L’euroscepticisme se fait discret dans la campagne électorale italienne

Jean Claude Juncker, Antonio Tajani et Silvio Berlusconi.

L’imminence des élections législatives en Italie, dimanche 4 mars, a pour effet d’adoucir le discours des partis les plus eurosceptiques. Un article d’Euroefe.

L’Europa è grande ! Les critiques d’ordinaire acerbes envers l’UE sont mises en sourdine en Italie à l’approche des élections. L’exemple le plus flagrant est celui du Mouvement 5 étoiles (M5S), très critique à l’égard de Bruxelles et membre du groupe politique eurosceptique Europe de la liberté et de la démocratie directe au Parlement européen, aux côtés du parti britannique UKIP et d’Alternative pour l’Allemagne (AfD)

Le M5S, parti fondé en 2009 pour remettre en cause le système politique traditionnel, a consolidé sa croissance fulgurante avec de dures attaques à l’encontre de l’Union européenne, et une haine toute particulière pour la monnaie unique. Il réclame d’ailleurs un référendum pour en sortir.

Son chef de file actuel et candidat aux élections, Luigi di Maio, a déclaré le 18 décembre que la tenue de cette consultation serait une « mesure extrême » s’il voyait que l’UE ne change pas sa politique financière et a avancé que, dans ce cas, il voterait en faveur de l’abandon de l’euro.

Il n’a fallu qu’une vingtaine de jours pour que Luigi Di Maio nuance, une fois de plus, sa position en reconnaissant vaguement que « ce n’est pas le moment » d’aborder ces questions.

Alfonso Giordano, professeur de géographie politique à l’Université LUISS, a expliqué à Efe que Luigi Di Maio « a complètement changé son discours » sur l’Europe, en faisant référence aux diverses réunions auxquelles il a participé à la City de Londres pour rassurer les investisseurs.

Le candidat du M5S a affirmé que l’Europe ne devait pas avoir peur de son parti, mais plutôt s’inquiéter de la coalition de droite entre Silvio Berlusconi (Forza Italia) et la Ligue du Nord (LN) ultra-nationaliste, qui sort gagnante de tous les sondages, mais ne comptabilise par la majorité nécessaire pour gouverner.

Berlusconi se dit «disponible» pour redevenir Premier ministre

Si des élections devaient être réorganisées ultérieurement, Silvio Berlusconi serait disposé à redevenir Premier ministre en 2019. Son favori pour le poste en cas de victoire, le président du Parlement européen Antonio Tajani, se fait discret.

Rompre certains liens avec l’UE

Pour ces élections, la principale crainte est la victoire du chef de file de la LN, l’eurodéputé Matteo Salvini, adepte du lépenisme français, admirateur du président russe Vladimir Poutine, et du président américain Donald Trump, partisan du nationalisme et donc très critique à l’égard de l’UE.

Matteo Salvini a notamment attaqué la règle des 3 % du Pacte de stabilité et lors d’une réunion avec la presse étrangère à Rome, il a déclaré qu’il souhaitait modifier les traités et rompre de manière « coordonnée » certains liens qui entravent le développement.

Pour sa part, le Cavaliere a dû se jeter dans l’arène pour rassurer les partenaires européens, se posant en défenseur des intérêts européens en Italie. Lors d’une rencontre à Bruxelles avec le président de la Commission Jean-Claude Juncker, il a déclaré : « l’UE ne craint pas la dérive populiste de Salvini, car je suis là ».

Le programme commun ne fait pas allusion à la volonté manifeste de Matteo Salvini d’abandonner l’euro, mais les deux partis s’engagent vaguement à donner la priorité à la Constitution sur le droit européen.

La Ligue du Nord envisage une sortie de l’Italie de l’UE

La Ligue du Nord, favorite des élections législatives du 4 mars, n’exclut pas une sortie de l’Italie de l’UE si Bruxelles refuse de renégocier d’ici deux ans ses règlements en matière de fiscalité et d’immigration.

Le professeur de l’Institut européen de Florence, Andrea Ichino, estime que « malgré les annonces, l’Italie ne sortira pas de l’UE ». Il dédramatise les menaces de Matteo Salvini car « paradoxalement », Silvio Berlusconi contiendra son euroscepticisme.

« Ce que le M5S pense de l’Europe n’est pas clair et je doute que Salvini, quand l’heure viendra, puisse imposer la sortie d’Italie, si c’est bel et bien ce qu’il essaie de faire et qu’il n’essaie pas seulement d’obtenir des votes de manière démagogique », a déclaré l’expert.

Matteo Renzi repousse la menace du M5S et de la Ligue du Nord

De l’autre côté, il y a le Parti démocratique (PD) actuellement au pouvoir qui, dans son programme, aborde la question dans un chapitre éclairant nommé « Vers les États-Unis d’Europe » pour souligner que l’appartenance de l’Italie au bloc n’est « pas discutée ».

La vocation pro-européenne de la coalition de centre gauche de Matteo Renzi est représentée par l’un de ses principaux partenaires, la liste « +Europa » (Plus d’Europe) de l’ancienne commissaire européenne, Emma Bonino, qui vient repousser la « menace » pour l’UE du M5S et de la Ligue du Nord.

La question de l’adhésion à l’UE a refait surface lorsque l’Italie a contesté le choix d’Amsterdam comme futur siège de l’Agence européenne du médicament, siège qui a été arraché à Milan après un tirage au sort controversé. La fermeture de la société Embraco à Turin pour qu’elle soit transférée en Slovénie a également suscité des protestations du gouvernement.

L'Italie accuse les Pays-Bas d'avoir louvoyé pour obtenir l'agence du médicament

Le déménagement progressif de l’Agence européenne des médicaments, actuellement située à Londres, prend du retard à Amsterdam. Un haut représentant de l’industrie pharmaceutique italienne soutient que le dossier de candidature des Pays-Bas était biaisé.

Paolo Gentiloni, le Premier ministre, a déclaré, avant d’assister au sommet informel européen, que l’UE était préoccupée par la montée des partis populistes et souverainistes en Italie.

Jean-Claude Juncker a également semé le doute en reconnaissant qu’il y avait un risque que, face au scénario politique fragmenté prévisible, il n’y ait pas de « gouvernement opérationnel ». Il a cependant immédiatement nuancé ses propos pour déclarer que, « quel que soit le résultat électoral », l’exécutif « veillera à ce que l’Italie continue d’être un acteur central en Europe et dans son avenir ».

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