Mario Monti : l’UE a besoin de grandes coalitions en période de crise

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La meilleure façon d'adopter les réformes difficiles nécessaires dans de nombreux États membres est de créer une grande coalition. Comme celle qui a permis à l’Italie d’éviter une catastrophe économique, a indiqué Mario Monti, l'ancien premier ministre italien.

Selon l'ancien premier ministre italien, le « court-termisme » constitue le plus grand problème de la démocratie européenne. Les responsables politiques se concentrent sur leurs résultats lors des élections suivantes au lieu de résoudre les problèmes de leur pays ou de la société.

M. Monti participait à la conférence organisée par le Nouvel Observateur et d'autres médias le 11 octobre au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles.

D’après l'homme politique italien, même si le niveau de démocratie dans l'UE est relativement bon, le tableau est plus sombre à l'échelle nationale, où l'inégalité dans la répartition des revenus est omniprésente. L'Union n'a pas suffisamment cherché à compenser les faiblesses des États membres, a-t-il déclaré.

« Nous devons inventer un système qui reste démocratique et dépende des élections, mais dans lequel les dirigeants se préoccupent peut-être un peu plus des politiques de leur gouvernement que de leur réélection », a-t-il poursuivi.

La modification du traité, un psychodrame

Commissaire européen de 1995 à 2004, M. Monti est membre de plusieurs think tanks européens, comme le groupe fédéraliste Spinelli. L'ancien premier ministre italien ne plaide pas en faveur d’une modification du traité ou des institutions. Il a d'ailleurs parlé d’un « éternel psychodrame ». Au contraire, il a appelé à la mise en œuvre de réformes difficiles à l'échelle nationale.

« Nous avons simplement besoin que les responsables politiques assument davantage leurs responsabilités. Nous ne serons jamais en mesure de [lutter] contre le chômage des jeunes, un problème dramatique, si nous ne modifions pas nos lois sur le marché du travail, afin de moins protéger les employés et de faciliter l'entrée des jeunes sur le marché […]. »

Mario Monti a estimé que les syndicats bloquaient l’adoption de certaines réformes difficiles. Il n'a pas mentionné la France, où les syndicats puissants s'opposent fortement à la suppression des droits sociaux, mais a évoqué son pays et son expérience en tant que premier ministre.

L'ancien commissaire se tient à l'écart de la scène politique, même s'il a participé à un sommet du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit. Il avait formé un gouvernement de technocrates en novembre 2011 avec le soutien du centre-gauche italien.

« C'est la raison pour laquelle je suis convaincu que nous avons besoin d'une sorte de grande coalition à l'échelle nationale, dans de nombreux pays. En Italie, je n'aurais jamais été en mesure d'adopter une réforme approfondie des retraites, d'introduire un impôt foncier et d'avancer à grands pas dans la lutte contre la fraude fiscale, si je n'avais pas reçu le soutien de la droite et de la gauche. La gauche n'appréciait pas la réforme des retraites, mais ce n'est pas la seule force politique que nous avons pénalisée en termes de consensus politique, parce que la droite n'aimait pas les autres projets », a-t-il expliqué.

M. Monti a démissionné en décembre 2012 après avoir adopté plusieurs réformes et le budget 2012. Il avait déclaré qu'il resterait en fonction si des nouvelles élections étaient organisées. Situation qui s’est produite en février 2013. Mais sa coalition centriste est arrivée quatrième.

Impassible, il a déclaré que son groupe politique soutenait complètement le gouvernement actuel de centre-gauche du premier ministre Enrico Letta.

L'appel de Mario Monti en faveur d'une grande coalition pourrait trouver un écho en Allemagne. L'Union chrétienne-démocrate de centre-droit d'Angela Merkel et son parti frère, l'Union chrétienne-sociale, pourraient former une coalition avec le parti social-démocrate de centre-gauche.

La France n'a aucune tradition de gouvernement de grande coalition, mais le centre-gauche et le centre-droit ont souvent collaboré pour empêcher l’élection des candidats du Front national au parlement ou à l'échelle locale.

Des problèmes similaires aux États-Unis

D’après des stéréotypes, les institutions fédérales de l’UE sont à la traîne par rapport à celles des États-Unis. Le système de gouvernance économique de l’UE est pourtant meilleur que celui de Washington, selon Mario Monti.

« Nous parlons souvent des États-Unis comme d’un modèle pour l'UE, mais lorsque nous parlons de gouvernance économique, je pense que nos institutions sont meilleures que les leurs. Le pouvoir présidentiel de l’homme à la Maison-Blanche n'est pas beaucoup plus fort que le pouvoir que nous avons ici, [malgré] la complexité des 28 États membres », a-t-il souligné.

« Le [président américain] est-il en mesure de contrôler les finances fédérales […] ou les politiques de commerce extérieur ? Non, il dispose d'un Congrès avec deux partis. C’est beaucoup moins que 28 États membres, mais les problèmes sont similaires », a-t-il ajouté.

Peter W. Galbraith, sénateur américain du Vermont et diplomate actif dans les Balkans occidentaux dans les années 1990, s’est également exprimé lors de cette conférence. Il a déclaré que l'Union européenne était souvent trop ambitieuse, car elle mettait sur pied un projet avant les mécanismes nécessaires pour le mettre en œuvre.

« Vous avez créé l'euro sans union économique et budgétaire. Vous avez établi [l'espace] Schengen sans politique commune sur l'immigration. Vous avez créé un Service pour l'action extérieure sans objectif commun », a-t-il expliqué.

Le 21 décembre 2012, Mario Monti a démissionné de son poste de premier ministre, car le Parti du peuple de la liberté de centre-droit avait retiré sa confiance dans la coalition.

L'héritage de M. Monti divise les responsables politiques de gauche. Selon ses détracteurs, les sentiments antieuropéens sont une conséquence directe de ses réformes d'austérité. Sous Mario Monti, l'Italie a accepté plusieurs paquets d'austérité, dont une hausse de la TVA, une restructuration économique et un impôt foncier.

M. Monti a défendu ses actions en déclarant que l'Italie avait été contrainte d'appliquer des mesures d'austérité en raison de ses finances publiques déplorables et de sa dette de plus en plus importante.

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