, la peur de la dominance allemande ayant fortement diminué sous l’influence d’Angela Merkel au profit d’une grande confiance dans le leadership allemand au sein de l’UE.

L’Allemagne d’Angela Merkel, « leader » européenne en termes de politique économique et défense des droits humains

Plus que tout, les citoyens européens croient en la capacité de Berlin de défendre les intérêts européens en termes de politique économique et fiscale, une attitude qui serait largement motivée par la posture allemande lors de la crise sanitaire : les efforts d’Angela Merkel pour parvenir à un consensus sur la question du plan de relance européen semblent avoir fait oublier sa posture au contraire très réticente en matière de dette publique et sa politique d’austérité pendant la crise de l’Euro.

Autre point fort de l’Allemagne, le pays parait comme leader européen en ce qui concerne la défense de la démocratie et des droits humains. Une grande partie des sondés croient en la capacité de Berlin de défendre les valeurs et principes de l’UE et de la démocratie occidentale. Sentiment dû, encore une fois, au personnage d’Angela Merkel, perçue comme « leader d’une Europe libre » notamment grâce à sa position volontariste au début de la crise migratoire.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, sa politique du compromis et des « petits pas » aura finalement valu plus de sympathies à Angela Merkel qu’à son homologue français Emmanuel Macron qui avait pourtant adopté une posture bien plus ambitieuse et visionnaire pour l’Europe dès le début de son quinquennat.

La preuve : s’ils pouvaient directement élire le prochain président de l’UE, 41 % des Européens voteraient pour Angela Merkel, contre seulement 14 % pour Emmanuel Macron – même en France, où la chancelière allemande gagnerait le duel avec 32 %, contre 20 % pour le chef d’État français.

Face aux défis mondiaux, la « méthode Merkel » n’a plus sa place en Europe

Attention toutefois à croire que le successeur de Mme Merkel n’aura qu’à poursuivre la stratégie de la chancelière pour garder la confiance des Européens. Au contraire : « L’Allemagne doit son succès principalement à des facteurs qui ne sont pas durables et à des circonstances qui sont désormais dans le passé », selon l’enquête.

Aujourd’hui, les citoyens européens nourriraient surtout des « attentes significatives » envers l’Allemagne pour changer de vitesse et mener le combat face aux défis du temps. En d’autres termes : « Berlin va devoir se réinventer » – et enfin sortir de sa zone de confort.

Les défis ne manquent pas. D’une part, la « menace de l’effondrement de l’État de droit dans l’UE », selon l’ECFR. Face aux tendances autocratiques de plusieurs États membres, le futur chef du gouvernement allemand devra sortir de la passivité affichée par l’Allemagne jusqu’ici et faire preuve de fermeté pour défendre les valeurs européennes – notamment les standards communs d’indépendance judiciaire – autant que l’unité du bloc.

D’autre part, l’Europe risque de se voir marginaliser sur la scène géopolitique, avertit le think tank. Une faiblesse en partie attribuée à la « méthode Merkel » : sa défense d’intérêts économiques allemands plutôt que des intérêts européens vis-à-vis notamment la Russie et la Chine a ainsi miné la confiance des Européens dans la capacité de Berlin à jouer un rôle de leader face aux grandes puissances mondiales. Autrement dit, « pendant l’ère Merkel, l’UE semble avoir pris des vacances géopolitiques de l’histoire ».

Or, « la plupart des défis les plus urgents auxquels l’Europe fait face ne peuvent être adressés par la méthode Merkel », soutiennent les auteurs de l’étude. Face aux jeux de puissance géopolitiques, mais aussi à la crise climatique, les Européens attendent donc du successeur d’Angela Merkel de « se positionner clairement en défense des principes de l’UE en termes de règles internationales, de démocratie, de l’État de droit, de droits humains » et « d’établir une position beaucoup plus forte pour l’Allemagne et l’UE » sur la scène mondiale.

Mais si les Européens semblent donc attendre un changement radical dans la politique européenne de Berlin après les élections au Bundestag le 26 septembre prochain, le départ d’Angela Merkel ne se fera toutefois pas sans une touche de nostalgie. Comme le résument les auteurs de l’enquête : « Les sommets européens sans « l’impératrice de l’Europe » vont probablement ressembler aux histoires policières d’Agatha Christie sans Miss Marple. »

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