Les investitures aux législatives créent des tensions au sein de la coalition de gauche

La présidente de la région Occitanie Carole Delga, opposée à l'accord avec La France insoumise, répond aux questions des journalistes en décembre 2021. [Shutterstock/Obatala-photography]

La Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES), qui réunit les principales forces de gauche, a abouti à un compromis sur le partage des circonscriptions pour les élections législatives, même si des tensions apparaissent localement autour des candidats investis.

Plutôt prévisible, une première entrave provient de certains courants du Parti socialiste, mais aussi des communistes. Les écologistes, pour le moment, semblent plutôt digérer l’accord.

Des dissidences prévisibles

Avec 70 circonscriptions sur 577 réservées aux socialistes, 100 pour les écologistes* et 50 pour les communistes, il y a de quoi faire des déçus.

La présidente de l’Occitanie, Carole Delga, très opposée à l’accord avec la gauche radicale, organise depuis la semaine dernière une fronde dans sa propre région.

Se prononçant dans Le Parisien contre « une répartition des places entre copains » et la « liquidation du Parti socialiste », Mme Delga investit ou soutient des candidats dissidents dans plusieurs circonscriptions.

Parmi eux, Rémi Branco affrontera dans le Lot le candidat investi par l’union de la gauche, de même que Katy Guyot dans le Gard.

Un candidat investi par La République en marche (bientôt rebaptisée « Renaissance »), Laurent Suau, maire socialiste d’une ville de Lozère, revendique même le soutien de la présidente de région sur ses tracts, bien qu’elle soit opposée à M. Macron. Elle n’a pas confirmé publiquement ce soutien à ce jour.

Le Parti socialiste au bord de l'implosion après avoir acté l'union de la gauche

Après de longues journées de discussions, La France insoumise a conclu un accord avec le Parti communiste français et le Parti socialiste. Cette « Nouvelle union populaire écologique et sociale » acte ainsi l’union des principaux partis de gauche pour les élections législatives.

Les parachutages virent au psychodrame

Dans la sixième circonscription du Rhône, à Villeurbanne, les socialistes sont perplexes quant à la candidature de Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon. Il a été parachuté dans une circonscription très favorable à la gauche mais historiquement détenue par le Parti socialiste ou le Parti communiste, avant d’être conquise par la majorité présidentielle en 2017.

Cristina Martineau, candidate socialiste investie avant l’union, résume l’ « atterrissage » de M. Amard dans son territoire comme un symbole de « népotisme, machisme, parachutage ».

D’autant plus que depuis 2002 Gabriel Amard a été candidat dans de nombreux autres territoires, de l’Isère à l’Essonne, en passant par le Jura et le Nord.

Non loin de Villeurbanne, les crispations se poursuivent entre La France insoumise et le Parti communiste français. La maire PCF de Vénissieux, Michèle Picard, souhaitait se présenter contre le candidat insoumis Taha Bouhafs, également accusé d’avoir été imposé sans tenir compte des sensibilités locales.

Après que M. Bouhafs a annoncé se retirer en raison de la pression médiatique subie, le directeur de campagne du parti de M. Mélenchon, Manuel Bompard, a indiqué sur Twitter que « c’est LFI qui choisira sa candidature et personne d’autre ».

Les injustices

Dans le nord de Paris, l’ancienne députée socialiste Lamia El Aaraje dénonce l’investiture de Danielle Simonnet de La France insoumise, une protégée de Jean-Luc Mélenchon, à laquelle elle reproche de ne pas être suffisamment implantée localement.

Face à ce qu’elle vit comme une profonde injustice, elle a choisi de maintenir sa candidature avec le soutien du Parti socialiste parisien et de l’ancien Premier ministre Lionel Jospin, qui, à 85 ans, est allé tracter pour elle sur un marché de la capitale.

Encore plus cocasse, Mme El Aaraje a elle-même gagné contre la candidate qui lui a été préférée par la NUPES : « elle [Mme Simonnet] a décidé de se présenter sur la 15e circonscription [de Paris] en 2021, la mienne, et je l’ai battue. Et c’est à moi que l’on explique qu’il faut que je me retire ? » s’interroge-t-elle dans les colonnes du Journal du dimanche.

Elle en appelle désormais directement à M. Mélenchon, qui, à défaut d’un retrait de sa candidate, doit « assumer la crise que cela est en train de générer ».

S’il était évident que le partage des circonscriptions allait être rude, les différents partis de gauche ont probablement sous-estimé les mauvaises humeurs que les investitures engendreraient.

Entre les sensibilités locales contrariées et les oppositions de principe à l’union avec la gauche radicale, l’unité du bloc écologique et social risque d’être plus compliquée que prévu.

Pour la gauche unie, « l’urgence écologique doit primer sur les règles européennes »

Le programme environnemental porté par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale repose sur plusieurs piliers, notamment la planification écologique et une « règle d’or climatique » instaurant la primauté écologique sur le droit européen.

*[Mise à jour faite le 18 mai 2022 : correction d’une erreur sur le nombre de circonscriptions réservées aux formations écologistes]

Subscribe to our newsletters

Subscribe