Les socialistes français dénoncent « l’intransigeance égoïste » d’Angela Merkel

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Un projet de résolution des socialistes français au pouvoir, dévoilé ce week-end, révèle une hostilité profonde envers les politiques d’austérité menées par l’Allemagne dans l’Union européenne. Ce document a depuis lors été amendé, mais expose la division idéologique profonde entre les deux plus grandes économies de la zone euro.

 

Le projet de résolution sera présenté en juin lors d’une convention de réflexion du parti sur l'Europe. Ce document indique que la dirigeante allemande est «égoïste » et que ses politiques d'austérité nuisent à l'Europe.

 

Jean-Christophe Cambadélis, un député élu de Paris et vice-président du Parti socialiste européen (PES), a coordonné le document.

 

« Le projet communautaire est aujourd'hui meurtri par une alliance de circonstance entre les accents thatchériens de l'actuel Premier ministre britannique […] et l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel, qui ne songe à rien d'autre qu'à l'épargne des déposants outre-Rhin, à la balance commerciale enregistrée par Berlin et à son avenir électoral », peut-on y lire.

 

Le ton du document initial a ravivé la critique grandissante de la France envers Berlin  après que le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, a évoqué cette semaine la perspective d'une « confrontation » avec Angela Merkel.

 

Retrait des « formules stigmatisantes »

 

Après la controverse de ce week-end, M. Cambadélis a écrit sur son blog que « les formules stigmatisantes utilisées à l’égard d’Angela Merkel »seraient enlevées.

 

Le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, a souligné samedi l'importance du dialogue franco-allemand et a salué l'amitié entre Paris et Berlin, indispensable au projet européen et à la relance économique.

 

« Aucune sortie de crise possible en Europe sans une coopération entre la France et l'Allemagne », a écrit M. Ayrault, ancien professeur d'allemand, en français et en allemand sur son compte Twitter

 

Alain Juppé, homme politique de premier plan de l'opposition et ancien premier ministre, a expliqué au journal Le Monde que cette affaire avait rompu la confiance entre la France et l'Allemagne. Il a ajouté que la France avait perdu toute crédibilité nécessaire pour engager un dialogue musclé avec Berlin.

 

« La France est totalement isolée », a-t-il déclaré.

 

Dans sa première réaction aux commentaires sur Angela Merkel, Berlin a apaisé les tensions entre les deux pays.

 

« Nous collaborons très bien. Nous n'avons pas le sentiment qu'il existe un changement de politique », a expliqué au Monde Steffen Seibert, le porte-parole de la chancelière allemande.

 

« Confrontation » avec Angela Merkel

 

Malgré les formulations réconfortantes et la suppression de références directes à Mme Merkel, la version amendée de la résolution du parti socialiste français reste toujours très critique vis-à-vis des politiques d'austérité menées par l'Allemagne.

 

 

Une source du cabinet du président français, François Hollande, a indiqué vendredi que le document représentait seulement le point de vue du parti, mais n’a pas contesté son message central.

 

« Une ligne dans le texte indique que l'amitié entre la France et l'Allemagne ne rime pas seulement avec les politiques de Mme Merkel », selon cette source. « L'amitié nous permet de critiquer ses politiques, voilà ce qu'il faut comprendre de ce document ».

 

Même si Jean-Christophe Cambadélis a adopté un ton plus doux, il a mis en exergue la solution du Parti socialiste d'une « aile droite de l'Europe » et a dénoncé sur son blog « une certaine hypocrisie française ».

 

« Tout le monde sait que l'Europe souffre d'une majorité des droites européennes », a-t-il écrit. Il a ajouté que même les conservateurs en Espagne, en Italie et aux Pays-Bas « contestent cette orientation ». Même le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, remet en doute les mesures d’austérité.

 

« Tout le monde sait que l’euro fort ruine tous les efforts de compétitivité, et que le modèle allemand du tout à l’export et de baisse des coûts salariaux n’est pas applicable dans tous les pays d’Europe », a-t-il écrit sur son blog dimanche (28 avril).

 

« Tout le monde sait que l’administration américaine par la bouche de M. Kerry demande une relance allemande. » Tout le monde sait que le PSE, à l’unanimité, réclame la rupture avec cette politique. »

 

« Tout le monde sait que c’est le refus de politiser la construction européenne qui conduit aux affrontements nationaux. »

 

Élections européennes

 

François Hollande a critiqué l’entêtement de Mme Merkel sur la consolidation budgétaire alors qu’il se présentait au poste de président l'année dernière. Il a toutefois adopté un ton plus conciliateur depuis son entrée en fonction.

 

Il qualifie souvent les relations de la France avec l'Allemagne, l'officier payeur de l'UE, d'une « tension amicale » entre des partenaires égaux. Certains socialistes, dont M. Bartolone, pensent toutefois que cette attitude amicale est exagérée.

 

François Hollande doit se baser sur une majorité socialiste solide au parlement pour adopter des réformes structurelles cette année, dont les révisions des systèmes de chômage et de retraite. Un petit camp de détracteurs grandit toutefois, ce qui menace la majorité au Sénat.

 

L'aile gauche du parti a accepté l'idée d'un seul texte à présenter lors d'une réunion des socialistes européens à la fin du mois de juin, mais plusieurs désaccords demeurent, a déclaré M. Cambadélis, sans entrer dans les détails.

 

« La bataille pour une majorité alternative aux droites qui gouvernent en Europe a commencé », a-t-il écrit que son blog en plaçant ses espoirs dans les prochaines élections européennes en mai 2014.

 

Selon lui, « le traité de Lisbonne ouvre la possibilité que le ou la président(e) de la Commission soit désigné(e) dans la majorité du Parlement européen ».

 

« Ce qui va conférer à cette élection une double dimension continentale et d’orientation politique pour l’Europe. »

 

Le nouveau gouvernement français de gauche a commencé à travailler en mai 2012 en promettant de combattre les mesures d'austérité excessives et de mieux gérer les finances publiques.

 

Dans le même temps, les relations franco-allemandes semblaient particulièrement tendues, lors du sommet de l'UE en juin 2012, qui devait établir un « calendrier pour plus d'intégration européenne » ainsi que des mesures sur la discipline budgétaire et la croissance.

 

Les Allemands et Français partagent également des points de vue divergents manifestes sur des projets en faveur d'une union bancaire et des euro-obligations.

 

  • 16 juin 2013 : le Parti socialiste français organise une convention sur l'Europe
  • 22 juin 2013 : Conseil du Parti socialiste européen (PSE) à Sofia
  • 22 sept. 2013 : élections en Allemagne
  • Mai 2014 : élections européennes

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