Les Verts et les Libéraux, essentiels à la formation du prochain gouvernement allemand

Bien que les sociaux-démocrates aient le mandat le plus légitime pour diriger une coalition, une union dirigée par les conservateurs n’est pas encore exclue. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Après les élections fédérales du dimanche 26 septembre, l’Allemagne se dirige vraisemblablement vers l’une des deux coalitions suivantes : une coalition dite « feu de signalisation » (SPD, Verts, Libéraux) dirigée par les sociaux-démocrates ou une coalition dite de « Jamaïque » (CDU/CSU, Verts, Libéraux) dirigée par les conservateurs. Les deux grands partis vont maintenant tenter de convaincre les faiseurs de roi, les Verts et les Libéraux, afin de s’assurer une majorité stable.

Le SPD et la CDU, qui se sont retrouvés presque au coude à coude, ont explicitement exclu la poursuite de leur grande coalition commune et ont chacun annoncé leur volonté de diriger le prochain gouvernement allemand. Ils auront tous deux besoin de deux partenaires pour y parvenir.

Une coalition « rouge-rouge-verte » entre le SPD, les Verts et la gauche (Die Linke) semble peu probable, cette dernière n’ayant pas obtenu suffisamment de sièges pour permettre d’atteindre une majorité des sièges au Bundestag.

Armin Laschet, de la CDU, a déclaré que son parti « ferait tout ce qui est en son pouvoir pour former un gouvernement fédéral sous la direction de la CDU/CSU, car l’Allemagne a maintenant besoin d’une coalition pour l’avenir qui modernisera l’Allemagne ». Il a ajouté que « le chancelier sera celui qui réussira à unir les opposés ».

Olaf Scholz, son rival du SPD, a déclaré à son tour que l’on « peut conclure de ce résultat que nous avons un mandat pour dire que nous voulons former le prochain gouvernement. »

Bien qu’ils aient obtenu leur meilleur résultat jamais enregistrés lors d’une élection fédérale, les Verts sont déçus de ne pas avoir gagné davantage de sièges au Bundestag. S’exprimant à Berlin, la dirigeante des Verts, Annalena Baerbock, a déclaré que les électeurs avaient donné à son parti un « mandat pour l’avenir » et a indiqué qu’elle était favorable à l’option « feux de signalisation » (rouge-jaune-vert).

«Nous constatons que ce pays a besoin de renouveau et d’un gouvernement climatique, c’est le résultat de cette élection fédérale », a déclaré Mme Baerbock.

Christian Lindner, leader du FDP, libéral et favorable aux entreprises, a suggéré que lui et les leaders des Verts négocierons ensemble dans un premier temps et décideront ensuite de rejoindre les socialistes ou les conservateurs.

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S’arrêter au feu rouge

Les Verts et le SPD ont déjà gouverné l’Allemagne ensemble, entre 1998 et 2005, sous l’ancien chancelier Gerhard Schröder. Les programmes des deux partis présentent de nombreuses similitudes, notamment dans leurs politiques sociales et fiscales.

Toutefois, cette fois, ils ont besoin d’un troisième partenaire pour obtenir la majorité au Parlement. Le facteur déterminant est de savoir si les libéraux seront prêts à entrer dans une coalition avec deux partis de centre-gauche.

Étant donné que les sociaux-démocrates sont les gagnants relatifs, un tel scénario est plus probable. Mais il se heurterait à des obstacles importants autour de la table des négociations, les libéraux étant en désaccord sur presque toutes les questions clés. Ils ont également exigé le contrôle du ministère des Finances, ce qui, selon des sources du SPD, est un prix trop élevé pour le troisième partenaire de la coalition.

Alors que le SPD et les Verts veulent faire pression pour plus d’investissements publics, une augmentation de l’impôt sur le revenu, une politique fiscale expansionniste et un salaire minimum, le FDP n’est pas d’accord.

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En route pour la Jamaïque

Le fait que le leader du FDP ne soit pas enclin au compromis a été démontré lors de l’échec des pourparlers pour une coalition de « Jamaïque » en 2017 : il avait alors quitté la table des négociations, déclarant qu’« il vaut mieux ne pas gouverner du tout que de mal gouverner. »

Bien que les sociaux-démocrates aient le mandat le plus légitime pour diriger une coalition, une union dirigée par les conservateurs n’est pas encore exclue.

M. Lindner a déclaré à plusieurs reprises que le fait d’être le parti le plus important ne signifie pas que ce parti mènera forcément une coalition et a défini les conservateurs comme le partenaire de choix des libéraux. S’exprimant à Berlin alors que les résultats tombaient, Lindner a insisté sur le fait qu’une option « Jamaïque » dirigée par la CDU était toujours possible.

Les conservateurs ont déjà avancé cette hypothèse. Mais les Verts sont moins susceptibles d’envisager une telle option, car ils ont continuellement attaqué les conservateurs pour leurs positions sur le climat et la politique sociale. De plus, ils se retrouveraient confrontés à l’opposition du centre-gauche et de l’extrême-gauche.

Toutefois, cette option présente un avantage majeur par rapport à la coalition dite « feux de signalisation ». Elle était déjà sur la table après les élections allemandes de 2017. Les trois partis avaient déjà réussi à trouver des terrains d’entente et à se faire une idée des préférences de chacun.

À l’époque, ce ne sont pas les Verts qui ont torpillé les négociations de coalition, mais les libéraux, qui s’étaient sentis mis à l’écart pendant la négociation.

Une grande coalition comme ultime recours?

Toutefois, si les choses se dégradent, il pourrait aussi y avoir une troisième option : le maintien de la grande coalition, actuellement exclue par les deux camps.

Si l’histoire devait se répéter et que les pourparlers de coalition à trois échouaient, la grande coalition pourrait être l’ultima ratio pour sortir d’une impasse potentielle dans les négociations.

Il existe déjà un précédent pour ce scénario.

Avant les élections de 2017, les deux partis avaient exclu le maintien de la grande coalition. Cependant, après l’échec des pourparlers pour une coalition dite de « Jamaïque », ils avaient décidé de la poursuivre malgré tout, afin d’éviter de nouvelles élections et une longue période de gouvernement intérimaire.

Un tel scénario pourrait également être plausible cette fois-ci. Si les différentes combinaisons de la coalition à trois ne parviennent pas à se concrétiser, la reconduction de l’alliance SPD-Conservateurs pourrait être la seule issue.

Si personne ne parvient à se mettre d’accord, un gouvernement minoritaire est également envisageable.

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