L’opposition russe en exil demande à l’UE de ne pas reconnaître l’élection de Vladimir Poutine

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Le fait que les électeurs fassent la queue devant les bureaux de vote le dernier jour du scrutin devrait permettre de montrer qu'ils ne soutiennent pas le président. [Petr Kozlov/Euractiv]

À un mois de l’élection présidentielle russe, au terme de laquelle Vladimir Poutine devrait être reconduit, l’opposition en exil et contre la guerre en Ukraine reconnaît qu’elle n’est pas en mesure d’influencer les résultats, mais espère que l’Occident « fera ce qui est juste ».

Aucun des opposants à Vladimir Poutine ne pourra participer à l’élection qui aura lieu mi-mars ni assurer un contrôle indépendant du scrutin. La seule possibilité qui reste à l’opposition russe — dont la plupart a dû fuir le pays — est d’essayer de montrer que la popularité de l’homme fort de Russie auprès des citoyens n’est pas si élevée qu’il tente de le faire croire, mais bien qu’elle est artificiellement gonflée par la propagande.

Étant donné que de nombreux citoyens russes sont opposés à la guerre en Ukraine, l’opposition du pays demande à Bruxelles de ne pas reconnaître M. Poutine comme un président légitime à l’issue du scrutin de novembre.

« Le Kremlin essaie d’envoyer un message de propagande au monde entier — à savoir que 85 % des Russes seraient en faveur de M. Poutine », a expliqué Leonid Volkov à Bruxelles mercredi (14 février). M. Volkov est l’ancien chef de la Fondation anticorruption de Russie (FBK) et a également été à la tête du cabinet d’Alexeï Navalny, critique numéro 1 du Kremlin.

L’idée est de signaler que « Poutine ne peut être vaincu que si toute la Russie est vaincue — ce qui est peu probable », a poursuivi M. Volkov.

L’été dernier, le média indépendant Meduza a rapporté que le Kremlin avait chargé les autorités régionales de veiller à ce que 80 % des votes aillent à l’actuel dirigeant russe.

Selon M. Volkov, qui a cité les résultats d’une enquête téléphonique menée en novembre par la FBK auprès des Russes, le soutien à Vladimir Poutine est en réalité inférieur à 50 %.

Toutefois, certains experts indépendants ont critiqué la méthodologie utilisée par les partisans de M. Navalny et ont mis en doute les résultats de l’étude.

Il n’existe actuellement aucun centre sociologique indépendant opérant en Russie qui soit en mesure de publier des résultats d’enquête crédibles.

« Vladimir Poutine parle de dénazification, de menace LGBT… En réalité, les Russes veulent que la guerre se termine le plus tôt possible », a affirmé M. Volkov.

« Midi contre Poutine »

Les participants à un évènement récemment organisé par le Parlement européen, parmi lesquels Vladimir Milov, ancien vice-ministre de l’Énergie qui vit désormais en exil, et l’avocat Vadim Prokhorov, directeur de la Free Russia Foundation également en exil, ont exhorté les Russes à se rendre dans les bureaux de vote le 17 mars, troisième et dernier jour de vote, à midi.

Le fait que les électeurs fassent la queue devant les bureaux de vote le dernier jour du scrutin devrait permettre de montrer qu’ils ne soutiennent pas le président.

« La question de la reconnaissance de la légitimité de l’élection est extrêmement importante et sensible pour le régime de Poutine », a déclaré M. Prokhorov.

L’idée derrière cette action, qu’ils appellent « Midi contre Poutine », « n’est pas de s’opposer à la manipulation de Vladimir Poutine, pour laquelle l’opposition n’a pas de ressources ni d’observateurs », a expliqué M. Volkov, mais plutôt « de permettre aux Russes qui ne soutiennent pas Poutine et la guerre [en Ukraine] de se voir les uns les autres et de sentir qu’ils ne sont pas seuls ».

Vladimir Poutine ne pourrait ainsi pas se voir accorder la légitimité qu’il désire tant, a expliqué à Euractiv Natalia Arno, de la Free Russia Foundation.

« Les changements en Russie ne se feront pas rapidement. Mais ils se produiront lorsque les gens agiront ensemble et de manière coordonnée », a-t-elle noté.

Non-reconnaissance nécessaire

L’eurodéputé lituanien Andrius Kubilius (Parti populaire européen, PPE), rapporteur spécial du Parlement européen sur la Russie, a déclaré qu’il proposerait que l’UE ne reconnaisse pas les résultats des élections. La discussion à ce sujet devrait commencer après le scrutin, a précisé M. Kubilius.

À titre d’exemple, il a cité la non-reconnaissance par les membres du Parlement européen et un certain nombre d’États membres du bloc des résultats de l’élection en Biélorussie en 2020, qui avait déclaré l’autocrate sortant Alexandre Loukachenko, un allié du Kremlin, comme vainqueur incontesté.

Toutefois, selon Luc Devigne, directeur adjoint pour l’Europe de l’Est au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), la non-reconnaissance d’élections n’existe pas en droit international.

« Reconnaître ou ne pas reconnaître des élections est plutôt une question politique. Qu’est-ce que cela change ? », s’interroge M. Devigne.

La Commission électorale centrale russe (CEC) a refusé d’inviter des observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour les élections nationales, arguant que les observateurs de l’organisation, mais également de l’UE et du Conseil de l’Europe auraient un « parti pris idéologique ».

Vladimir Poutine a placé ses pions

Le principal opposant à Vladimir Poutine, l’homme politique Alexeï Navalny, a été déclaré mort ce vendredi (16 février) par les autorités de la prison où il purgeait sa peine de 19 ans.

La Fondation anticorruption de M. Navalny a été désignée comme une « organisation extrémiste » et toute coopération avec elle est passible de poursuites pénales en Russie.

Ilya Yashin, Vladimir Kara-Murza, Liliya Chanysheva et des centaines d’autres militants de l’opposition, défenseurs des droits humains et activistes de l’opposition ont déjà été condamnés ou sont en attente d’un jugement dans des centres de détention provisoire.

Après l’invasion russe de l’Ukraine, le Kremlin a rendu pénalement répréhensible toute critique contre le président et de l’opération militaire elle-même.

Le parlement a adopté une législation sur la « discréditation de l’armée » et les « fake news » qui a de facto interdit les médias indépendants et privé l’opposition de la possibilité de se faire entendre auprès des citoyens ordinaires.

En ce qui concerne les élections, l’organisateur des scrutins, la Commission électorale centrale, officiellement indépendante, est de facto subordonné à l’administration présidentielle. Et en contrôlant le processus de nomination des candidats aux élections, le Kremlin a dressé une barrière contre les dissidents.

Même l’homme politique chevronné Boris Nadejdine, le seul candidat à s’être exprimé sur la nécessité pour la Russie de mettre fin à la guerre en Ukraine, a été disqualifié pour les prochaines élections. Cette décision a été prise après que de longues files d’attente en faveur de la nomination de M. Nadejdine ont suscité l’inquiétude du pouvoir.

Présidentielle russe : le candidat antiguerre et opposant à Vladimir Poutine disqualifié

La Commission électorale centrale de Russie a disqualifié le seul candidat antiguerre et opposant au régime actuel à l’élection présidentielle, Boris Nadejdine, ce jeudi (8 février) en raison de plusieurs erreurs au niveau des signatures de citoyens qu’il a collectées pour soutenir sa candidature.

De nouvelles méthodes

Bien que le vote comporte quatre candidats en lice, M. Poutine et trois adversaires proches du régime, et que le vote électronique sera possible, les bureaux de vote seront accessibles durant trois jours, contre une seule journée lors des précédentes élections.

Les méthodes du vote électronique en ligne sont controversées. Les employés des administrations publiques, des sociétés d’État et des grandes entreprises à participation publique, où travaillent des millions de personnes dans tout le pays, devront voter sur leur ordinateur personnel et leur smartphone, directement sur leur lieu de travail. Cela pose question car le vote pourrait être réalisé sous le contrôle de supérieurs hiérarchiques et donc est susceptible d’être influencé.

En outre, la Commission électorale centrale se prépare à organiser le scrutin dans quatre régions annexées de l’Ukraine — les territoires occupés de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, actuellement contrôlés par les troupes russes.

Dans ces régions, même les résidents qui n’ont pas reçu de passeport russe seront autorisés à voter, a rapporté l’agence de presse gouvernementale RIA Novosti.

Selon la législation russe, le vote dans ces territoires peut être organisé jusqu’à 20 jours avant le jour du scrutin.

Josep Borrell souhaite que les électeurs de l’UE sachent ce que cela signifierait d’avoir Vladimir Poutine comme voisin

Les citoyens de l’UE devraient être mieux informés des conséquences d’un gouvernement « fantoche » en Ukraine si, comme au Belarus, la Russie prenait le contrôle du pays à l’approche des élections européennes de juin, selon Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne.

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