Les femmes encore peu nombreuses à la tête des intercommunalités

Les femmes ne sont que 11 % à la tête des 1 254 intercommunalités (22 métropoles, 14 communautés urbaines, 222 communautés d’agglomération et 1 000 communautés de communes). [sylv1rob1/shutterstock]

Elles ne sont que 11 % à présider des métropoles ou communautés, qui sont les vrais lieux de pouvoir localement. C’est mieux qu’avant (7,5 %), mais cela reste faible. La plupart des présidentes et présidents sont des maires, lesquels sont des hommes à 80 %. Un article de notre partenaire Ouest France.

Les intercommunalités, dernières zones blanches de la parité ? Le Haut conseil à l’égalité n’avait pas tort, en février 2020, de se désoler de la situation des femmes dans les instances intercommunales. Une situation qui n’a que peu évoluer lors des dernières élections, dans la foulée des municipales de juin. Les femmes ne sont que 11 % à la tête des 1 254 intercommunalités (22 métropoles, 14 communautés urbaines, 222 communautés d’agglomération et 1 000 communautés de communes). C’est mieux que les 7,5 % précédents, mais ça reste maigre, car  on part de très bas , constate Nicolas Portier, délégué général de l’association des communautés de France, à l’origine d’une étude sur le sujet.

L’évolution est assez proche de celle du nombre de femmes maires : elles étaient 16 % lors du précédent mandat, elles sont, depuis les dernières municipales, 20 %.

Davantage dans les métropoles

Bretagne et Pays de la Loire sont les bons élèves du palmarès, avec, respectivement, 16,7 % et 18,3 % de femmes présidentes d’intercommunalités.  Peut-être précisément parce qu’on y trouve davantage de grandes villes , avance Nicolas Portier. En effet, plus l’instance communautaire est grosse, plus les femmes sont présentes à leur tête. On compte 21,4 % de présidentes femmes à la tête des communautés urbaines, 18,2 % à la tête des métropoles tandis qu’elles ne sont que 7,7 % à la tête des communautés d’agglomération qui concernent les plus petites communes.

À l’inverse, la Normandie est à la traîne, avec seulement 7,04 %. Des départements font figure de moutons noirs, comme la Manche ou le Calvados, qui ne comptent pas une seule présidence féminine.

Pas assez de contraintes

Pourquoi ça coince ? Parce que 86,2 % des présidences d’intercommunalités reviennent à des maires (le plus souvent de la commune principale)… Des maires qui sont des hommes à 80 %. Dans les communes de plus de 1 000 habitants, la loi impose des listes paritaires. Mais pas dans les plus petites communes, où la présence des femmes évolue plus lentement. Celles-ci ne disposent en outre que d’un conseiller communautaire : le maire, le plus souvent un homme.

Aucune contrainte paritaire non plus pour les élections communautaires. Ce qui n’empêche pas certains de prendre les devants. Comme les Verts dans les grandes villes. À Strasbourg, la métropole a été confiée à la maire d’une petite commune, et compte 13 vice-présidentes et 8 vice-présidents. À la métropole de Lyon, 11 vice-présidences sur 23 reviennent à des femmes, dont l’économie et l’urbanisme, plus fréquemment attribués aux hommes. À l’inverse, à la métropole de Lille, sur les vingt postes de vice-présidents, quatre sont occupés par des femmes… À Rennes, (comme à Marseille), la métropole a beau être désormais présidée par une femme, seules 7 ont décroché des vice-présidences sur 20.

Un entre-soi

Le monde politique est historiquement un monde masculin. Y entrer est compliqué, estime Reine Lépinay, coprésidente du réseau Elles aussi et membre du Haut conseil à l’égalité. Les hommes disent qu’ils ne trouvent pas de femmes. Mais ils ne les attendent pas non plus. Par contre, ils savent très bien se faire la courte échelle entre eux… Outre cet entre-soi masculin, les femmes, déjà maires, peuvent être réticentes à candidater pour une présidence d’intercommunalité, face au  mur  de la  triple journée  : professionnel, personnel et politique.  Surtout dans les petites communes, la charge de travail est immense.  La question des indemnités et du  statut  de l’élu est aussi soulevée. Le sentiment d’illégitimité anime aussi davantage les femmes que les hommes.

Changer la loi

 Il n’y a que la loi  qui fera évoluer la situation, estime Édith Gueugneau, de l’Association des maires de France. De nombreuses propositions de loi ont été initiées, comme encore récemment par la députée LREM Marie-Pierre Rixain pour tenter d’étendre le scrutin de liste paritaire à toutes les communes aux municipales et d’imposer la parité des exécutifs communaux et intercommunaux (alternance de sexe entre maire et 1er adjoint et entre président et vice-président) En vain.  On se mobilise depuis tellement longtemps, souffle Reine Lepinay. Mais il y a un vrai refus politique. 

 Créez des réseaux de femmes !  dit-elle encore, car ils aident les femmes à prendre confiance, à se serrer les coudes, à s’encourager.  À se former, à échanger des tuyaux , abonde Isabelle Rivière, qui a fondé le réseau Femmes et élues de Vendée. Dans son département, cinq femmes président des intercommunalités sur 19. Contre deux auparavant.

L’évolution est assez proche de celle du nombre de femmes maires : elles étaient 16 % lors du précédent mandat, elles sont, depuis les dernières municipales, 20 %.

 

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