Loiseau rattrapée par sa présence sur une liste d’extrême droite

Nathalie Loiseau [EPA-EFE/IAN LANGSDON]

La tête de liste LREM Nathalie Loiseau, qui fait campagne pour la lutte contre le populisme, a tenté d’éteindre l’incendie provoqué par la révélation de sa présence sur une liste d’extrême droite à Sciences Po en 1984.

L’étincelle est partie d’un article de Mediapart mis en ligne lundi, selon lequel Nathalie Loiseau apparaissait cette année-là pour des élections dans la grande école parisienne sur la liste « commission paritaire » de l’Union des étudiants de droite (UED), syndicat né sur les cendres du GUD (Groupe union défense, syndicat étudiant d’extrême droite aujourd’hui dissout). Elle portait alors encore son nom de jeune fille (Nathalie Ducoulombier).

Face à la volée de critiques immédiates de l’opposition, l’ancienne ministre des Affaires européennes, dont la liste se présente pour le scrutin européen du 26 mai à la tête du combat contre l’extrême droite, a dit « regrette(r) d’avoir été associée à ces gens-là ».

Nathalie Loiseau lance la campagne de LREM

La tête de liste Nathalie Loiseau et les 29 autres candidats connus de la liste Renaissance aux élections européennes ont donné le coup d’envoi de la campagne lors d’un premier meeting le 30 mars à Aubervilliers.

Soulignant avoir « complètement oublié cet épisode », elle a reconnu auprès de Mediapart avoir « dit oui » lorsqu’on l’avait « approchée pour participer à une liste qui voulait accentuer le pluralisme à Sciences Po, alors quasi inexistant, et qui cherchait des femmes ».

« Si ceux qui étaient sur la liste avaient un agenda extrémiste, je ne les ai pas fréquentés, je ne l’ai pas perçu, et si c’est le cas c’est une erreur. Si j’avais identifié des membres du GUD sur cette liste, évidemment que je n’aurais pas accepté d’y figurer », a-t-elle ajouté.

Au final, « une vraie connerie », une « erreur de jeunesse », a-t-elle estimé à franceinfo mardi matin, en soulignant que « (son) combat en politique, cela a toujours été de combattre l’extrême droite ».

« Joli climat d’inquisition », a-t-elle aussi attaqué dans Facebook en ciblant le patron de Mediapart, Edwy Plenel : « avoir été gaulliste à 20 ans plutôt que maoïste, soutien du terrorisme palestinien et des khmers rouges, c’est insupportable à Edwy Plenel », a-t-elle écrit en allusion au passé d’extrême gauche du journaliste.

 « Rien de mieux ? »

« Nathalie, paye ta cotis » ! », a ironisé Jordan Bardella, tête de liste Rassemblement national, invité du groupe Nice Matin. « Cela démontre surtout l’imposture autour de ces gens », a-t-il ajouté.

« Je laisse chaque Français juge de se demander si après de telles révélations, on peut encore faire confiance à une personne comme Mme Loiseau, et si après un tel double discours il peut y avoir encore le moindre crédit qui s’attache à ses paroles », a fustigé le patron des Républicains Laurent Wauquiez, dont la formation a moqué le paradoxe pour celle qui se faisait la championne du combat contre l’extrême-droite dans cette campagne.https://www.euractiv.fr/section/elections/news/les-allies-du-rassemblement-national-au-parlement-europeen-sont-ils-dextreme-droite%E2%80%89/

« On a le droit de changer d’avis, mais pour une formation politique qui fait toute sa com » autour de l’idée qu’elle constitue LE rempart face à l’extrême-droite, ça fait drôle… », a abondé la tête de liste PCF Ian Brossat.

Certains, comme Lydia Guirous, une des porte-parole de LR, ont aussi jugé peu crédible le fait que Mme Loiseau, étudiante de Sciences Po en « Prep ENA », ne se soit pas intéressée davantage à la couleur politique de la liste sur laquelle elle était inscrite. Et Yannick Jadot, tête de liste EELV, lui a conseillé d’« assumer, (…) y compris sa part d’ombre ».

Mme Loiseau a reçu le soutien inattendu du leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon qui a tweeté : « Madame Nathalie Loiseau a le droit de changer d’avis. Plenel sait bien que ça peut arriver, lui qui a embauché le chef de la fraction armée rouge en Argentine Paulo Paranagua. » Avant de supprimer son message peu après, évoquant une publication involontaire.

La République en marche, elle, a fait bloc autour de sa candidate. Le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand a salué une « femme d’honneur ».

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a critiqué une polémique « insignifiante » pour « salir » et « descendre » la candidate. Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a déploré sur BFMTV qu’on s’attarde sur « avec qui (Mme Loiseau) était amie quand elle avait 20 ans ».

Interrogé par l’AFP, l’entourage de Mme Loiseau a jugé « cette histoire (…) complètement tirée par les cheveux » et le délégué général du parti, Stanislas Guerini, a souligné sur Twitter qu’« il n’y a jamais eu la moindre ambiguïté sur son engagement » dans « la lutte contre l’extrême droite ».

Les alliances entre les libéraux et l’extrême droite divisent en Europe

À quatre mois des élections européennes, la question des alliances de circonstance avec l’extrême droite divise la famille des libéraux. Exemples comparés de la Suède et de l’Espagne.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.