Les souverainistes européens misent sur les nationalistes prudents

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Coincés entre fédéralistes et anti-européens, les souverainistes européens ciblent un électorat nationaliste, mais échaudé par le Brexit.

La sortie de l’Union européenne ne fait plus recette. Alors que le débat politique se polarise entre les partisans d’une Europe fédérale et les antieuropéens, les  défenseurs d’une Europe des nations se sont rassemblés à Paris le 28 février pour le lancement de leur campagne électorale. Ils veulent remettre l’Europe des Nations au cœur des élections de mai 2019.

Le « sommet pour une Europe des Nations »  s’est déroulé sous la houlette du président de Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan avec en toile de fond l’arrivée imminente du Brexit. Un événement qui va faire perdre au groupe des Conservateurs et Réformistes Européens (ECR) une large part de ses élus au Parlement européen.

Troisième force politique dans l’hémicycle européen avec 75 élus, le groupe CRE compte deux partis de gouvernement, les conservateurs britanniques et le Pis polonais. Talonné de près par les libéraux de l’ALDE qui affichent 68 sièges dans le Parlement actuel, le groupe CRE compte profiter de cette élection pour attirer de nouveaux alliés. Et compenser la perte des Torries.

Le parti de Nicolas Dupont-Aignan fait partie de ces nouvelles recrues. « Nous sommes très fiers de rejoindre le combat que vous menez depuis des années, car les fédéralistes, les bureaucrates les financiers n’ont pas le monopole de l’Europe » a annoncé le président de Debout la France au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet.

En France, Nicolas Dupont-Aignan est crédité de 6% des intentions de vote, à seulement une encablure du parti de la droite traditionnelle Les Républicains, que les sondages donnent aux alentours de 10%.

« Nous sommes en faveur d’une Europe différente. Nous n’avons pas à faire le choix entre plus d’Europe et plus d’Europe », Jan Zahradil, président de l’ACRE.

Europe souverainiste

« Les Européens et les Français ne veulent plus de cette Union européenne, il faut leur proposer des alternatives » martèle Nicolas Dupont-Aignan. C’est sur cette distinction que la coalition hétéroclite mise pour se distinguer des eurosceptiques  plus catégoriques,comme Marine Le Pen.

« Nous sommes en faveur de l’Europe, d’ailleurs je suis contre le Brexit et je le dis », affirme Bernard Monod, ancien élu du Rassemblement national (RN) qui a rejoint Debout la France en cours de mandat.

Le PPE protège Orbán, de peur qu’il ne se rallie à l’extrême droite

Le parti populaire européen ne veut pas aggraver les tensions avec le problématique Viktor Orbán, de peur qu’il ne rejoigne l’extrême droite de Matteo Salvini et Marine Le Pen.

Pro-européen des nations ou « euroréalistes » comme se définit Nicolas Dupont- Aignan, la ligne politique du groupe CRE  apparaît cependant difficile à tenir. La coalition ambitionne de ratisser large pour augmenter son envergure politique au Parlement. Du côté de la droite traditionnelle, le parti du Fidesz de Viktor Orban fait potentiellement figure d’aillé de choix.

Actuellement membre du Parti populaire européen, le dirigeant hongrois est de plus en plus contesté par ses paires. Et nombre de partis nationaux appellent à son exclusion. « François-Xavier Bellamy se reconnait plus proche d’Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker que d’Orban ! » rappelle Nicolas Dupont-Aignan, qui estime que la place naturelle du Fidesz serait au sein du groupe CRE.

Françoix-Xavier Bellamy, une tête de liste décalée pour LR

Le professeur de philosophie versaillais ne croit pas à la démocratie européenne mais veut faire avancer l’idée européenne en travaillant sur la culture et l’éducation. Il estime que les racines de l’Europe sont chrétiennes, mais pas seulement.

Mais pour compenser la perte des alliés britanniques, l’élargissement du CRE va aussi devoir composer avec des profils nettement plus à droite. Ce qui est le cas avec Debout la France. Le rassemblement pourrait aller jusqu’au groupe ENL, où siègent le Rassemblement national ou encore la Liga de Matteo Salvini. Au risque de réunir sous une même bannière des partis aux affinités politiques précaires.

Candidat à la présidence de la Commission

Malgré la perte considérable des parlementaires britanniques, les conservateurs européens ambitionnent de conquérir davantage de sièges au Parlement. « Tous les sondages au niveau national donnent à nos membres des meilleurs scores qu’en 2014 » explique Jan Zahradil, président du parti européen ACRE et tête de liste pour la coalition aux élections de mai.

Les projections en sièges dans le futur hémicycle faites par la CRE visent ainsi un groupe de 90 à 95 eurodéputés, ce qui mettrait le groupe à la troisième place derrière les socialistes et le PPE. Mais en ralliant les partis membres de l’EFDD, ce nombre pourrait grimper entre 125 et 135  élus, estiment les conservateurs, très optimistes par rapport à toutes les autres projections qui les donnent au mieux quatrième.

« C’est ma quatrième campagne européenne, mais c’est la première fois que j’ai vraiment le sentiment qu’une nouvelle majorité va se nouer au sein du Parlement européen, et achever la majorité PPE-Socialiste » affirme Jan Zahradil, président de l’ACRE.

Favorable à un pouvoir de décision fort des États membres, le candidat à la présidence de la Commission européenne pour les conservateurs affiche une position d’équilibriste dans la campagne européenne.

« Les traités sont très clairs sur la question de la présidence de la Commission. En dépit du fait que je suis eurodéputé et candidat de mon parti à la présidence de la Commission,  je suis du côté du Conseil pour le choix du président de l’exécutif européen » affirme Jan Zahradil. « Ce n’est pas au Parlement de faire ce choix, même si notre voix doit être entendue ».

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