OCDE : l’élection du prochain secrétaire général est-elle jouée d’avance ?

Bien que chaque délégation prenne part aux entretiens avec tous les candidats, c'est au doyen, en sa qualité de président du comité de sélection, d'évaluer le degré de consensus autour de chaque candidature puis de décider qui passera à l'étape suivante. [Shutterstock/rafapress]

Alors que l’OCDE doit choisir son nouveau secrétaire général, les dés sont-ils déjà jetés ? Des sources proches des discussions se sont inquiétées auprès d’EURACTIV France d’un « manque de transparence » et d’un processus qui pourrait favoriser le candidat australien Mathias Cormann, connu pour ses positions anti-environnementales et qui serait soutenu par le Royaume-Uni.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui réunit 37 nations à Paris et qui a pour objectif affiché de stimuler le progrès économique et le commerce mondial, aura besoin d’un nouveau secrétaire général lorsque le troisième mandat de cinq ans d’Angel Gurria prendra fin en mai 2021.

À ce jour, cinq candidats sont toujours en lice : l’ancien ministre australien des Finances Mathis Cormann, la Grecque Anna Diamantopoulou, le Suisse Philipp Hildebrand, le Danois Ulrik V. Knudsen et la Suédoise Cecilia Malmström, ancienne commissaire européenne.

Bien que chaque délégation prenne part aux entretiens avec tous les candidats, c’est au doyen, en sa qualité de président du comité de sélection, d’évaluer le degré de consensus autour de chaque candidature puis de décider qui passera à l’étape suivante, après avoir procédé à des consultations individuelles et confidentielles avec les différentes délégations.

Le doyen des ambassadeurs auprès de l’OCDE est le représentant permanent du Royaume-Uni, Christopher Sharrock.

Le 1er septembre 2020, il a lancé un appel officiel aux pays membres de l’OCDE pour qu’ils désignent leur candidat respectif. Et il lui reviendra de trancher toutes les décisions de cette phase de sélection.

S’adressant à EURACTIV sous le couvert de l’anonymat, des sources connaissant bien la situation ont exprimé leur inquiétude quant au fait que le Royaume-Uni aurait promis au Premier ministre australien Scott Morrison de soutenir son candidat.

EURACTIV a contacté l’OCDE qui nous a redirigés vers le bureau de Christoper Sharrock. Jusqu’à présent, nos appels sont restés sans réponse.

Le Labour britannique monte au front

L’opposition britannique exige cependant que le Premier ministre Boris Johnson boycotte la campagne de l’Australie pour que Christopher Cormann soit nommé à la tête de l’OCDE, car le bilan de l’ancien ministre en matière de changement climatique le rendrait inapte à ce poste.

Dans une lettre adressée à M. Johnson, la travailliste Emily Thornberry, lui a demandé de ne pas soutenir la candidature de M. Cormann car « son bilan en matière de changement climatique est marqué par le déni et l’inaction ». « Cela ridiculiserait votre ambition à être un leader dans le domaine du changement climatique », a-t-elle écrit.

Dans une pétition de change.org, l’ancien ministre des Finances australien est accusé de maintenir des subventions pour le secteur des combustibles fossiles à hauteur de près de 30 milliards d’euros par an.

En outre, M. Cormann a été récemment été sous le feu des critiques pour avoir utilisé un Falcon de la Royal Australian Air Force, aux frais du contribuable, lors de ses nombreux voyages en Europe pour promouvoir sa candidature à l’OCDE, comme le révèle le Sydney Morning Herald.

L’OCDE avait déjà critiqué l’Australie pour sa stratégie sur le changement climatique. Christopher Cormann essaie désormais de prendre ses distances avec le scepticisme climatique de son ancien parti libéral.

« Je sais qu’il y a toujours beaucoup d’avis [sur la question] qui, avec beaucoup de respect, ne sont pas toujours aussi bien informés qu’ils devraient l’être », avait-t-il déclaré lors d’une conférence de presse en octobre 2020 tandis qu’on l’interrogeait sur sa position en matière de changement climatique.

Cinq candidats sur les dix initialement prévus ont été éliminés jusqu’à présent et le prochain cycle de négociations devrait avoir lieu ce week-end. La décision finale est attendue d’ici mars.

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