Marine Le Pen a fustigé jeudi (25 janvier) les positions sur l’immigration de ses alliés allemands de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), questionnant leur collaboration au sein du groupe Identité et démocratie au Parlement européen. Le parti d’Eric Zemmour, Reconquête!, est monté au créneau.
La pression s’intensifie depuis quelques semaines contre le parti allemand d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD) suite aux révélations du média allemand Correctiv selon qui certains membres du parti auraient discuté d’un programme de « remigration » d’étrangers sur le sol allemand, voire d’Allemands d’origine étrangère, lors d’une réunion informelle à Potsdam, en Allemagne.
Ces révélations ont déclenché une vague de manifestations le week-end dernier (20 et 21 janvier) à travers toute l’Allemagne.
Des secousses se sont fait sentir jusqu’outre-Rhin, puisque Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale, a mis en garde ses alliés allemands.
Interrogée sur le sujet lors de ses vœux à la presse jeudi (25 janvier), la leader politique du RN a déclaré être « en total désaccord avec la proposition qui aurait été discutée ou aurait été décidée dans le cadre de cette réunion [à Postdam] ».
Au RN, « jamais nous nous n’avons défendu une quelconque “rémigration”, en ce sens que l’on retirerait la nationalité française à des gens qui l’ont acquise, y compris en vertu de conditions que nous contestons », a-t-elle clarifié.
L’« opposition flagrante » entre le RN et l’AfD sur cette question est telle que : « Nous serons amenés à discuter ensemble de divergences aussi importantes que celles-là et voir si ces divergences ont ou pas […] des conséquences sur la capacité que nous avons à nous allier dans un même groupe », a-t-elle avancé.
Actuellement, les deux partis sont membre du groupe parlementaire européen d’extrême droite Identité et démocratie (ID). Le RN y est le deuxième parti le plus représenté derrière la Lega italienne de Matteo Salvini et devant l’AfD.
Un « malentendu », selon l’AfD
En face, le principal candidat de l’AfD pour les élections européennes, Maximilian Krah, a rejeté en bloc les commentaires de son alliée française, probablement basés sur des malentendus concernant les positions officielles du parti qu’il tentera de résoudre, a-t-il affirmé à Euractiv.
« Nous n’avons actuellement aucune preuve d’une quelconque tentative de la part des Français de nous exclure et nous considérons cela comme irréaliste », a-t-il déclaré, face à la crainte d’une exclusion du groupe ID. « Les relations avec nos collègues français restent bonnes et cordiales », a-t-il conclu.
Entre le RN et l’AfD, le torchon brûle depuis plusieurs mois.
En 2022, M. Krah a été accusé de soutenir Éric Zemmour, candidat du nouveau parti de droite radicale et nationaliste, Reconquête!, plutôt que Mme Le Pen pour les élections présidentielles de 2022.
Dans l’hebdomadaire Le Point, M. Krah a par la suite réfuté catégoriquement ces accusations, assurant de son soutien au RN et à son président, Jordan Bardella, tête de liste du parti pour les élections européennes de juin prochain.
Éric Zemmour soutient l’AfD
En ce qui concerne particulièrement l’immigration, M. Krah semble avoir plus de points communs avec M. Zemmour qu’avec Mme Le Pen.
Les deux hommes, par exemple, font régulièrement appel à la théorie complotiste du « Grand remplacement », suggérant des motifs cachés derrière l’augmentation de l’immigration vers l’Europe.
De son côté, la patronne du RN réfute l’expression.
Sur la rémigration, « Éric Zemmour a proposé lui-même la rémigration pour les doubles nationaux fichés S, étrangers et criminels », a rappelé un cadre de Reconquête! à Euractiv France.
En outre, « Il [Éric Zemmour] ne comprend pas que Marine Le Pen se permette de donner des leçons à des étrangers [les Allemands] sur la manière dont ils entendent défendre leur peuple de l’immigration », a fustigé le cadre du parti, à l’adresse de Marine Le Pen.
La bataille commence
Ces réactions témoignent de la concurrence accrue entre les partis de droite en France, dont Mme Le Pen et M. Zemmour sont les premiers chantres.
Depuis la création du parti de l’ancien éditorialiste, les transfuges du RN vers Reconquête! sont légion.
Marion Maréchal d’abord, nièce de Marine Le Pen et ancienne cadre élue du RN, prendra la tête de la liste de Reconquête! pour les élections européennes.
Au Parlement européen, les eurodéputés Maxette Pirbakas, Nicolas Bay, Gilbert Collard, ont quitté les rangs du RN pour rejoindre ceux d’Éric Zemmour. L’ancien président de la délégation du RN au Parlement européen, Jérome Rivière, aussi.
Ces élus siègent dorénavant avec les « Non inscrits », au côté du Fidesz du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, ou encore du Mouvement 5 étoiles italien.
Mais selon toute vraisemblance, si des candidats Reconquête! sont élus au Parlement lors des élections à venir, ces derniers devraient rejoindre le groupe de droite radicale des Conservateurs et Réformistes européens (CRE).
Théophane Hartmann a contribué à la rédaction de cet article.



