Le Parti vert européen (PVE) a renouvelé sa promesse de répondre aux attentes des agriculteurs et s’est engagé à essayer de doubler les objectifs l’UE en matière de neutralité climatique et d’élimination progressive des combustibles fossiles dans son manifeste adopté lors du congrès du parti à Lyon, afin de repousser les « attaques » de la droite contre le parti et le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).
L’utilisation de termes tels que « courage », « attaque » et « colère » donnent le ton de la prochaine campagne électorale, qui s’annonce difficile pour les Verts. En effet, ces derniers devront tenter de regagner des électeurs et de défendre le Green Deal face à la montée de l’extrême droite, alors qu’ils est prevu qu’ils perdront des sièges au Parlement européen après le scrutin de juin, selon de récents sondages.
Le parti a également rehaussé ses ambitions climatiques en appelant l’UE à atteindre la neutralité climatique d’ici 2040 — soit 10 ans avant l’objectif actuellement fixé par Bruxelles — et en demandant l’élimination totale des combustibles fossiles d’ici la même date dans son manifeste électoral, approuvé lors du congrès de Lyon.
Ces objectifs révisés s’inscrivent dans le cadre d’un nouveau « Pacte social vert » (Green Social Deal), avec un accent plus prononcé sur les questions de défense, de sécurité et de politique étrangère de l’UE et, en réponse au paysage politique actuel, sur les agriculteurs et l’agriculture.
Le manifeste s’en prend également à tous ceux qui ont « essayé de faire marche arrière », soulignant la nécessité de « renforcer les domaines où les compromis ont laissé des lacunes et des failles et [de] relever le niveau d’ambition », tout en mettant l’accent sur la politique sociale pour répondre à l’agitation croissante des citoyens due au coût de la vie.
Les Verts allemands, qui avaient envisagé de réduire cette ambition en repoussant la date limite pour atteindre la neutralité climatique à 2045 et en réduisant les dates d’élimination progressive des combustibles fossiles, ont finalement fait machine arrière.
Les Verts ont également renforcé leurs positions en matière de géopolitique en y associant des appels à passer aux énergies renouvelables, également dans le cadre de la réduction de la dépendance extérieure vis-à-vis des fournisseurs de combustibles fossiles.
« Il s’agit là de la principale raison de passer aux énergies renouvelables, car elles permettent de sortir de ces dépendances malsaines, et je pense qu’il s’agit simplement de la réalité d’une période géopolitiquement très difficile […] pour rendre nos sociétés plus résistantes aux crises et plus sûres », a confié la ministre autrichienne de l’Environnement, du Climat et de l’Énergie Leonore Gewessler (Les Verts – L’Alternative verte) à Euractiv.
Le manifeste de 55 pages a été adopté avec 98,7 % de votes en faveur et cinq contre, ce qui montre « à quel point notre projet est crédible, important et global », contrairement à d’autres familles politiques dont les manifestes sont moins concrets en raison d’un manque de consensus entre les partis nationaux, a indiqué la co-présidente du PVE, Mélanie Vogel, à Euractiv.
« Nous avons des solutions à toutes les questions auxquelles l’UE doit répondre dans les cinq prochaines années », a ajouté Mme Vogel.
Les Verts « attaqués »
L’atmosphère du congrès reflétait ce qui sera une bataille de campagne difficile contre les « attaques » des conservateurs et de l’extrême droite qui accusent le Green Deal et les Verts d’être responsables de l’augmentation de la charge bureaucratique et des protestations des agriculteurs européens.
« Nous sommes attaqués parce que nous sommes au centre du débat actuel, le diagnostic et les solutions des Verts sont le débat d’aujourd’hui », a expliqué Mélanie Vogel à Euractiv.
Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit appelle dans son manifeste à réviser le Green Deal, notamment l’interdiction des moteurs à combustion, tandis que d’autres forces de droite et libérales appellent à une « pause » règlementaire sur les contraintes environnementales.
Les forces conservatrices ont également pointé du doigt la politique des écologistes comme étant l’origine des protestations des agriculteurs à travers le continent, utilisant le Green Deal comme un « leurre » alors qu’elles ont elles aussi contribué à créer le modèle agricole défaillant actuel, a déclaré l’eurodéputé Bas Eickhout (Verts/ALE) à Euractiv, tout en affirmant également que les Verts ont toujours été du côté des agriculteurs.
« L’idée de base est qu’ils ont beaucoup de difficultés à gagner leur vie de manière décente, ils obtiennent à peine des bénéfices de tout ce qu’ils font, ce n’est pas à cause des politiques environnementales », a-t-il ajouté, soulignant que le cadre agricole actuel de l’UE conçu par les forces de droite doit être révisé, car il s’agit actuellement d’un « système très capitalisé et à haut niveau de production » qui profite à l’agriculture à grande échelle.
Les Verts souhaitent au contraire encourager les petits producteurs, les exploitations familiales et l’agroécologie.
« Pendant des décennies, les agriculteurs ont été comme des pièces d’échecs dans le jeu des grandes entreprises agroalimentaires. Alors, oui, soutenons les agriculteurs dans le changement d’une politique agricole qui leur apportera réellement des revenus », a déclaré la ministre autrichienne Leonore Gewessler à Euractiv.
Dans ce sens, la co-présidente des Verts au Parlement européen tout juste élue tête de liste, Terry Reintke, a affirmé que sa priorité était de réformer la politique agricole commune (PAC).
Les Verts, alliés de l’industrie ?
Les Verts affirment qu’ils sont les mieux placés pour faire face à la crise agricole actuelle et défendent que leur « vision stable » est ce dont l’industrie européenne a besoin.
« Les Verts sont plus que des alliés de l’industrie face au comportement imprévisible de l’extrême droite et de la droite », a déclaré Bas Eickhout, qui sera tête de liste aux côtés de Terry Reintke.
« Par exemple, le PPE veut revenir sur l’interdiction du moteur à combustion. L’industrie automobile avait enfin une vision claire de ce qu’il fallait faire et de ce qu’il fallait investir. Aujourd’hui, elle reçoit à nouveau un signal contradictoire », a déclaré M. Eickhout.
Il a également fustigé le gouvernement français, qui a récemment mis en pause ses plans de réduction de l’utilisation des pesticides (plan Ecophyto) en réponse aux protestations des agriculteurs.
M. Eickhout a poursuivi en déclarant que les Verts cherchent à déployer un programme d’investissement pour stimuler l’industrie durable en Europe dans le cadre de leur nouveau « Pacte social vert », un objectif reflété dans le manifeste et qui s’appuierait sur de lourdes taxes pour « les pollueurs, les multinationales et les ultrariches ».
La question d’Ursula von der Leyen
Bien que les Verts aient été influents lors de la dernière législature de l’UE, notamment avec la mise sur pied du Green Deal, ils font face à une baisse de popularité et chutent dans les sondages. Cette situation met en péril leurs chances de faire partie d’une majorité parlementaire pour la prochaine législature, surtout à un moment où le PPE de l’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se retourne contre de grandes politiques environnementales.
« Nous n’irons jamais dans une coalition où l’extrême droite est présente […] et je pense qu’il est temps que le PPE réponde très clairement à cette question […] veulent-ils aller chercher à leur droite ou à leur gauche ? Ils peuvent nous trouver et nous sommes prêts à négocier », a souligné M. Eickhout.
Mme Reintke a elle aussi affirmé que les Verts étaient prêts à soutenir Mme von der Leyen pour un second mandat si elle mettait en avant un programme écologiste fort, comme ce fut le cas en 2019.
« Ils peuvent prendre des votes aux Conservateurs et Reformistes (CRE), et ils peuvent essayer d’apaiser certaines franges du PPE et aller à l’encontre du Green Deal, se déplacer plus à droite, mais il y a une autre option, et je pense que c’est pour nous le message important à envoyer », a-t-elle déclaré.
« Il est évident que l’accent sera très clairement mis sur le Green Deal, car il fait l’objet de nombreuses critiques », a-t-elle conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




