Les pays européens impatients d’en finir avec les élections allemandes

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Les États membres de l’UE ont des attentes différentes par rapport aux élections allemandes, mais un sentiment prévaut : dès qu'une coalition sera formée, l'Union pourra à nouveau discuter de thèmes importants. Un reportage du réseau EURACTIV.

Indifférence, continuité et stabilité sont les dénominateurs communs des élections du 22 septembre.

D'après l'institut de sondages Forschungsgruppe Wahlen, 62 % des citoyens ne sont pas intéressés par la campagne de la chancelière allemande, Angela Merkel (CDU), et de son concurrent socialiste-démocrate, Peer Steinbrück. Le taux de participation devrait être inférieur à celui des dernières élections.

La frustration et la protestation n'expliquent pas ce phénomène : seuls 11 % des Allemands ne sont pas satisfaits de leur système politique.  Une étude de l'Institut Allenbach et de la fondation Bertelsmann révèle que les électeurs se désintéressent de plus en plus de la politique.

Ils veulent la stabilité. Selon l'institut de sondage Infratest dimap, 52 % des Allemands sont satisfaits de la chancelière et 60 % souhaitent qu'elle soit réélue pour un troisième mandat.

« Le parti social-démocrate allemand (SPD) n'offre pas d'options convaincantes à la politique de l'Union démocrate-chrétienne (CDU) », explique le politologue Gero Neugebauer de l'université libre de Berlin à EURACTIV Allemagne. Selon lui, le CDU est synonyme de sécurité économique et de gestion efficace de la crise de l'euro. L’outre-Rhin craint une aggravation de sa situation économique si les sociaux-démocrates arrivent au pouvoir avec leur idée d'introduire des euro-obligations.

Une excuse pour le statu quo

« Les élections allemandes, c’est surtout une excuse pour le statu quo… sur beaucoup de dossiers depuis plusieurs mois, on se dit : on en reparlera après les élections allemandes », assure une source gouvernementale à Paris à EURACTIV France.

De nombreux thèmes européens ont été relégués au second plan ces derniers mois : l'élargissement de l'UE, la politique de voisinage, l'aide aux pays de la zone euro en difficulté ou encore la réforme des institutions à l'aide d'une modification du traité. La dame de fer d'Hambourg ne voulait évidemment pas aborder ces sujets, de peur que la campagne électorale ne dérape sur des débats qui ne sont pas de son ressort.

José Manuel Barroso, le président de la Commission, n'a jamais utilisé le mot « fédéralisme » dans son discours sur l'État de l'Union. Un contraste flagrant avec son plaidoyer passionné d'un an auparavant, dans lequel il avait préconisé une transformation majeure de l'Union européenne en une « fédération d'États-nations ».

Le pire de la crise de la zone euro est passé, grâce aux responsables politiques européens les plus importants, voilà le message « autorisé » avant les élections. Mais les mesures de discipline budgétaire et monétaire doivent se poursuivre.

Les partenaires européens de l'Allemagne appliquent plus fermement cette règle que les amis proches de la chancelière. Le ministre des finances, Wolfgang Schäuble, a déclaré en août que la Grèce pourrait avoir besoin d’un troisième renflouement. En vue de gagner du temps, la Commission a reporté son verdict.

N'ayant d'autre choix, les Européens attendent simplement les élections, sans en attendre des miracles.

Pour les Français, Angela Merkel et Peer Steinbrück ne sont pas très différents. Les élections allemandes ne les attirent donc pas tellement. Des bilans de l’ère Merkel se sont dessinés, insistant surtout sur l’austérité dans les pays du Sud, ainsi que sa politique énergétique qui a entraîné l’arrêt des centrales nucléaires outre-Rhin, deux sujets que les Français ont toujours du mal à comprendre.

L’Hexagone s'intéresse à Die Linke

Ce qui passionne les Français, ce sont les partis extrémistes, qui pourraient faire parler d’eux plus que d’habitude.

Plusieurs journaux français ont mis en évidence l'influence grandissante de Die Linke (La Gauche), en la comparant au Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, un parti hybride d’extrême gauche qui s’oppose à la mondialisation ou à l’Europe. Et qui a néanmoins contribué à l'élection de François Hollande en 2012.

Des experts préviennent toutefois que l'Allemagne n'est pas la France. « Les extrêmes n’ont jamais fait des scores importants, c’est un peu le fantasme français de croire cela », explique Isabelle Bourgeois, rédactrice en chef de Regards sur l’Allemagne au Cirac, un centre de recherche sur l’Allemagne.

Personne ne croit vraiment voir un changement à la chancellerie qui pourrait influencer la relation franco-allemande.

L'eurodéputée socialiste française Catherine Trautmann explique à EURACTIV France que son parti aurait préféré que le SPD ait de meilleurs résultats dans les intentions de vote. Elle admet qu'il est difficile de faire face à la popularité d'Angela Merkel.

« Ce retard dans les sondages est principalement lié à la situation économique et sociale. Le SPD est avant tout un parti de salariés et il y a un effet d’abstention certain sur cette tranche de l'électorat. Peut-être qu’une plus forte mobilisation pourrait le faire remonter, mais une victoire semble difficile », précise-t-elle.

La Pologne ne veut pas d'une grande coalition

L'abstention pourrait avoir des répercussions sur les résultats des élections. Tout comme un faible score du Parti libéral-démocrate (FDP), le partenaire de l’actuelle coalition gouvernementale.

Si le FDP ne récolte pas suffisamment de sièges au Bundestag, une grande coalition pourrait être formée entre la CDU, la CSU et le SPD. Des politologues polonais expliquent cependant à EURACTIV que leurs citoyens voient une grande coalition d'un mauvais œil.

Le grand voisin de l'Est organisera des élections législatives en 2015. Beaucoup de Polonais ne veulent pas d'une telle coalition à Varsovie, car les sociaux-démocrates polonais sont suspectés d'être prorusses à outrance.

Selon EURACTIV Pologne, les élections allemandes ne font pas la une des médias nationaux, car elles dépendent d’analyses et de commentaires traduits de l'allemand.

Comme l'explique Sebastian P?óciennik de l'université de Wroc?aw à EURACTIV Pologne, les responsables politiques polonais apprécient la stabilité de la longue relation de la chancelière allemande avec les deux derniers gouvernements : l'actuel de Donald Tusk et celui d'Aleksander Kaczy?ski, à présent chef de l’opposition.

Espagne : Steinbrück préconise-t-il aussi l'austérité ?

Pays sévèrement frappé par la crise de la zone euro, l'Espagne essaie d'anticiper les conséquences d'un troisième mandat d'Angela Merkel sur la politique économique, indique EURACTIV Espagne.

Étant donné que Berlin incite à l'austérité en Europe, Madrid se demande si les élections du 22 septembre aboutiront à davantage de coupes budgétaires imposées par la dame de fer par le truchement des institutions européennes.

Les médias espagnols se demandent si Peer Steinbrück sera plus souple en matière de politique budgétaire et monétaire. Ils estiment que les différences sont minimes entre les deux principaux candidats et que le socialiste a peu de chance de l'emporter.

Les sociaux-démocrates slovaques en faveur de Merkel ?

Selon EURACTIV Slovaquie, on ne parle pas beaucoup des implications politiques des élections allemandes dans le pays.

Tomáš Strážay, un analyste de recherche à l'Association slovaque pour la politique étrangère, explique que la Slovaquie a de nombreuses raisons de suivre les élections allemandes de plus près.

Même si elle partage l'idée de François Hollande en faveur d'une croissance économique plus solide, Bratislava ne se distance pas des règles et de la consolidation budgétaires préconisées par le gouvernement allemand. La République slovaque partage d'habitude les mêmes intérêts que l'Allemagne en matière de politique étrangère ou européenne. À l'exception notable de l'énergie nucléaire.

L'analyste estime qu’Angela Merkel aurait plus de soutien même si un premier ministre social-démocrate est au pouvoir dans le pays.

« La popularité de Peer Steinbrück est nettement inférieure, ce qui laisse penser que le SPD n'est pas en mesure de présenter une personnalité capable de faire de l'ombre à Angela Merkel. La coalition gouvernementale dominée par la CDU a permis à l'Allemagne de sortir relativement bien de la crise », poursuit l'analyste.

Les Tchèques se préoccupent de leurs propres élections

L'analyste tchèque Vladimír Handl de l'Institut des relations internationales à Prague indique, quant à lui, que le SPD n'a pas trouvé une solution à son manque de charisme politique.  Selon lui, Peer Steinbrück est compétent, mais n'est pas « un dirigeant typique du SPD, le parti des travailleurs ». La chancelière a fait évoluer la CDU vers la gauche et a adopté des politiques d'autres partis si elles semblaient intéressantes. « Il n'y a donc pas de beaucoup de place pour le SPD », conclut M Handl.

En République tchèque, l'intérêt pour les élections allemandes est exceptionnellement faible en dépit des liens étroits avec son voisin occidental.

Selon Petr Šafa?ík de l'Institut d'études internationales à l'université Charles de Prague, peu de médias nationaux couvrent les élections en Allemagne. Si tel est le cas, il s'agit tout au plus d'anecdotes ou de sondages d'opinion.

Le pays se prépare à de nouvelles élections législatives les 25 et 26 octobre. Elles n'ont toutefois rien de comparables avec les allemandes : les Tchèques participeront à des élections anticipées provoquées par une crise politique à rallonge.

M. Handl ajoute que des thèmes comme la crise de la zone euro divisent la sphère politique : « Une victoire de la droite en Allemagne et de la gauche en République tchèque éventuellement en compagnie des communistes, seront les résultats les plus probables. »

Les opposition bulgare et roumaine soutiennent Merkel

Des évènements nationaux éclipsent les élections allemandes en Bulgarie, rapporte Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV. Le gouvernement minoritaire de Plamen Oresharski, soutenu par les socialistes, est confronté à des manifestations. Ses détracteurs réclament sa démission.

Le parti socialiste (BSP) au pouvoir de Sergueï Stanichev, également président du Parti socialiste européen, soutient Peer Steinbrück et son parti. Le parti d'opposition Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) de l'ancien premier ministre Boïko Borissov est, quant à lui, un fervent défenseur d'Angela Merkel. Peu de Bulgares pensent que Peer Steinbrück pourrait remporter l'élection. Une grande coalition regroupant la CDU et le SPD pourrait être l'archétype d'une union similaire entre le BSP et GERB.

En Roumanie, la chancelière allemande a des alliés au sein de l'opposition. L'année dernière, une grave crise politique a remis en question l'évolution démocratique et a divisé la population. Angela Merkel faisait alors partie des invités d'honneur du congrès des partis de centre-droit, le parti démocrate-libéral roumain (PDL) du président Traian B?sescu et l'Union démocrate magyare de Roumanie. Tous deux membres du Parti populaire européen.

L'analyste Emil Stoica explique à EURACTIV Roumanie que les Roumains considèrent l'UE comme l’image de la stabilité et Angela Merkel en est l'incarnation.

Des diplomates déclarent à EURACTIV que, dès la fin des élections allemandes, plusieurs dossiers importants pourraient finalement progresser, comme la tentative de signature d'un accord d'association avec l'Ukraine. 

Les Allemands se rendront aux urnes le 22 septembre 2013. Le pouvoir pourrait rester entre les mains de la coalition conservatrice actuellement en place, composée en grande partie de l'Union chrétienne-démocrate d'Angela Merkel. Ou passer aux sociaux-démocrates ou à une nouvelle coalition.

Dans la course aux élections, l'Europe n'est pas à l'ordre du jour.

>> Lire le linksdossier : Élections allemandes 2013 : ne mentionnez pas l’Europe

  • 22 septembre : l'Allemagne organise des élections fédérales

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