Malgré quelques points de friction, « business as usual » pour le prochain couple franco-allemand

Le président français Emmanuel Macron, à gauche, salue la chancelière allemande Angela Merkel, au centre, et le ministre allemand des Finances Olaf Scholz, à droite, avant une réunion de l’Union européenne et de l’Union africaine à l’ambassade de France à Rome, en Italie, le 30 octobre 2021. [Gregorio Borgia/EPA]

Alors que le prochain couple franco-allemand devrait s’inscrire dans la continuité des relations entre les deux pays, de potentiels points de friction sont à prévoir.

Après 16 années passées à la tête de l’Allemagne et une collaboration étroite avec quatre présidents français différents, Angela Merkel devrait quitter la scène politique dans les semaines à venir.

Olaf Scholz, son successeur potentiel, devra prendre sa place dans le traditionnel « couple » franco-allemand.

Les experts estiment que les relations entre les deux pays resteront chaleureuses, compte tenu du fait qu’Olaf Scholz est déjà ministre des Finances en Allemagne depuis quatre ans et qu’il a travaillé en étroite collaboration avec la France, notamment sur le Fonds européen de relance économique,.

« Je pense que le mandat d’Olaf Scholz se concentrera beaucoup sur la France, comme sur les questions européennes de manière plus générale », confie Daniela Schwarzer, directrice Europe à l’Open Society Foundation, à EURACTIV.

Il sera crucial de mettre en marche le moteur franco-allemand au cours de la prochaine présidence française, car la pression sur l’Europe est grande à l’heure actuelle. Le bloc doit « se consolider en interne et être un acteur international plus fort », ajoute-t-elle.

Cependant, il existe également un certain nombre de divergences d’opinions dans le « power couple » de l’Europe, particulièrement en ce qui concerne l’énergie nucléaire, la réforme des règles fiscales de l’UE et les questions de défense européenne et d’autonomie stratégique.

Mme Schwarzer a souligné que ces obstacles ne poseront pas de problème à l’étroite collaboration entre les plus grandes économies d’Europe, « tant qu’elles montreront qu’elles s’engagent dans le débat européen avec le souci sincère de parvenir à un consensus au sein de l’Europe des 27 ».

Une perception différente de la relation

« Il est vrai qu’en France, on parle toujours du “couple” franco-allemand, alors que, en Allemagne, on parle plutôt de relations franco-allemandes, ou de partenariat franco-allemand », explique à EURACTIV Paul Maurice, chercheur au comité d’étude des relations franco-allemandes de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

« S’aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction », précise Christophe Arend, le député français qui préside le groupe d’amitié franco-allemand à l’Assemblée nationale, à EURACTIV.

Et d’ajouter que le couple « est conscient que, pour construire un avenir européen, il faut collaborer avec les autres partenaires européens ».

«L’intérêt du couple franco-allemand dans la situation actuelle est qu’il est capable de faire une synthèse », la France étant « plutôt réceptive aux questions de l’Europe du Sud » et l’Allemagne à celles des « États dits frugaux [à savoir l’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède] ». Il est ainsi plus facile de garder à bord les pays d’Europe centrale comme la Pologne, souligne Paul Maurice.

Si le couple est souvent considéré comme un moteur des discussions européennes, « il ne faut pas limiter la relation franco-allemande à son niveau le plus haut », précise Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors à Paris.

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Les continuités

Les ministères et les parlements des deux États ont une collaboration de longue date. Une Assemblée parlementaire franco-allemande a été créée en 2019 pour approfondir ces relations interinstitutionnelles.

La coopération au niveau régional a également bien fonctionné au milieu de la pandémie de Covid-19, note Paul Maurice.

Les experts affirment qu’il y aura une continuité dans la mesure où M. Scholz n’est pas un « étranger ». En effet, il est le vice-chancelier de Mme Merkel, et l’héritage de cette dernière sera perpétué, soutient Sébastien Maillard.

Sans compter que M. Scholz est « un social-démocrate, plutôt issu de l’aile droite de son parti », ce qui le rend « plutôt rassurant » pour Paris, estime Paul Maurice. « C’est quelqu’un de pondéré, de mesuré», ajoute Sébastien Maillard.

Lors d’un débat télévisé en juin, Scholz a déclaré que son premier voyage officiel à l’étranger se fera à Paris, affirmant que «l’amitié franco-allemande est essentielle si nous voulons réaliser des progrès pour l’UE et la souveraineté européenne, et il se trouve que c’est une bonne tradition ».

Les points de friction

Toutefois, il pourrait y avoir des points de friction, sans parler du fait que M. Scholz sera à la tête d’une coalition tripartite dont les négociations doivent encore être conclues.

Tout d’abord, il y a la question de la responsabilité fiscale, qui se pose depuis un certain temps déjà. Alors que la France fait pression pour une réforme du pacte de stabilité et de croissance, l’Allemagne a toujours été réticente à l’idée d’autoriser une plus grande flexibilité fiscale.

« Je ne pense pas qu’il soit impossible que le gouvernement allemand soutienne la réforme du pacte, mais il y aura des limites », juge Mme Schwarzer.

Elle précise que l’Allemagne est particulièrement désireuse de s’assurer qu’une politique fiscale responsable ne conduira pas à un partage des dettes entre les États membres.

La France est particulièrement préoccupée par le FDP libéral et son dirigeant, Christian Lindner, qui pourrait devenir le prochain ministre des Finances de l’Allemagne.

« Avec un ministre des Finances comme Lindner, un orthodoxe fiscal, cela serait compliqué », estime pour sa part M. Arend, faisant référence aux engagements en faveur d’une dette commune et du plan de relance européen.

Sur l’idée d’une défense européenne renforcée, que la France soutient depuis un certain temps et qu’elle pourrait promouvoir encore davantage en présidant le Conseil européen de janvier à juin, l’Allemagne pourrait montrer une certaine réticence.

Le désaccord ne porterait pas tant sur la nécessité d’une plus grande autonomie stratégique, mais plutôt sur la forme qu’elle prendrait, notamment en ce qui concerne les forces militaires.

« Nous avons des cultures stratégiques complètement différentes », explique Pierre Maurice tandis que Sébastien Maillard se rappelle que « ce fut un grand choc en Allemagne lorsque Hollande a décidé d’intervenir au Mali [en janvier 2013] sans que le Parlement soit réuni automatiquement ».

« Les politiques sont sûrs que les Allemands sont très réticents à envoyer des troupes au combat. J’ai le sentiment que l’opinion publique réelle a changé en quatre ans, avec le Brexit, la présidence de Trump, les tensions internationales dans les pays baltes, en Ukraine, en Turquie » et plus récemment avec ce qui se passe à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, souligne M. Arend.

Enfin, l’avenir de l’énergie nucléaire pourrait lui aussi créer des tensions dans les relations franco-allemandes. Tant au niveau national qu’européen, M. Macron a plaidé en faveur d’une plus grande place pour le nucléaire dans le bouquet énergétique afin de respecter les objectifs européens en matière de transition écologique.

L’Allemagne, en revanche, a adopté une position antinucléaire et s’est opposée à l’approche française consistant à considérer le nucléaire comme une source d’énergie durable. Il est peu probable que cette position change dans le cadre de la nouvelle coalition, estime M. Schwarzer.

Toutefois, la France garde l’espoir que l’Allemagne puisse changer d’avis.

« Petit à petit, les Allemands vont se rendre compte qu’ils ne peuvent pas se passer du nucléaire », note M. Arend.

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