Passe d’armes entre eurodéputés et chefs d’État sur les Spitzenkandidaten

Guy Verhofstadt (à gauche), le président du groupe libéral ADLE, en pleine discussion avec Manfred Weber (à droite), le président du Groupe PPE, avant les discours au Parlement européen à Strasbourg [EPA-EFE/Patrick Seeger] [EPA-EFE/Patrick Seeger]

Les eurodéputés sont prêts à faire face aux dirigeants européens. Et à rejeter tout candidat à la présidence de la Commission qui n’aurait pas été choisi par les électeurs par une procédure transparente et ouverte.

Le Parlement européen a voté en faveur d’une résolution contre tout accord officieux concernant la succession de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission.

« Président Macron, si vous souhaitez réellement renforcer la démocratie européenne, vous devez soutenir le principe des Spitzenkandidaten », a déclaré Manfred Weber, le président du Groupe PPE, qui avait voté pour Jean-Claude Juncker lors des dernières élections.

« Un candidat et un programme. Les mêmes principes démocratiques doivent s’appliquer à toutes les élections locales, régionales ou nationales… Nous souhaitons que ce principe soit également appliqué à l’échelle européenne, grâce au procédé des Spitzenkandidaten », a-t-il poursuivi.

Chaque parti politique au Parlement nomme un candidat à la présidence. Le Conseil européen prend ensuite la décision finale, « en prenant compte » du choix du Parlement. Enfin, les eurodéputés confirment (ou non) le nom du président lors d’un vote en séance plénière.  Les dirigeants européens, qui doivent se pencher sur le sujetlors du sommet européen du 23 février, s’opposent pour certains à ce mécanisme car ils estiment que les eurodéputés s’emparent d’une prérogative nationale.

Macron s'oppose au système des Spitzenkandidaten

La course à la succession de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne est déjà lancée en coulisses, mais les 28 États membres sont encore loin d’être d’accord sur les règles du jeu.

Le président français et d’autres chefs d’État au Conseil, dont la chancelière allemande Angela Merkel, s’opposent encore au système des Spitzenkandidaten.

Jean-Claude Juncker, désigné comme Spitzenkandidat en 2014, s’est adressé aux eurodéputés le 6 février et a appelé les dirigeants européens à respecter « cette toute petite avancée démocratique », les mettant en garde contre un possible conflit entre le Parlement et le Conseil.

« Nous devons nous assurer que ce procédé sera respecté pour 2019 », ajoute-t-il. « La démocratie de l’Union est en jeu ».

Le problème n’est pas tant la lutte entre les chefs d’État et le Parlement européen mais la crainte que le manque de démocratie dans ce processus n’alimente les arguments des eurosceptiques.

Les détracteurs soutiennent que ce système politise la Commission, ce qui encourage les eurosceptiques à croire que Bruxelles porte atteinte aux souverainetés nationales.

Les eurodéputés, cependant, soutiennent qu’au contraire il a permis de contrecarrer la montée de l’euroscepticisme, en démontrant le potentiel démocratique de l’Union.

Certains craignent que les partis eurosceptiques remportent les prochaines élections européennes en mai 2019, et choisissant des candidats comme Marine Le Pen ou Yanis Varoufakis, l’ancien ministre grec des finances. Dans ce cas, les dirigeants européens pourraient être forcés de les soutenir.

Après le vote, l’ancien eurodéputé Andrew Duff a ajouté que la décision de ne pas soutenir les listes transnationales risquait de diminuer la légitimité du Parlement.

« Cela compromettra certainement l’avenir du système des Spitzenkandidaten, introduit en 2014 pour compenser l’échec de l’introduction de listes transnationales », a-t-il ajouté.

Maintenant que les listes transnationales sont une fois de plus enterrées, le système de Spitzenkandidaten  est amené à perdurer.

« Nous sommes heureux d’avoir obtenu la poursuite du processus de Spitzenkandidaten, qui contribuera à donner aux prochaines élections une orientation un peu plus européenne. Il est regrettable que ce soit le maximum qui puisse être concédé par des élus dont les compétences pro-européennes sont remises en cause par leur approche timide et peu ambitieuse », a déploré l’eurodéputé vert Philippe Lambert après le vote.

Alors que le responsable européen des négociations sur le Brexit, le Français Michel Barnier, est déjà pressenti par le PPE pour prendre la tête du bras exécutif de l’Union en 2019, Emmanuel Macron a promis une « vraie campagne » pour les élections européennes.

La procédure de sélection d’un chef de groupe, ou Spitzenkandidat, oblige toutefois les partis politiques à trouver un accord sur la désignation d’un candidat plusieurs mois à l’avance.

En 2019, le président de l’ADLE Guy Verhofstadt pourrait à nouveau se présenter pour les libéraux. La décision devra être prise avant la fin de l’année. Mais pour l’instant, le parti La République en Marche (LREM) d’Emmanuel Macron ne rejette pas l’option de présenter son propre candidat « contre Verhofstadt ».

Le parti d’Emmanuel Macron cherche à s’européaniser pour 2019

La République en Marche hésite entre la création d’un nouveau parti et le rattachement aux centristes, en amont des élections européennes de 2019.

Dans le rapport adopté le 7 février, les eurodéputés ont également approuvé par 457 voix contre 200, et 20 abstentions, les propositions de modification de l’accord-cadre sur les relations entre le Parlement européen et la Commission européenne.

Les modifications proposées permettront aux commissaires en exercice de se présenter aux élections au Parlement européen et d’être désignés par les partis politiques européens comme candidats à la présidence de la Commission, sans avoir à prendre au préalable un congé sans solde.

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