L’impossible équation politique pour faire face à l’inflation

Les derniers chiffres sont criants : l’inflation a doublé entre janvier et mai 2022 pour atteindre 5,2%, « due à une accélération des prix de l'énergie, des services, de l'alimentation et des produits manufacturés ». [Maxx-Studio/Shutterstock]

Alors que les français s’apprêtent à aller aux urnes les 12 et 19 juin, l’inflation record et la croissance en berne menacent le pouvoir d’achat. La question de la relance économique s’impose au cœur des débats politiques.

Les derniers chiffres sont criants : l’inflation a doublé entre janvier et mai 2022 pour atteindre 5,2%, « due à une accélération des prix de l’énergie, des services, de l’alimentation et des produits manufacturés » indique l’INSEE.

La pandémie de la Covid-19 a inévitablement mis un coup d’arrêt à la croissance mondiale. Chômage partiel, aides exceptionnelles pour soutenir les entreprises en péril : toutes les dispositions ont été prises pour maintenir l’économie française à flots « quoi qu’il en coûte », selon les mots d’Emmanuel Macron.

Nombreux étaient les analystes prêts à parier sur une reprise forte et soutenue de la croissance économique française une fois la pandémie passée. De fait, le PIB a crû de 7% sur l’année 2021 et le taux de chômage est au plus bas depuis 2008 à 7,3%.

Mais l’écart entre l’offre et la demande des produits énergétiques a créé des tensions inflationnistes dès l’été 2021. Selon un rapport de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cet écart « a eu pour conséquence de faire grimper non seulement le prix du pétrole mais également celui du gaz et des biens alimentaires ».

Une réponse économique par la croissance

Rapidement, le gouvernement monte au front. Jean Castex, alors Premier ministre, annonce en septembre 2021 un « chèque énergie » de cent euros, versé début 2022, afin d’aider les français à payer leurs factures de gaz et d’électricité. En outre, le gouvernement met en œuvre le « bouclier tarifaire » pour geler les tarifs de gaz.

Enfin, c’est une remise de 15 centimes hors taxe sur le litre de carburant qui est instaurée, alors que les prix à la pompe atteignaient des sommets, au-delà des 2€/litre.

Ce n’est pas sans compter sur la guerre en Ukraine début 2022, qui perturbe tout espoir de retour à la normale. Les chaînes d’approvisionnement sont mises à mal, tandis que l’accès aux matières premières, notamment le blé, se tarit. Résultat : +15% sur le paquet de pâtes, +2,4% sur le riz ou encore +3,4% sur les fruits secs.

Pour le gouvernement, la réponse à la crise passe impérativement par la croissance, en redynamisant l’investissement et l’innovation. Ainsi d’un grand plan de 20 milliards d’euros de baisses des impôts de production, annoncé par Emmanuel Macron pendant la campagne des élections présidentielles.

Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, a aussi confirmé la volonté de M. Macron de faire un « effort budgétaire » à hauteur de 50 milliards d’euros de dépenses dans l’éducation, la santé et le climat.

Dette souveraine : un nouveau casse-tête politique

Alors que la Banque Centrale Européenne (BCE) laisse entendre qu’une hausse des taux d’intérêt n’est plus un sujet tabou, la question de la réduction de la dette publique revient sur le devant de la scène politique française.

Mesures urgentes

Alors que la Banque centrale européenne (BCE) relèvera très probablement ses taux d’intérêt en juillet pour contrer l’inflation, Clément Beaune, ministre délégué aux affaires européennes, confirme que d’autres mesures sont dans le viseur.

« Nous allons continuer à analyser la situation de manière pragmatique » notamment sur la question de « la revalorisation des retraites » et « de certaines prestations sociales », a-t-il déclaré lors d’une réunion publique à laquelle EURACTIV France a assisté. Des aides exceptionnelles par secteur sont aussi à l’étude même si M. Beaune insiste : « on ne va pas raser gratis dès demain ».

Et de se féliciter : « grâce à nos mesures fortes pour le pouvoir d’achat, l’inflation française est deux fois inférieure à celles de nos voisins européens ».

L’OFCE a quantifié l’impact des mesures gouvernementales. Selon son rapport, « l’impact du choc énergétique serait réduit à -0,7 point de PIB » par rapport à -1,3% si ces mesures n’avaient pas été mises en œuvre.

Des mesures qui sont loin de satisfaire Aurélie Trouvé, économiste et candidate aux législatives pour la Nouvelle Union populaire économique et sociale (NUPES) : « le plan du gouvernement ne marchera pas ». Pour relancer l’économie par la croissance, il faudrait « augmenter le pouvoir d’achat en augmentant les salaires et les minimas sociaux, ce que le gouvernement ne fait pas », explique-t-elle à EURACTIV.

Pour Mme Trouvé, l’urgence est de bloquer les prix de l’énergie et des biens de première nécessité en France dans un premier temps, puis au niveau européen. En outre, une imposition sur le profit des grandes entreprises est nécessaire, « réel vecteur de l’inflation en Europe », ainsi que l’augmentation du salaire minimum.

« La France est un des pays européens les plus puissants. Si la gauche emporte une majorité des sièges à l’Assemblée, nous pourrons peser au niveau européen », ajoute-t-elle.

Une équation complexe

Si les causes de l’inflation sont connues – un déséquilibre demande/offre pour les matières premières comme l’énergie et les biens alimentaires après la pandémie et l’invasion russe en Ukraine –, la réponse à la crise reste donc politiquement sensible.

Le gouvernement ne veut en aucun cas faire penser à un retour à l’austérité ou être rendu coupable d’inaction face à la vie plus chère que connaissent les français depuis plusieurs mois.

Car la souffrance sur le terrain est une réalité : « je le vois dans ma circonscription [en Seine-Saint-Denis] » dit Mme Trouvé, « les gens galèrent : il y a une réelle envie de changement ».

Trouver les bonnes mesures revient à résoudre une équation complexe, sans réponse évidente et à laquelle gouvernement comme opposition devront répondre vite, quelques jours après des législatives.

L’alliance de gauche menace la majorité d’Emmanuel Macron

Dans les derniers sondages pour les élections législatives, la Nouvelle union populaire écologique et sociale (NUPES) n’a eu de cesse de progresser et met désormais en danger la majorité présidentielle, selon un sondage publié mardi (31 mai).

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