LREM poursuit sa campagne européenne en Allemagne

Après le lancement de sa campagne électorale européenne la semaine dernière en France, le parti d’Emmanuel Macron a tenté de rallier les troupes contre le populisme en Allemagne. Mais a reçu un accueil plutôt timide à Berlin. Un article d’Euractiv Allemagne.

En ce dimanche ensoleillé, une centaine de personnes se sont rassemblées au Checkpoint Charlie à Berlin pour participer à la « grande marche », lancée par le parti du président  Emmanuel Macron en vue des élections européennes de mai 2019.

L’ancien eurodéputé Daniel Cohn-Bendit était présent en tant que figure de l’amitié franco-allemande. Il est également considéré comme une possible tête de liste de La République En Marche (LREM). Sur scène, la majorité des personnes sont des Français vivant en Allemagne, mais aussi des Allemands francophiles.

Entre les ballons et drapeaux européens, le débat tourne autour d’une Europe progressiste, des réformes et surtout de la lutte contre le nationalisme. Cette rhétorique belliqueuse reflète les préoccupations d’En Marche dans la campagne électorale. Dernièrement, le chef de file du parti, Christophe Castaner a déclaré que les mouvements populistes d’extrême droite étaient les « ennemis de l’Europe ».

« Ce n’est pas l’UE elle-même qui est en danger – car les pays en profitent au niveau financier – mais ce sont l’état de droit, la liberté de la presse et le pluralisme dans ces pays qui sont menacés. Nous ne pouvons pas permettre à Matteo Salvini ou Viktor Orbán de faire de l’UE leur bouc émissaire et de la modifier en fonction de leurs intérêts et en opposition aux valeurs fondatrices de l’Union », a prévenu Guillaume Klossa, fondateur du think tank EuropaNova et vice-président du mouvement civique Civico Europa.

Le rassemblement au Checkpoint Charlie a été suivi d’une petite table ronde, lors de laquelle Isabelle Négrier, leader de LREM en Allemagne et en Autriche, s’est aussi exprimée sur le ton de la défense. « Il y a des forces en dehors de l’Europe qui aimerait voir l’UE s’affaiblir. Les nationalistes doivent donc se rendre compte qu’une Union forte est la meilleure réponse. Et cela n’exclut pas la souveraineté nationale. Je leur dis Soyez patriotes, soyez Européens ! »

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Un an jour pour jour après le discours de la Sorbonne, durant lequel le président français avait formulé avec passion une série de propositions pour l’Europe, les résultats semblent maigres. Pas pour l’Elysée, qui défend un bilan chiffrés des propositions du président.

Course au partenariat avec En Marche

En Marche n’est pas le seul parti à passer à l’attaque. Pour le chef de file du groupe des libéraux (ALDE) au Parlement européen, Guy Verhofstadt, les élections européennes de mai seront principalement « une lutte entre les nationalistes et populistes d’une part, et une alternative pro-européenne de l’autre. »

Soutien affiché à Emmanuel Macron, Guy Verhofstadt a même suggéré une union possible entre LREM et l’ALDE au Parlement européen.

Ciudadanos, en Espagne, l’aile droite du parti démocrate italien et le parti libéral allemand FDP ont aussi fait part de leur intérêt pour une possible alliance avec Emmanuel Macron.

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Les dirigeants européens sont restés divisés sur l’immigration au sommet de Salzbourg. La faute aux États qui ne coopèrent pas, a dénoncé Emmanuel Macron, visant l’Italie et le groupe de Visegrád.

Mais le chef de file du parti, Christophe Castaner, se distance pour l’instant de cette idée : « nous ne sommes pas prêts pour une alliance », a-t-il déclaré à Reuters. Les discussions autour d’un nouveau groupe se poursuivent néanmoins.

Guillaume Klossa a quant à lui salué l’idée d’une fusion progressiste au Parlement. « Mais dans ce cas, la feuille de route doit être claire, et la nouvelle identité doit se distinguer des sociaux et chrétiens démocrates et représenter une alternative. »

Pour s’en sortir lors des élections, ces derniers vont devoir se réinventer. « Les sociaux-démocrates doivent redéfinir ce qu’est la social-démocratie aujourd’hui s’ils ne veulent pas disparaitre complètement. Et les chrétiens-démocrates doivent être cohérents avec leurs valeurs. Critiquer Orban ne suffit pas si derrière ils n’en tirent pas les conséquences en interne. Ils doivent prendre une décision : a-t-il encore sa place au PPE ou non. »

Macron pioche dans les idées allemandes

Il est temps pour En Marche de tirer les conclusions des consultations citoyennes organisées au printemps. À l’exception du Royaume-Uni et de la Hongrie, des consultations ont eu lieu dans tous les États membres de l’UE. En France, 71 000 personnes ont été consultées.

« Ce que nous entendons tout le temps c’est que les gens sont très favorables au projet européen. Aucun doute là-dessus. Mais 80 % des citoyens critiquent la manière dont fonctionnent les institutions européennes – donc c’est sur ça qu’il faut travaille », a déclaré Isabelle Négrier.

Le président français Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel appellent par exemple tous deux à une réduction du nombre de commissaires européens. Mais sur d’autres réformes, le couple franco-allemand agit moins que ce qu’espérait Emmanuel Macron.

Malgré de nombreuses rencontres entre les deux dirigeants, comme à Meseberg en juin ou à Marseille début septembre, les promesses du gouvernement fédéral ne sont suivies d’aucune action pour concrétiser les idées de réformes de Macron. Pourtant, ses idées comportent certaines positions allemandes, souligne Guillaume Klossa.

Macron oppose un projet clair pour l'Europe au flou de la politique allemande

La ligne du gouvernement allemand sur l’Europe est trouble, comme celle des partis de droite CDU et CSU.  Un brouillard dont LREM veut profiter.

 

« Les réformes proposées par Macron durant son discours à la Sorbonne ne sont pas une vision française de l’Europe mais une vision européenne. Elle est partagée par la majorité des membres des grands partis au Parlement européen, ainsi que par les acteurs de la société civile. Il récupère aussi des idées allemandes, comme celle de Gesine Schwan pour un fonds central pour des mesures d’intégration dans les villes. Malheureusement, ce n’est pas perçu de cette manière », regrette-t-il.

Certains experts voient la tournée européenne de Macron comme un indicateur que le président ne compte plus sur l’Allemagne pour être son principal allié. Le gouvernement Merkel est affaibli par les luttes intestines au sein de la coalition allemande.

Lors du rassemblement à Checkpoint Charlie, un endroit qui symbolise l’ancienne division de l’Allemagne et de l’Europe, ce pessimisme est à peine perceptible. Toutes les personnes impliquées assurent que d’ici aux élections, une alliance pan-européenne et forte de progressistes sera prête.

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