Les Gilets jaunes noyés sous les infox sur Facebook

Capture d'écran d'une des pages Facebook des gilets jaunes

105 millions de vues : les infox sur les Gilets jaunes font un tabac sur Facebook, selon un rapport de l’ONG Avaaz. L’ingérence russe et internationale se confirme.

La photo d’une soi-disant Gilet jaune ensanglantée a fait le tour du web. Vue plus de 3,5 millions de fois, et partagée par 136 818 utilisateurs Facebook, l’image n’avait pourtant rien à voir avec le mouvement de protestation français : le site Hoax-net a vite révélé qu’il s’agissait d’une photo prise près de Madrid en 2012.

La fausse lettre de Gérard Lanvin a de son côté été vue six millions de fois, et partagée 252 000 sur Facebook. Une infox débusquée par l’AFP sur sa page de Fact-checking, l’acteur ayant été victime d’une usurpation d’identité.

En l’espace de cinq mois – de novembre 2018 à mars 2019 – les fake news ou infox autour du mouvement des Gilets jaunes ont atteint 105 millions de vues sur Facebook seulement. Chacun des 35 millions d’utilisateurs Français actifs sur Facebook aurait donc pu en voir trois en moyenne. En théorie, car vu le fonctionnement par bulle des réseaux sociaux, une partie de cette population y a sans doute été plus exposée. C’est ce que révèle l’ONG internationale de cybermilitantisme Avaaz, dans une étude publiée le 13 mars.

« Plus de 100 millions de vues pour les fake news, c’est énorme. Ce chiffre montre à quel point le mouvement des gilets jaunes a été infesté par la désinformation. Il faut tirer les sonnettes d’alarme partout en Europe tout de suite. Les élections européennes approchent et seront le test ultime pour les systèmes immunitaires de nos démocraties », a déclaré Christoph Schott, directeur de campagne chez Avaaz.

L’étude analyse les 100 plus grosses infox qui se sont répandues sur les groupes et pages Facebook des Gilets jaunes – Facebook étant le réseau social le plus utilisé par le mouvement – et qui ont toutes été démenties par les médias français ou internationaux.

Les gilets jaunes pris au piège des réseaux sociaux

Alors qu’ils entrent dans leur quatrième semaine de contestation, les gilets jaunes continuent de s’activer sur Facebook. Si le réseau social a permis au mouvement de croître, il peine à faire émerger une structure.

Moscou mène la danse

Or les infox sur les Gilets jaunes ne sont pas que d’origine française.

Une des fake news les plus diffusées vient des Pays-Bas, où le groupe d’extrême droite Pegida a publié une vidéo dans laquelle des policiers interpellent une dame refusant d’ôter son gilet jaune. Devenue virale,  la video a été traduite en français, anglais et italien et totalise plus d’un million de vues. La version correcte des faits est que les forces de police néerlandaise ont arrêté cette femme car elle se promenait avec une poupée dans sa poussette, et non pas un bébé, et n’a pas pu décliner son identité.

En France, le parti de Marine le Pen, Rassemblement national, n’hésite cependant pas non plus à soutenir les théories du complot selon lesquelles, en signant le pacte de l’ONU sur les migrations, le gouvernement français cherche à remplacer la population par des migrants. Mais en termes d’infox, c’est Moscou qui mène la danse.

Quand l'extrême droite européenne copine avec le Kremlin

Front national en France, Ligue du Nord en Italie, ou FPÖ en Autriche, les partis d’extrême droite en Europe bénéficient largement du soutien de Vladimir Poutine. Et vice et versa.

L’étude révèle que la chaine RT France, financée par la Russie, a  renforcé son audience grâce aux Gilets jaunes. En analysant les 500 vidéos YouTube les plus vues sur le mouvement des Gilets jaunes, Avaaz a évalué que la chaine russe publiait deux fois plus de vidéos sur le sujet (588) plus que Le Monde, l’Obs, le Huffington Post, Le Figaro et France 24 combinés (256).

Par conséquent, ses vidéos sont aussi deux fois plus visionnées que celles de ces mêmes médias combinés.

La propagande russe aura sa chaîne en français d’ici 2018

RT devrait lancer une chaîne francophone, installée à Paris, en décembre prochain.

RT a pénétré le mouvement à tel point que lors d’une manifestation à Paris, certains manifestants se sont mis à scander « Merci RT », une vidéo immédiatement reprise par le réseau RT international et publiée sur leur chaine YouTube.

Et ce n’est pas la première fois que la Russie interfère dans des processus électoraux ou mouvements avec son arme préférée : la fausse information. Pour cela, elle s’est même dotée d’une Agence de recherche Internet (IRA) à Saint-Pétersbourg, également connue sous le nom d’usine à troll.

« Le but de l’IRA et de créer des pans de contenu destinés à influencer les électeurs en Europe et aux États-Unis », expliquait l’année dernière, Lyudmila Savchuk, journaliste russe infiltrée dans l’agence. « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y aura des menaces pour les élections européennes. »

Un risque d'ingérence plane sur les élections européennes

La commissaire européenne en charge de la justice a mis en garde contre  le risque d’ingérence et de manipulation des élections européennes, qui « n’a jamais été aussi élevé ».

Facebook sur la sellette

Même si Facebook a commencé à partager des articles de fact-checking en dessous de certaines infox analysées dans le rapport, ces alertes ne sont visibles que par les personnes qui ont partagé ou qui veulent partager les infox. Tous les utilisateurs ayant seulement vu ou interagi autour de l’infox ne sauront jamais qu’elle était fausse.

Selon un sondage Yougov commandité par Avaaz, en moyenne 87 % des citoyens allemands, français, espagnols et italiens voudraient que les plateformes de réseaux sociaux collaborent avec des « vérificateurs de faits » pour diffuser la véritable info à tous ceux qui ont été exposés aux fake news.

Selon Avaaz, les médias rétablissent la vérité sur leur site Internet, les chaines de télévision sur leurs propres ondes, donc les plateformes devraient faire de même.

« On ne peut pas traiter une maladie dangereuse avec un pansement », se lamente le directeur d’Avaaz, Christoph Schott. « Les plateformes de médias sociaux doivent travailler main dans la main avec des vérificateurs de faits – et vacciner les gens contre les mensonges et la haine en vue des élections européennes.» On en est loin.

Bruxelles lance une lutte « low cost » contre la désinformation

La Commission a présenté son plan d’action sur la désinformation. Mais le financement n’est cependant pas tout à fait à la hauteur.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.