L’idée d’un scrutin national pour les Européennes s’impose peu à peu

Le Parlement européen, à Strasbourg

L’ensemble des familles politiques consultées par l’Élysée semble favorable à des listes nationales pour les élections européennes de 2019, à l’exception de certains élus les Républicains.

En souhaitant changer le mode de scrutin pour les élections européennes en le faisant passer de régional à national, Emmanuel Macron continue de donner des coups de pied dans la fourmilière politique. Ce qui ne plait guère aux politiciens bien établis en général et à la droite en particulier.

Les Républicains sont toutefois le seul mouvement à avoir clairement affiché leur opposition au projet, et insistent pour ne rien changer au fonctionnement actuel du scrutin qui divise la France en 8 grandes eurocirconscriptions.

Élections européennes: attention à la marche arrière !

Pour rapprocher les Français des institutions européennes, abandonnons l’idée d’une liste nationale pour 13 eurocirconscriptions, estiment Yves Bertoncini et Olivier Mousson.

« Ce mode de scrutin permet de garantir la proximité et le lien entre les territoires, les parlementaires européens et l’Union européenne, ainsi que l’élection au Parlement de Bruxelles et de Strasbourg de représentants français (…). En outre, il permet de tenir compte du fait que ce sont les régions qui ont autorité, depuis 2014, sur la répartition des fonds européens », a assuré Bernard Accoyer, le secrétaire général des Républicains, à l’issue de sa rencontre avec le Président. Une position qui semble cependant s’avérer minoritaire.

Concertation autour des élections européennes

Emmanuel Macron reçoit lundi et mardi les principaux responsables politiques pour les sonder sur ses projets européens et l’organisation des élections européennes de 2019, un scrutin central à ses yeux.

Priorité aux grands enjeux

« Il y a une motivation politique dans le fait de revenir à une circonscription nationale : cela permettrait de sortir de cette ambiguïté de l’Union européenne que les citoyens perçoivent mal quand elle s’occupe de tout, et des détails. La priorité, aujourd’hui, est de se concentrer tant à Bruxelles que dans les capitales sur les grandes priorités », souligne Charles de Marcilly, directeur de la fondation Schuman à Bruxelles.

L’autre argument clairement affiché par les partisans d’un scrutin national est d’européaniser le débat, en le polarisant clairement entre pro-européens en anti. Or, c’est justement un débat dont la droite ne veut pas, puisse qu’il risque de lui faire perdre des voix au profit du centre. Évacuer le terroir n’est clairement pas la priorité des conservateurs.

Arrières pensés en pagaille

Mais derrière les positions de fond se cachent des motifs moins avouables. Pour le jeune parti La République En Marche, exacerber le débat européen permettrait a priori de marquer des points, comme lors de la présidentielle, et au contraire des élections sénatoriales que le parti a largement perdues au profit de la droite. Comme le montre l’exemple de la chambre haute, il sera plus simple pour LREM de remporter la mise au niveau national que de trouver des personnalités marquantes dans 8 régions différentes pour battre le fer avec des élus locaux bien implantés.

Malgré ces arrière-pensées, les Verts et le parti socialiste sont plutôt favorables au retour à un scrutin national, notamment pour éviter que le Parlement européen soit utilisé comme une salle d’attente de la politique nationale. « Les circonscriptions européennes introduites en 2004 n’ont pas permis de rapprocher élu-es et citoyen-nes, de réconcilier les français-es avec ce scrutin et de lutter contre l’abstention. Il est périmé depuis la mise en place des nouvelles régions », précisent les Verts, qui estiment aussi qu’un retour à une liste nationale permettrait de ramener un équilibre hommes-femmes dans la délégation française, qui n’a actuellement que 36 % de femmes.

Une majorité se dégage pour un scrutin national

Pour les socialistes, le débat est également tranché. Les représentants reçus à l’Élysée « ont rappelé leur attachement à des listes nationales », tout en affirmant qu’il fallait maintenir les régions comme interlocuteurs privilégiés et relais des politiques européennes dans les territoires. Aux extrêmes, les partis comme le FN et la France insoumise ont aussi tout à gagner d’une nationalisation de la campagne des Européennes, qui induit également une cristallisation des enjeux autour de leurs grands thèmes binaires : contre l’Europe, contre l’euro, les réfugiés, etc.

Officiellement, la question doit encore être débattue à La République En Marche, où le nouveau secrétaire général du parti, Christophe Castaner, a reconnu que le scrutin national « favorisait le débat » sur l’Europe alors qu’un scrutin régional incitait à un débat de proximité.

Mais globalement, les partisans du statu quo semblent minoritaires dans la classe politique française, puisqu’ils ne se retrouvent que chez une partie des Républicains, d’autres derrière Alain Juppé réclamant un changement du processus.

Une grande marche européenne un peu trop macroniste ?

Également interrogés sur la consultation européenne que le mouvement LREM souhaite lancer dès le mois de janvier prochain, les différents partis ont en revanche montré moins d’enthousiasme. Non pas sur le fond, mais sur la forme : la « grande marche européenne » évoquée par Christophe Castaner lundi ressemble furieusement à une excroissance du mouvement français LREM, ce qui n’intéresse que modérément ses concurrents, sans surprise.

Le parti d’Emmanuel Macron cherche à s’européaniser pour 2019

La République en Marche hésite entre la création d’un nouveau parti et le rattachement aux centristes, en amont des élections européennes de 2019.

Les Verts et les socialistes craignent que le centre ne monopolise ainsi le sujet européen, « et avec des fonds de la Commission européenne, c’est tout de même gonflé » s’énerve un élu européen. L’exécutif européen voit en effet d’un bon œil cette consultation même si pour l’heure elle n’y participe pas si ce n’est en appui technique.