Macron favori face à Le Pen pour le second tour

Le vote du dimanche 7 mai entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen sera lourd de conséquences tant leurs programmes divergent, tant dans le rapport des deux finalistes au numérique que dans leurs propositions.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront au second tour de l’élection présidentielle, pour lequel le candidat d’En Marche! fait figure de favori, porté par une vague de soutiens.

Arrivé en tête (23,3-24%) du premier tour, l’ancien ministre de l’Économie devance légèrement la candidate FN (21,6-21,8%), selon les estimations de différents instituts. « En une année, nous avons changé le visage de la vie politique française », a lancé M. Macron devant ses partisans réunis à Paris dimanche soir.

L’Europe se prononce d’une seule voix contre Marine Le Pen

Le second tour des élections présidentielles verra s’affronter Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Les Européens appellent à l’unisson à faire bloc contre la candidate d’extrême droite.

« Je me dois d’aller au-delà en rassemblant tous les Français » en vue du second tour le 7 mai, a-t-il lancé sous les vivats, jurant qu’il serait « le président des patriotes » face « à la menace des nationalistes ».

Devant ses propres soutiens, Marine Le Pen s’est réjouie d’un résultat « historique ». « La première étape est franchie », a-t-elle affirmé, en lançant un appel « à tous les patriotes sincères ».

Selon les estimations, le candidat des Républicains François Fillon (19,8-20,1%) et le candidat de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon (19,2-20,1%) sont éliminés, au coude-à-coude pour la troisième place. Très loin derrière vient le candidat socialiste Benoît Hamon, entre 6,2% et 6,5%.

A l’inverse de François Fillon, Jean-Luc Mélenchon a refusé de reconnaître sa défaite dans une première réaction vers 22H00, en attendant que les résultats officiels soient connus. L’ancien sénateur socialiste n’a pas donné de consigne de vote et laissera décider les militants de son mouvement.

Ce scénario Macron-Le Pen rebat les cartes de la politique française: c’est la première fois sous la Ve République que la droite est absente du second tour, et la première fois qu’aucun des deux grands partis qui ont dominé la vie électorale depuis près d’un demi-siècle, Les Républicains (LR) et le Parti socialiste, n’y est présent.

Jamais élu, Emmanuel Macron est en bonne position pour emporter le scrutin suprême le 7 mai et devenir, à 39 ans, le plus jeune président de la République de l’Histoire, devant Louis-Napoléon Bonaparte.

Ce premier succès récompense le pari très audacieux du secrétaire général adjoint puis ministre de François Hollande qui, prétendant transcender le clivage droite-gauche, a lancé son mouvement politique, En Marche!, en avril 2016.

La classe politique française se rallie à Macron contre le FN

Droite et gauche ont massivement appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection présidentielle. Le projet antieuropéen de la candidate d’extrême droite est largement pointé du doigt.

Meilleur score présidentiel du FN

Selon deux sondages publiés dimanche soir, l’ex-ministre s’imposerait avec 62 ou 64% des voix le 7 mai.

Emmanuel Macron n’a pas indiqué s’il souhaitait un débat télévisé face à Marine Le Pen, ce qu’avait refusé Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen en 2002.

Mais contrairement à il y a 15 ans, la qualification de la candidate du Front national n’est pas une surprise: elle était prédite par tous les sondages depuis 2013. La fille de Jean-Marie Le Pen réalise au passage le meilleur score de l’histoire du FN à la présidentielle, mais ne bascule pas en tête comme elle l’a longtemps espéré.

Après les résultats, plusieurs centaines de jeunes « antifascistes » se sont rassemblés dimanche sur la place de la Bastille à Paris, dans un face-à-face tendu avec la police, qui a fait deux blessés.

Emmanuel Macron a enregistré de nombreux ralliements dont celui, immédiat, de Benoît Hamon pour « faire barrage à l’extrême droite », même si le candidat socialiste a estimé que son rival victorieux « n’appartient pas à la gauche ».

Le Premier ministre, Bernard Cazeneuve, son prédécesseur à Matignon Manuel Valls – déjà rallié avant le scrutin – et le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll ont appelé à voter en sa faveur. François Hollande, qui a félicité son ancien ministre, exprimera « très clairement » et « rapidement » son choix, a annoncé l’Élysée.

À droite, François Fillon a jugé n’avoir « pas d’autre choix que de voter contre l’extrême droite ». « Je voterai donc pour Emmanuel Macron », a-t-il lancé, déplorant des obstacles « trop nombreux, trop cruels » mis « sur (s)a route ».

Le président (LR) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, Christian Estrosi, qui avait reçu Emmanuel Macron pendant la campagne, votera également pour lui, de même que François Baroin « à titre personnel », ou encore Alain Juppé.

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Élection hors normes

Plus nuancé, le vice-président des Républicains Laurent Wauquiez, qui incarne l’aile droite du parti, s’est contenté d’appeler à « ne pas voter pour Marine Le Pen ».

À l’étranger, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le porte-parole d’Angela Merkel ont tous deux souhaité « bonne chance » à Emmanuel Macron, dans un Vieux Continent qui s’inquiète du « risque Le Pen » après le Brexit. Signe de soulagement des marchés, l’euro évoluait en forte hausse après le premier tour dans les échanges internationaux.

Quand les sondeurs anticipaient une abstention record, le scrutin a mobilisé les Français: le taux de participation devrait avoisiner 78 à 81%, selon les estimations des instituts (79,5% en 2012).

Vainqueur triomphal de la primaire de droite, François Fillon a été grandement fragilisé par les affaires judiciaires, après la révélation fin janvier par Le Canard enchaîné de l’emploi soupçonné fictif de son épouse comme collaboratrice parlementaire, pour lequel la justice l’a mis en examen.

Quatrième homme en 2012 (11,10%), Jean-Luc Mélenchon pulvérise son score mais échoue au seuil du deuxième tour.

Quant à Benoît Hamon, l’ancien frondeur et vainqueur de la primaire socialiste crève le plancher du score éliminatoire de Lionel Jospin en 2002 (16,18%), et fait même le pire score d’un candidat socialiste depuis Gaston Defferre en 1969 (5,01%). « Le PS va devoir se rassembler pour faire barrage au FN » car « le 2e tour n’est pas gagné », a jugé son premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis.

Parmi les « petits » candidats, Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) n’a pas appelé à voter pour Emmanuel Macron qui « n’est pas un rempart contre le FN ». Nathalie Arthaud appelle à « rejeter le vote pour Marine Le Pen » mais votera blanc. Nicolas Dupont-Aignan (4,6% à 5%) se prononcera « en début de semaine ».

Cette 10e élection présidentielle au suffrage universel de la Ve République est hors normes à plus d’un titre: un président sortant, François Hollande, pas en mesure de se représenter; l’élimination des favoris Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et Manuel Valls, lors des primaires; match serré dans la dernière ligne droite entre quatre candidats; contexte de menace terroriste, avec un scrutin sous état d’urgence.

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