Les partis allemands s’accordent sur la coalition de « feu tricolore »

Présentation de l’accord de coalition à Berlin le 24 novembre avec (de gauche à droite) Christian Lindner, président du FDP, Olaf Scholz (SPD), les co-chefs des Verts Annalena Baerbock et Robert Habeck, et les co-chefs du SPD Norbert Walter-Borjans et Saskia Esken. [CLEMENS BILAN/EPA]

Les sociaux-démocrates allemands (SPD), les Verts et le parti libéral (FDP) ont finalisé leur accord de coalition pour un nouveau gouvernement ce mercredi (24 novembre), deux mois après les élections générales en septembre. Olaf Scholz devrait ainsi succéder à Angela Merkel en tant que nouveau chancelier en décembre, rapporte EURACTIV Allemagne.

Actuellement ministre des Finances, Olaf Scholz deviendra non seulement le premier chancelier social-démocrate d’Allemagne en 16 ans, mais il dirigera également la première coalition tripartite de l’histoire du pays.

« Nous ne sommes pas intéressés par une politique du plus petit dénominateur commun, mais par une politique de grand impact », a déclaré M. Scholz, dont le parti a remporté les élections générales du 26 septembre et dont l’investiture devrait avoir lieu au cours de la première semaine de décembre, lors de la présentation de l’accord de coalition, ce mercredi (24 novembre).

Le futur chancelier a également expliqué que le prochain gouvernement fédéral avait des ambitions précises en matière de protection du climat, de neutralité climatique de l’industrie, de modernisation et de numérisation.

La candidate des Verts à la chancellerie, Annalena Baerbock, a souligné que l’accord de coalition constituait un « changement de paradigme » pour la politique allemande, tandis que le co-chef du parti, Robert Habeck, a déclaré que le pays était désormais en bonne voie pour « atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5 degrés ».

La nouvelle coalition de « feu tricolore » prévoit de stimuler fortement les investissements, privés comme publics, au cours de la prochaine législature, notamment dans les domaines de la protection du climat et de la numérisation.

Le financement de cette offensive d’investissements ne se fera pas par le biais d’une augmentation d’impôts, une option qui a été exclue par la coalition. Toutefois, M. Scholz a assuré que la trésorerie disposerait de ressources suffisantes pour mener ces investissements à bien.

« Nous sommes convaincus que nous pouvons répondre à toutes les demandes d’investissement, pour autant qu’il s’agisse d’investissements publics », a-t-il déclaré.

Répartition des ministères

Plus tôt dans la journée, les trois partis avaient annoncé la répartition des ministères entre eux. Si les questions de personnel doivent encore être clarifiées dans les semaines à venir, certains postes ministériels sont déjà considérés comme pourvus.

Ainsi, Christian Lindner, du FDP, prendra en charge le ministère des Finances, tandis que le ministère de l’Économie, de l’Énergie et de la Protection du climat sera occupé par M. Habeck. Le ministère des Affaires étrangères sera quant à elle attribuée à Mme Baerbock.

En plus de la chancellerie, le SPD se verra attribuer six autres ministères, dont le ministère de l’Intérieur et le ministère de la Défense.

Les Verts nommeront quant à eux le prochain vice-chancelier et obtiendront le ministère de l’Environnement, de la Famille, de l’Alimentation et de l’Agriculture.

Le FDP recevra au total quatre ministères : il s’agira vraisemblablement des ministères des Finances, de l’Éducation et la Recherche, de la Justice et des Transports et des Affaires numériques.

La perspective de voir M. Lindner prendre les rênes du puissant ministère des Finances a déjà suscité le mécontentement de certains États du Sud de l’UE. En tant que ministre des Finances, ce dernier pourrait contrecarrer les efforts des États membres tels que l’Italie, l’Espagne, mais aussi la France, qui souhaitent assouplir le pacte de stabilité et de croissance afin de bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre budgétaire.

Bien que M. Lindner ait tempéré les accusations d’être un « rapace » sur les questions de la politique fiscale, il a confié au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung qu’« un gouvernement fédéral ne peut pas se ranger du côté de ceux qui veulent miner le pacte de stabilité et de croissance ».

L’accord de coalition stipule que le pacte de stabilité et de croissance ait déjà prouvé sa flexibilité dans sa forme actuelle, ce qui sous-entend un rejet clair de l’initiative des pays de l’Europe du Sud visant à rendre le pacte encore plus flexible.

La question du climat

Le changement climatique a été le principal sujet de désaccord dans les négociations de coalition, les Verts ayant exigé que les questions climatiques soient le fil conducteur de l’ensemble de l’accord de coalition.

Selon Mme Baerbock, cet objectif a finalement été atteint, puisque « nous avons créé un projet de coalition où cette question de neutralité climatique traverse tous les domaines de l’accord de coalition ».

Selon les Verts, ce traitement global des questions relatives au changement climatique était essentiel afin d’atteindre l’objectif de maintien du réchauffement climatique à moins de 1,5 degrés par rapport à l’ère préindustrielle, comme prévu par l’Accord de Paris sur le climat.

Dans d’autres domaines, cependant, les Verts n’auront pas réussi à s’imposer. On ne retrouve notamment aucun élargissement des objectifs de protection du climat dans l’accord de coalition.

« Nous avons plutôt choisi une autre voie », a déclaré M. Habeck. Au lieu de fixer des objectifs toujours plus élevés et de ne pas les atteindre, des « mesures concrètes » seront identifiées afin de pouvoir atteindre les objectifs existants, a-t-il poursuivi.

Le parti a également fait marche arrière sur la question de l’élimination progressive du charbon. Au lieu de fixer définitivement l’élimination progressive du charbon à 2030, comme l’envisageaient initialement les Verts, il est simplement mentionné qu’elle devrait « idéalement être avancée à 2030 ».

Néanmoins, des objectifs ambitieux de politique climatique ont été intégrés dans l’accord. D’ici 2030, 80 % de la consommation d’électricité en Allemagne devra ainsi provenir d’énergies renouvelables et 15 millions de voitures entièrement électriques devront circuler sur les routes allemandes d’ici là.

Les Verts n’ont en revanche pas réussi à obtenir un droit de veto pour le ministère des Affaires économiques et de la Protection du climat, ce qui aurait permis au ministère dirigé par les Verts de bloquer les propositions législatives si elles n’étaient pas compatibles avec les objectifs climatiques.

Cependant, les Verts ont marqué un point à un autre niveau. En effet, ils auront le droit de proposer le prochain commissaire allemand à la Commission européenne après les élections européennes de 2024.

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