Vestager défend l’ambition écologique à l’européenne

Margrethe Vestager [ALDE Communication/Flickr]

Appliquer les lois existantes  en Europe devrait permettre à lutter contre le réchauffement climatique, selon Margarethe Vestager.

Durant ses cinq ans en tant que commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager a montré qu’elle ne craignait pas de s’attaquer à des entreprises et gouvernements puissants. Certaines de ses décisions ont fâché la Silicon Valley et Washington, d’autre Paris et Berlin.

Aujourd’hui, elle est candidate à la présidence de la Commission européenne, mais serait-elle aussi déterminée dans la lutte contre le changement climatique ? Après des mois de grèves scolaires et de manifestations, le climat est souvent cité comme un sujet clé à l’approche des élections européennes. Et les électeurs sont de plus en plus irrités par l’inaction des gouvernements.

Vestager en campagne à Paris en terrain miné

La figure de proue des centristes, future famille des macronistes au Parlement européen, la  Danoise n’a pas le soutien de Paris, qui craint qu’elle ne se mette en travers du chemin du Français Michel Barnier.

Appliquer les règles

La Danoise assure à Euractiv qu’elle est prête à se battre avec les gouvernements nationaux pour s’assurer que la législation sur l’environnement et le climat est appliquée dans les pays membres.

« La lutte contre le changement climatique est une évidence. Ce n’est pas un sujet que vous choisissez de traiter ou non », estime-t-elle. « Le changement est là, et nous devons trouver le moyen de le gérer. »

« La prochaine Commission aura beaucoup de travail pour convaincre les États d’agir réellement pour appliquer ce qui a déjà été décidé. Dans toute une série de domaines, la législation existante peut être utile. »

Elle cite l’exemple des efforts de la Commission actuelle pour réformer la structure même du marché de l’énergie, afin de le rendre plus efficace et moins énergivore. « Cela peut sembler technique et éloigné du climat, mais c’est l’une des clés qui permettra la transition vers les énergies renouvelables. […] La prochaine Commission devra concrétiser tout cela, c’est une législation très complexe. La Commission a été très ambitieuse à ce sujet et le Parlement et le Conseil l’ont suivie. »

Écologie de libre marché

Cet accent sur les solutions de marché n’est pas surprenant. Margrethe Vestager est en effet la représentante de la famille libérale, l’ALDE. Soucieux de combiner des attitudes socialement libérales avec des mesures orientées vers les entreprises et le libre marché, les libéraux européens font plus de cas du climat que les chrétiens-démocrates de centre droit du PPE. Ainsi, l’ALDE a reçu un score de 38 % dans un classement récent des actions des groupes européens du Réseau action climat Europe, alors que le PPE ne récoltait que 10 %.

Cette différence pourrait être en partie due aux origines géographiques. Les partis libéraux sont en effet plus courants dans le nord de l’Europe, où la population est plus inquiète du changement climatique que dans le sud. Margrethe Vestager est par exemple originaire du Danemark, un des pays pionniers de la lutte contre le réchauffement climatique, notamment grâce à l’installation d’énormes capacités éoliennes en mer du nord. Son parti, Radikale Venstre, est à un niveau comparable à celui de l’ALDE dans le classement du Réseau action climat.

Nico Cué: « Il faut repenser nos modes de vie et nos modes de production »

L’UE doit lancer « une initiative forte » sur la transition écologique et sociale après les élections européennes, avec l’appui de la Banque Centrale Européenne (BCE) dont les objectifs doivent être révisés, selon Nico Cué, candidat à la présidence de la Commission.

Débloquer l’investissement

Au niveau de l’UE, le Réseau action climat estime toutefois que le Parti socialiste européen, de centre gauche, les Verts et  la gauche du GUE sont beaucoup plus ambitieux que l’ADLE sur les questions climatiques. Cela s’explique en partie par les membres les plus conservateurs du groupe libéral en Europe centrale, tels que le FDP allemand et l’ANO tchèque, qui se sont montrés sceptiques à l’égard des objectifs climatiques et préfèrent des solutions exclusivement commerciales. Pour sa part, Margrethe Vestager ne pense pas que le marché ne puisse à lui seul résoudre la crise climatique.

Certains, comme le Spitzenkandidat des Conservateurs et réformistes européens (CRE), Jan Zahradil, accusent l’UE d’être obsédée par les objectifs climatique. Ils s’opposent à l’objectif proposé par la Commission d’éliminer les émissions nettes de l’UE d’ici 2050. Un objectif que Magrethe Vestager soutient sans réserve. Reste à voir si les dirigeants nationaux approuveront ou rejetteront ce plan lors du Conseil européen du mois prochain.

« Je reste fidèle à l’objectif de neutralité carbone pour 2050 », indique la commissaire. « L’établissement de cet objectif peut libérer beaucoup d’investissements dans l’innovation et le développement. C’est pourquoi il est important que nous fixions des objectifs et que nous le fassions en commun. Fixer des objectifs fait partie de la création du marché. »

Selon son manifeste électoral, l’ADLE souhaite que l’objectif de réduction des émissions de l’UE pour 2030 soit porté de 40 % à 55 %. Margrethe Vestager fait remarquer que les marchés ne sont pas parfaits, soulignant les problèmes du système d’échange de quotas d’émission qui nécessitait l’intervention de l’UE pour augmenter le faible prix du carbone. « En raison de la crise financière, il y a encore trop de quotas en circulation pour que le système soit efficace. »

« En parallèle, les choses bougent. Vous voyez de plus en plus d’entreprises qui intègrent le changement climatique dans leur modèle économique, sans que les politiciens montrent la voie ou utilisent le bâton ou la carotte. Il devient de plus en plus évident qu’il existe une véritable logique commerciale directe pour combattre le changement climatique. »

Coup de pouce aux technologies propres

Si elle remplace Jean-Claude Juncker, Margrethe Vestager voudrait mettre La commissaire veut mettre la recherche et le développement au centre de sa présidence. Elle partage les préoccupations quant au retard de l’Europe en matière de technologies propres au profit de l’Asie et a souligné l’engagement de la Commission à investir jusqu’à 100 milliards d’euros dans la recherche au cours des sept prochaines années afin de remettre l’Europe à la tête du peloton.

« D’abord et avant tout, il est important que nous utilisions les technologies que nous avons déjà », explique-t-elle. « Il ne s’agit pas seulement d’éoliennes et de panneaux solaires, nous avons aussi besoin d’investissements dans l’hydroélectricité. L’utilisation de pompes modernes et efficaces fait une énorme différence par rapport à la technologie de l’ancienne école. Nous ne devrions pas nous contenter d’attendre qu’une solution technologique soit trouvée. Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire avec la technologie que nous avons déjà. »

Trois points de bascule climatiques qui conditionnent les marchés

Le changement climatique approche d’un point de basculement critique auquel les investisseurs devraient prêter attention dès maintenant. Une opinion de notre partenaire, La Tribune.

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