L’UE «croise les doigts» pour l’europhile Macron

L'Europe croise les doigts avant le scrutin de dimanche. [Lolostock/Shutterstock]

Les dirigeants européens, conscients que l’avenir de l’UE se joue en partie dimanche au deuxième tour de la présidentielle française, ont pris fait et cause pour Emmanuel Macron et contre la « destruction » de l’Europe prônée par Marine Le Pen.

« Si Marine Le Pen gagne, l’Europe sera profondément divisée. Si Macron gagne, il y a une chance que la France se réconcilie et que l’Europe redémarre », souligne Henrik Enderlein, professeur en économie politique à la Hertie School of Governance de Berlin, à deux jours du duel final entre le centriste europhile d’En Marche et la candidate d’extrême droite du Front national.

« Oui, on croise les doigts » en faveur d’Emmanuel Macron, reconnaît une source européenne, en expliquant que le débat entre les deux finalistes mercredi soir avait été « très suivi » dans les institutions européennes, « même par des collègues qui ne sont pas Français ».

« Vu de Bruxelles, Macron est évidemment perçu positivement. On a le sentiment qu’on pourra travailler avec lui parce que ce n’est pas un projet de destruction comme celui de Marine Le Pen. Ce n’est pas une élection normale dans le sens où l’extrême droite est au deuxième tour », ajoute cette source, sous couvert d’anonymat.

L’empressement avec lequel les dirigeants européens ont adressé leurs félicitations à Emmanuel Macron le soir du premier tour illustre l’inquiétude qui règne dans l’Union européenne quant à l’essor des mouvements populistes et europhobes, après le référendum sur le Brexit et l’élection aux États-Unis de Donald Trump.

Obama "En Marche" avec Macron

L’ex président américain a adressé un message de soutien appuyé à Emmanuel Macron, quatre jours avant le vote final.

L’ancien ministre français Michel Barnier, qui doit négocier pour l’UE le Brexit avec Londres, a expliqué sans ambages qu’il voterait Macron « pour que la France reste européenne », dans une vidéo diffusée sur Twitter le 4 mai.

Son patron, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, était sorti de la réserve habituelle des responsables européens pour lui souhaiter « bon courage pour la suite » dès le 23 avril.

« Il s’agissait simplement de choisir entre la défense de ce que l’Europe incarne et l’option qui vise la destruction de l’Europe », avait dit son porte-parole pour expliquer cette interférence dans l’élection française.

13 ministres des affaires européennes appellent à voter Macron

L’identité du président français est de la plus haute importance pour l’avenir de l’Europe. Les 13 anciens ministres européens signataires de cette lettre ouverte, en exclusivité sur Euractiv, ont fait leur choix.

Enthousiasme à Berlin

Marine Le Pen entend rétablir les frontières et une monnaie nationale et donc négocier à Bruxelles la sortie de la zone euro et de l’espace Schengen. À l’issue de ces négociations, elle veut organiser un référendum sur l’appartenance de la France à l’UE.

À l’opposé, Emmanuel Macron – dont les sondages prédisent une victoire dimanche avec 60% des voix – veut doter la zone euro d’un budget, d’un parlement et d’un ministre des Finances propres, engager une « politique d’investissements européens » et renforcer l’Europe de la défense.

Le candidat Macron avait reçu après le premier tour les encouragements de dirigeants aux antipodes comme la chancelière conservatrice Angela Merkel, le Premier ministre grec de la gauche radicale Alexis Tsipras et le Premier ministre belge libéral Charles Michel.

Il promet de faire repartir le moteur franco-allemand, ce qui suscite l’enthousiasme en Allemagne où des élections sont prévues en septembre.

« Se faire élire en 2017 en disant: ‘je veux renforcer l’Europe’, c’est complètement à contrecourant de l’air du temps et ça en a impressionné plus d’un à Berlin » où Emmanuel Macron a séduit tous les poids-lourds de la coalition au pouvoir, du très conservateur ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, aux sociaux-démocrates Sigmar Gabriel et Frank-Walter Steinmeier, souligne Henrik Enderlein.

Schulz dénonce «le cynisme» et la rhétorique «antiallemande» de Le Pen

Martin Schulz, ex-président du Parlement européen et candidat de gauche à la chancellerie allemande, il pointe le choc que représenterait l’élection de Marine Le Pen lors d’un entretien avec Ouest-France et le groupe Funke.

« Mais cela sera probablement un peu plus compliqué que cela », prévient Vincenzo Scarpetta, analyste au centre de réflexion Open Europe. « Réformer l’UE semble bien beau sur le papier, mais les idées de Macron sont audacieuses: il veut un budget pour la zone et un ministre pour la zone euro. Tout cela est-il bien réaliste vu que cela demanderait de changer les traités? »

Sa marge de manœuvre pourrait également être limitée si, à l’issue des législatives de juin, Emmanuel Macron doit nommer un gouvernement de cohabitation, souligne Yann-Sven Rittelmeyer, chercheur au European Policy Center.

Les Européens « n’ont pas encore véritablement mesuré les problèmes qui pourraient découler d’une absence de majorité législative pour Emmanuel Macron, tant domine le soulagement à l’idée de voir le risque extrémiste écarté », observe-t-il.

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Le candidat des Verts appelle sans ambages à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection. Mais regrette le statut quo Européen que le candidat d’en Marche semble porter.

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