M. Bullmann affirme que l’électorat du SPD rejette la coalition avec les conservateurs

M. Bullmann a déclaré que M. Scholz et la campagne menée par le SPD avaient démontré que les mesures anti-austérité bénéficient d’un large soutien. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

L’électorat du parti social-démocrate allemand (SPD) rejette une collaboration potentielle avec les chrétiens-démocrates (CDU-CSU) et préfère privilégier un gouvernement progressiste tourné vers l’avenir, plutôt que de renouer avec le passé marqué par l’austérité, a déclaré Udo Bullmann, député européen et haut responsable du SPD, à EURACTIV lors d’un entretien à Berlin.

À la question de savoir si les électeurs du SPD seraient ouverts à une autre grande coalition entre SPD et CDU en cas d’impasse dans les discussions de formation de coalition, il a répondu : « Notre électorat attend maintenant de nous que nous formions une coalition de partis qui veulent façonner l’avenir et ne pas regarder en arrière. La réponse est donc non ».

M. Bullmann, qui est également le porte-parole du Comité exécutif du SPD pour les affaires européennes, a souligné que l’accent politique de son parti était mis sur le réchauffement climatique et la numérisation, mais aussi sur le renforcement de la cohésion sociale et de l’égalité.

« Nous devrons trouver des partenaires qui partagent cette vision et peuvent y contribuer au lieu d’entraver le progrès et la modernisation. Nous avons gagné les élections avec Olaf Scholz (le candidat du SDP pour la chancellerie). Une grande majorité des électeurs le perçoit comme le futur chancelier allemand », a-t-il déclaré. « Et nous sommes tout à fait convaincus que les conservateurs doivent aller sur les bancs de l’opposition », a ajouté M. Bullmann.

Lorsque pendant une émission de télévision en direct on déclarait qu’une grande coalition serait mathématiquement possible, la foule présente lors de la soirée électorale organisée par le SPD à Berlin après la fermeture des bureaux de vote le 26 septembre a hué.

Compte tenu des sensibilités politiques d’une éventuelle coalition, tout accord sera probablement soumis au vote des membres du SPD, bien que sur le plan institutionnel, M. Scholz n’y soit pas obligé.

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Non à l’austérité, oui à une transition écologique « juste »

M. Bullmann a déclaré que le SPD était resté uni dans les bons comme dans les mauvais moments, lorsque ses sondages étaient au plus bas.

« Nous avons mené à bien une longue procédure, ouverte sur la consulation de notre direction et de notre programme. Cette ouverture, associée aux réelles possibilités pour nos membres de s’engager et de façonner notre programme ainsi que notre direction, nous place en bonne position pour les négociations », a-t-il déclaré.

À la question de savoir si une collaboration potentielle avec le FDP, libéral et favorable aux entreprises, obligerait le SPD à faire un pas en arrière et à mettre de côté ses efforts pour en finir avec l’austérité, M. Bullmann a répondu : « Nous avons clairement défini notre vision de l’avenir pour l’Allemagne et pour l’Europe ».

« Nous avons également clairement indiqué qu’il ne peut y avoir de poursuite de l’austérité, que nous avons besoin d’une véritable action sociale pour le climat et que nous devons investir dans notre avenir, notamment dans les infrastructures, l’éducation et l’innovation », a-t-il ajouté.

M. Bullmann a déclaré que M. Scholz et la campagne menée par le SPD avaient démontré que les mesures anti-austérité bénéficiaient d’un large soutien.

« Le plan de gestion de la crise visant à protéger les emplois en Allemagne et en Europe a porté ses fruits. Nos partenaires internationaux nous soutiennent en ce qui concerne l’imposition minimale des entreprises. Il est donc impératif qu’un gouvernement sous la direction du SPD poursuive sur cette voie. »

Toutefois, un gouvernement de coalition fédéral à trois partis semble pour la première fois presque inévitable. M.Bullmann a donc souligné que pour assurer le bon fonctionnement d’un gouvernement de coalition, les parties impliquées ne doivent pas perdre leur identité.

« En tant que sociaux-démocrates, nous serons désormais en mesure de négocier comme principale force politique dans un tel gouvernement, et nous nous sommes engagés à élaborer une transition vers une société équitable, la neutralité carbone et une économie numérique dans une optique de durabilité sociale. »

« C’était notre promesse pendant la campagne électorale, c’est toujours le programme pour lequel Olaf Scholz et le SPD ont reçu un large soutien du peuple allemand et ont remporté ces élections. »

« Tout comme nous ne nous attendons pas à ce que nos partenaires aillent à l’encontre de leur identité politique, nous demanderons bien sûr un respect similaire envers les positionnements clés du SPD et les priorités de nos électeurs », a-t-il ajouté.

Die Linke doit faire le point

Interrogé sur la faible performance du parti de gauche Die Linke, qui a eu du mal à entrer au Bundestag, M. Bullmann a déclaré que le parti de gauche devait maintenant évaluer en interne les raisons de cette situation.

« Ayant obtenu une part importante des voix de Die Linke, nous sommes tout d’abord reconnaissants envers ces électeurs pour leur confiance et leur soutien. En voyant la possibilité d’un gouvernement dirigé par le SPD, tout en constatant simultanément que Die Linke est enlisé dans des récits de politique étrangère du passé, j’imagine que de nombreux électeurs ont choisi de soutenir M. Scholz et le SPD à la place. »

Malgré la pression des conservateurs, il a déclaré que le SPD n’excluait pas complètement une forme de coopération avec le parti d’extrême-gauche.

« Dans de nombreux états fédéraux, il y a déjà un bon niveau de coopération, et nous devons continuer de tenir compte de cette opportunité. Bien sûr, nous ne pouvons pas former un gouvernement de coalition maintenant que Die Linke a perdu ce nombre important de députés, mais nous évaluons la possibilité de former un gouvernement progressiste avec d’autres partenaires. »

Il a souligné que le futur gouvernement devra être à la hauteur pour gérer la transition écologique de manière équitable sur le plan social, investir dans les mesures d’infrastructures essentielles, l’éducation et la transition numérique. Le futur gouvernement devra également augmenter le salaire minimum et les aides sociales pour les familles et les 40 % de la population les plus défavorisées.

« Nous faisons de l’Europe un leader mondial, également en soutenant les groupes les plus marginalisés, et nous nous engageons à y parvenir aussi dans le cadre de partenariats internationaux et de la coopération multilatérale . Ce sont les éléments clés qui, selon nous, caractérisent un gouvernement progressiste, et nous continuerons à travailler dur pour bâtir une telle coalition », a-t-il conclu.

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