Les Français de Renaissance rêvent d’un putsch sur l’ALDE

LREM veut mettre un coup de pied dans la fourmilière de la politique européenne. Photo Shutterstock

Renaissance joue les trublions en voulant changer le nom et les frontières de l’ALDE au Parlement européen. Un pari loin d’être gagné.

En France, les candidats aux élections européennes font la fine bouche face aux groupes politiques européens.

Tête de la liste d’union entre Parti socialiste et Place publique, Raphaël Glucksmann a indiqué qu’il ne siégerait pas au Parti socialiste européen. « La liste d’Union suppose la liberté de siéger », précisait-il en lançant Place Publique. Si bien que nul ne sait où il siégera, comme l’a souligné François Hollande, le 2 avril, sur France Inter.

De son côté, le parti LREM fait durer le suspense, et prétend qu’il ne s’alliera pas nécessairement avec l’ALDE, le groupe centriste du Parlement européen avec lequel il présente pourtant certaines affinités.

LREM veut mettre la barre à droite pour les européennes

La ministre des Affaires européennes croise déjà le fer régulièrement contre le Rassemblement national . Un entraînement qui pourrait s’avérer utile dans la bataille électorale.

LREM juge l’organisation rigide, se sent assez loin des centristes très à droite du FPE allemand, ou des très libéraux néerlandais. Ainsi, une bonne partie du groupe centriste a voté contre la directive droit d’auteur, une position assez improbable en France.

« Nous voulons étendre les frontières de l’ALDE », a indiqué le 30 mars Stanislas Guerini, appelant à un dialogue avec les socialistes espagnols notamment, lors d’une discussion avec des médias espagnols dont l’agence EFE.

Les élus français de LREM auront certes une carte à jouer : ils devraient être une bonne vingtaine,  soit près d’un quart du groupe centriste. Ils évoquent souvent le « changement de nom, et pas seulement de nom »  du groupe du centre, en caressant l’idée de phagocyter le nom du groupe, en le rebaptisant « Renaissance » .

À l’ALDE, cette idée ne remporte pas un succès fou. « Il y a un risque de faire éclater le groupe, ou de le fragiliser » s’inquiète-t-on en interne..

LREM veut faire des européennes un duel avec le RN

Alors que les autres partis français sont dans les starting blocs pour les élections européennes, LREM se laisse jusqu’à début mars pour dévoiler sa tête-de-liste. Et espère ainsi avoir le temps de mobiliser ses partenaires politiques au Parlement européen.

Les groupes politiques européens, des lieux stratégiques

Car jusqu’à maintenant, les groupes politiques du Parlement européen affichent une très forte cohésion : la discipline de vote au sein des groupes a toujours été solide, les eurodéputés votant plus en fonction des « listes de vote » qu’on leur transférait, plutôt que leur propres convictions.

Ainsi, en moyenne, les eurodéputés du groupe de droite PPE sont les plus fidèles aux recommandations, et votent ce qu’on leur a suggéré. L’élu le plus discipliné du Parlement européen, sur les cinq dernières années, est un eurodéputé hongrois du parti Fidesz, Jozsef Szajer, qui a voté à 99 % des votes en respectant les consignes, soit lors de 8068 vote sur 8134, selon les données de Votewatch.

Une spécificité liée à la technicité des votes, organisés à la chaîne, avec de nombreux amendements : impossible pour les élus d’arriver en touristes, et de voter sur des enjeux qu’ils ne connaissent pas. Les partis préparent ainsi des listes de vote qui permettent aux élus de se repérer.

Une rigueur sans doute appelée à évoluer. Les prochaines élections verront le Parlement européen se fragmenter un peu plus, et l’érosion des forces traditionnelles, notamment des socialistes et du PPE, devrait se constater au Parlement européen comme ailleurs en Europe.

Des groupes affaiblis qui resteront des passages obligés

Cette fragmentation devrait certes renforcer les Verts et le centre, mais pas sonner le glas de l’importance des groupes, qui resteront un passage obligé.

« Pour être un élu influent au Parlement européen, il faut appartenir à un groupe, être nommé en commission et arriver à convaincre ses collègues par son travail. Occuper les plateaux télé ne sert à rien » prévient Sébastien Maillard, directeur de Notre Europe à Paris.

Les nouveaux venus ont certes peu d’intérêt à rejoindre des organisations bien établies comme le S&D ou le PPE, aux fonctionnements bien huilés, et où les anciens ont leur rond de serviette. En revanche, « le groupe ALDE se retrouvera dans une position déterminante » ,assure Sébastien Maillard.

Reste que les macronistes ne pourront pas faire ce qu’ils veulent au sein de ce parti qui ne compte pas que des alliés : Mark Rütte, le Premier ministre néerlandais, est souvent le premier à critiquer les idées d’Emmanuel Macron, notamment sur la zone euro, et le Belge Charles Michels n’est pas si enthousiasme non plus.

« Le problème de Macron c’est qu’il est arrivé en France en cassant le système politique. En Europe on en est pas à ce stade, et puis il suscite aussi un certain scepticisme », observe Eric Maurice, responsable de la Fondation Schuman à Bruxelles.

En échouant à se concrétiser, les envolées lyriques de la campagne présidentielle ont déçu, et les échecs successifs pour taxer les GAFA et réformer la zone euro sont venus confirmer la mettre un coup de pied dans la fourmilière des institutions européennes.

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