Macron lance l’offensive pour la «renaissance » d’une Europe protectrice

Le président Macron s'est adressé directement aux citoyens européens dans une tribune en amont des élections. EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Dans une tribune adressée aux citoyens européens des 28 États membres, le président français défend un projet européen mettant l’accent sur la protection des frontières, de l’environnement, du modèle social et du commerce.

La refondation de l’Europe promise par Macron lors de son discours de la Sorbonne en septembre 2017 n’a pas eu lieu. Le programme d’Emmanuel Macron pour les européennes, dévoilé dans une tribune publiée dans toutes les langues de l’Union européenne s’est donc recentré sur le thème de la protection.

Une stratégie qui fait écho à la montée des nationalismes sur le continent. Dans ce texte concis, le président français liste les menaces auxquelles l’Europe fait face. Et propose d’y répondre à l’occasion du scrutin européen qui se tiendra le 26 mai prochain en France.

À moins de trois mois des élections européennes, la parole du président français était attendue. D’autant que son mouvement politique, La République En Marche (LREM) n’est toujours pas entré en campagne, faute d’avoir officiellement choisi sa tête de liste.

Deux candidates semblent sortir du lot : l’actuelle ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, ou la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Mais pour l’heure, les deux ministres n’ont pas été départagées au sein de LREM, et la liste se fait attendre.

Autre incertitude, celle de la famille européenne à laquelle LREM pourrait se rallier à l’issue du scrutin du 26 mai. Courtisé par les libéraux de l’ALDE, le mouvement macroniste a toutefois gardé ses distances.

Menaces multiples

« Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe n’a été aussi nécessaire. Et pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en danger », souligne le président en préambule. « Le repli nationaliste ne propose rien ; c’est un rejet sans projet. Et ce piège menace toute l’Europe » en faisant mention du Brexit. Mais l’autre piège, c’est celui du statu quo », prévient le président.

Au rang des solutions pour réformer l’Europe, la tribune d’Emmanuel Macron resserre les priorités autour de l’Europe qui protège.

Un programme qui apparait moins ambitieux que les promesses faites à la Sorbonne en septembre 2017, lorsque le président avait déroulé un vaste programme comprenant une véritable convergence fiscale en Europe, la réforme en profondeur de la zone euro,  la mise en place d’une taxe sur les transactions financières (TTF) à 28 pays, ou encore la réforme en profondeur de la Politique agricole commune.

Macron s'attaque bille en tête aux tabous de l'Europe

Changement de traité, de PAC, dette : le président français a brisé de nombreux tabous dans sa proposition de réforme de l’UE. Et décliné une dizaine de propositions concrètes devant les étudiants de la Sorbonne lors d’un propos passionné résonant comme un discours de campagne.

Mais depuis, le projet de TTF n’a pas avancé d’un iota, la convergence fiscale se heurte aux règles de l’unanimité en la matière au niveau européen, la réforme de la zone euro s’est faite à minima en raison des réticences allemandes et la réforme de la PAC va très probablement être renvoyée à plus tard en raison des nombreux désaccords entre les pays membres, la Commission et les parlementaires européens. Et les nationalistes multiplient les victoires électorales, comme en Italie.

Protection face aux ingérences

Pour resserrer les rangs européens, Macron propose des actions face à la montée des ingérences étrangères dans les processus électoraux, avec la création d’une « Agence européenne de protection des démocraties ».

Cette dernière serait chargée d’accompagner les États dans la lutte contre les cyberattaques. Autre mesure, l’interdiction du financement des partis politiques européens par des puissances étrangères.

Frontières

Autre priorité, la gestion de la maison commune : l’espace Schengen, mis à rude épreuve depuis quelques années. « Nous devons […] remettre à plat l’espace Schengen », a martelé le président. Sujet de discorde entre les pays européens depuis 2014 et le début de la crise des réfugiés, l’espace Schengen ne fonctionne que partiellement puisque nombre de frontières internes ont été rétablies.

La réforme de l’asile est elle aussi bloquée, car les pays de l’UE ne parviennent pas à s’entendre sur le sujet de la révision du règlement de Dublin, qui porte la charge du traitement de la demande d’asile au pays d’entrée, laissant à l’Italie ou la Grèce la gestion de l’afflux de réfugiés.

Les pays de Visegrad font sombrer la réforme de l'asile

Face à l’opposition des pays du groupe de Visegrád, Jean-Claude Juncker et sa Commission ont officiellement abandonné leur objectif de réformer le système d’asile européen.

Pour Emmanuel Macron, la question de la participation des pays de l’est de l’Europe à la gestion commune de l’asile est une condition sine qua non à leur appartenance à Schengen. « Tous ceux qui veulent y participer doivent remplir des obligations de responsabilité (contrôle rigoureux des frontières) et de solidarité (une même politique d’asile, avec les mêmes règles d’accueil et de refus) », souligne la tribune.

Vers une préférence européenne ?  

La question de la « juste  concurrence » est aussi mise en avant par le président Macron. Face au dumping pratiqué par un certain nombre de puissances étrangères, le président propose la riposte de la préférence européenne en matière commerciale.

« Quelle puissance au monde accepte de poursuivre ses échanges avec ceux qui ne respectent aucune de ses règles ? » interroge-t-il.  Pour le président, la pratique d’une préférence européenne passerait par la sanction ou même l’interdiction des entreprises  qui ne s’accorderaient pas sur  « les normes environnementales, la protection des données et le juste paiement de l’impôt ».

Emmanuel Macron va même plus loin en proposant  que « les industries stratégiques et nos marchés publics » bénéficient d’une préférence européenne « comme le font nos concurrents américains ou chinois ».

Sur le volet social, les propositions du Français demeurent vagues. Le président évoque notamment un bouclier social, qui permettrait  aux travailleurs européens de toucher « la même rémunération sur le même lieu de travail ». Une disposition qui existe pourtant déjà dans la nouvelle directive sur le détachement des travailleurs.

Autre mesure, la création d’un « salaire minimum européen, adapté à chaque pays » et discuté chaque année collectivement. Sur le front de l’environnement, Macron appelle à une ambition  zéro carbone en 2050, et une division par deux des pesticides en 2025.

 

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