Macron oppose un projet clair pour l’Europe au flou de la politique allemande

epa06556913 Le Président français Emmanuel Macron (à droite) s'entretient avec la Chancelière allemande Angela Merkel (C) aux côtés du Premier ministre hongrois Viktor Orban (à gauche) pour une photo de famille lors d'une conférence de haut niveau sur le Sahel à la Commission européenne à Bruxelles, Belgique, le 23 février 2018. EPA-EFE/JOHN THYS / POOL [EPA-EFE/JOHN THYS / POOL]

La ligne du gouvernement allemand sur l’Europe est trouble, comme celle des partis de droite CDU et CSU.  Un brouillard dont LREM veut profiter.

Le lancement de la campagne d’En Marche en Allemagne, samedi 29 septembre, pourrait se faire en présence du président français. Un évènement est prévu auquel assisteront Daniel Cohn-Bendit et Guillaume Klossa. La République En Marche est le premier parti à se jeter dans l’arène des élections européennes, avec un objectif clair, alors que le paysage politique allemand est dans le brouillard.

À son rassemblement berlinois, La République en Marche veut mettre en avant ce slogan allemand : Für ein progressives Europa gegen den Nationalismus [pour une Europe progressiste et contre le nationalisme], définissant clairement les lignes de fractures avant le vote.

L’avenir des deux grands groupes du Parlement européen, le PPE et le S&D, est très incertain, mais vu la montée en puissance des mouvements populistes partout en Europe, une chose est sure : les cinq ans à venir seront très différents.

« Il semble que le Parlement européen aura un caractère très différent de ce que nous avons vu jusqu’ici », explique Giles Merritt, fondateur du mouvement les Amis de l’Europe.

« Je pense que le prochain Parlement pourrait compter un certain nombre d’élus de différents partis populistes. Et, dans ce cas, nous aurons une assemblée beaucoup plus politique et moins technique. Je ne suis pas sûr que ce soit une mauvaise chose », a-t-il indiqué, étant donné que cela mettrait en cause l’appareil institutionnel et forcerait un changement réel.

Les populistes pourraient s’organiser autour de Viktor Orbán et de Matteo Salvini, et ainsi former un groupe non négligeable au Parlement, en attirant peut-être aussi des déçus du PPE (et il pourrait y avoir des surprises du côté de l’Autriche et de la Bavière). De l’autre côté, Emmanuel Macron, la gauche européenne et les « progressistes » ont tous appelé à une alliance.

Appel à l'unification des gauches européennes face à l'extrême-droite

Le rapprochement entre conservateurs et extrême droite devrait pousser les démocrates à créer une grande alliance pro-européenne rassemblant à la fois Alexis Tsipras et Emmanuel Macron, estime l’eurodéputé Dimitris Papadimoulis.

 

L’Allemagne en pleine incertitude

Les marcheurs ne pourront toutefois s’appuyer que sur une jambe : Emmanuel Macron ne peut en effet pas compter sur le soutien de l’Allemagne, dont le paysage politique traditionnel est en train de s’écrouler.

La chancelière, Angela Merkel, est en train de perdre du terrain, en Allemagne et en Europe. Sa coalition est sur le point d’imploser, menacée par les divisions internes et la popularité croissance du parti d’extrême droite de l’AfD.

« Angela Merkel a perdu beaucoup de son autorité, donc je crois qu’Emmanuel Macron reste un acteur-clé du débat sur le renouvellement de la classe dirigeante de l’UE », estime Giles Merritt. « Je pense aussi qu’il y a de très bonnes raisons politiques à ce que les Français jouent un rôle important. »

La grande question sera de savoir si les forces pro-européennes parviendront à former une majorité solide, afin de pouvoir désigner les prochains dirigeants européens et faire avancer des réformes, ou s’ils seront contrés à chaque pas par les populistes.

Aujourd’hui, les électeurs s’inquiètent de l’immigration, des réfugiés, de la numérisation et de l’impact de la mondialisation sur l’emploi. Ils attendent donc des partis qu’ils trouvent des solutions sur ces sujets, ce qui a fait bouger les lignes politiques traditionnelles tant en France qu’en Hongrie, aux États-Unis et ailleurs.

Le nouveau paradigme politique pourrait opposer « ouverture et Europe » à « nationalisme, populisme et protectionniste ». Il émerge à un moment où la Chine et l’Inde remettent en cause la position confortable de l’Europe en tant que puissance économique mondiale, et où Washington met des bâtons supplémentaires dans les roues de l’UE.

Le grand point d’interrogation allemand ne fait qu’alimenter l’incertitude. Les trois partis au pouvoir ont très peur des élections européennes.

Que ce soit sur les affaires intérieures ou européennes, la ligne politique du gouvernement allemand est tout sauf claire. Le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, et le ministre-président de la Bavière Markus Söder (tous deux au CSU), affichent une réelle défiance à l’égard de l’Europe. Markus Söder estime ouvertement que l’ère du multilatéralisme est révolue et qu’il est temps que les nations ripostent.

Spitzenkandidat ou pas Spitzenkandidat ?

La majorité des membres de la CDU et une minorité au sein de la CSU veulent des « réponses européennes » à un certain nombre de sujets, y compris l’instauration d’un  meilleur contrôle des frontières extérieures. À l’inverse, une majorité au sein de la CSU et une minorité au sein de la CDU, qui se considèrent comme de véritables conservateurs, favorisent les solutions nationales et l’Europe forteresse.

Le flou ne s’arrête pas là. Le processus même de sélection des candidats pour l’UE, via les Spitzenkandidaten est également en cause.

En Marche a clairement indiqué ne pas soutenir le mécanisme, et Berlin n’est pas non plus enthousiaste.La bonne vieille technique du marchandage au sein du Conseil pourrait de nouveau prévaloir.

Les trois dernières Commissions ont été dirigées par des politiciens du PPE.

« Si le PPE devait perdre un nombre de voix considérable aux élections européennes, il n’aurait pas vraiment le pouvoir de présenter son Spitzenkandidat, et il en va de même pour les socialistes, qui vont sans doute subir un revers substantiel », souligne Giles Merritt.

L'Autrichien Kern espère succéder à Juncker

L’ex-chancelier autrichien Christian Kern a annoncé qu’il mènerait la liste sociale-démocrate de son pays (SPÖ) aux européennes, avec l’ambition, d’être le candidat des socialistes à la succession de Jean-Claude Juncker en 2019.

« Cela nous ramène donc toujours à Emmanuel Macron et à la question de savoir si les Français veulent réaffirmer leur détermination à réformer l’UE au cours du prochain mandat de cinq ans », a-t-il déclaré.

Une fois de plus, une grande inconnue vient d’Allemagne : la candidature de Manfred Weber au PPE est loin d’être assurée. Tout dépend du résultat des élections en Bavière, le 14 octobre.

Les sondages montrent que la CSU est en train de perdre la majorité qu’elle cherche désespérément à conserver, ce qui signifie que le pouvoir devra être partagé. Si une coalition est proposée avec les libéraux du FDP, cela aura peu d’impact. Mais s’il faut que ce soit avec les Verts ou l’AfD, les discussions seront très tendues.

Ce dernier scénario affaiblirait Horst Seehofer et renforcerait Angela Merkel, avec des conséquences évidentes sur le processus de nomination du Spitzenkandidat du PPE, qui aura lieu à Helsinki les 7 et 8 novembre. Le candidat d’une CSU affaiblie et controversée ne serait sans doute pas en mesure de battre tous ses concurrents, comme le négociateur du Brexit, Michel Barnier.

Pour leur part, les libéraux européens, dirigés par l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, ont tenu à suivre le mouvement de Macron en faveur des pro-européens, bien qu’ils aient longtemps été tenus à distance.

Les Verts allemands sont en revanche en train de regagner du terrain. « Nous pourrions avoir une surprise aux Européennes », confirme un représentant du parti.

« En Bavière, à trois semaines des élections régionales, les intentions de vote pour les Verts augmentent lentement, mais surement. Le parti est actuellement plus populaire que le SPD. Notre message a toujours été très clair, les électeurs savent ce que nous défendons. En cette époque de grand flou politique, c’est clairement un avantage », conclut-il.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe