Appel à l’unification des gauches européennes face à l’extrême-droite

Dimitris Papadimoulis [Shutterstock]

Le rapprochement entre conservateurs et extrême droite devrait pousser les démocrates à créer une grande alliance pro-européenne rassemblant à la fois Alexis Tsipras et Emmanuel Macron, estime l’eurodéputé Dimitris Papadimoulis.

« Oubliez le ‘business as usual’. Tous les démocrates européens devraient se réveiller, comme à Chemnitz avec l’antiracisme, et chercher la convergence sur des objectifs à la fois politiques et sociaux », a déclaré Dimitris Papadimoulis, vice-président du Parlement européen et proche d’Alexis Tsipras.

« En termes de démocratie, les alliances doivent s’élargir, non seulement avec Emmanuel Macron, mais aussi avec les démocrates néolibéraux et les modérés du Parti populaire européen », a-t-il assuré.

Pour ce membre du parti de gauche Syriza, la candidature de Manfred Weber à la présidence de la Commission européenne illustre le tournant à droite du Parti populaire européen (PPE), qui déplaît aux membres plus centristes de la formation.

Il a vivement critiqué l’élu allemand, soulignant qu’il est non seulement en très bons termes avec Viktor Orbán, mais soutient aussi les actions de Matteo Salvini et est ouvert aux idées de Marine Le Pen.

Les macronistes deviennent « progressistes » pour les élections européennes

Emmanuel Macron veut bouleverser l’écosystème politique européen. Il espère forger une nouvelle alliance progressiste à la fin de l’année pour les élections européennes de 2019.

« Nous assistons à un élan dangereux constitué des efforts conjoints du groupe d’extrême droite de l’Europe des Nations et des Libertés et de la franche la plus à droite du PPE, qui a pour but de promouvoir ‘l’orbanisation’ du PPE et former une nouvelle majorité eurosceptique et super-conservatrice », assure l’eurodéputé grec.

En ce qui concerne les questions liées à la crise des réfugiés, à l’intégration européenne ou à la transparence du projet européen, l’alliance pro-UE devrait donc être « aussi large que possible, d’Alexis Tsipras à Emmanuel Macron », a-t-il poursuivi.

« Au niveau européen, Emmanuel Macron pourrait faire partie d’un effort de convergence plus large pour former une majorité capable de promouvoir certaines idées d’approfondissement démocratique de l’unification européenne », a-t-il ajouté. « L’Europe a vécu le drame fasciste et nazi il y a presque 80 ans […] l’Histoire se répète, ne soyons pas aveugles. »

Questions sociales

Pour ce qui est des questions sociales, comme les initiatives contre l’austérité ou la multiplication des politiques favorisant la croissance, la coopération pourrait être moins intense, admet-il, et se concentrer sur trois familles politiques : la gauche, les socialistes et les verts.

Pour que l’alliance se concrétise, ces groupes doivent changer. Les sociaux-démocrates européens doivent se montrer « plus radicaux » face aux politiques néolibérales, parce que « leur subordination a mené à de grandes défaites et des dilemmes existentiels dans de nombreux pays ».

Pour les partis de gauche, il s’agit de clarifier la stratégie européenne et de s’ouvrir à des alliances plus larges, en mesure de créer des majorités gagnantes, selon Dimitris Papadimoulis.

« Les Verts doivent remobiliser le radicalisme qu’ils ont perdu parce que ces temps-ci, dans certains États membres, ils ont choisi une centralisation technocratique », juge-t-il.

La stratégie de Syriza

Pour Dimitris Papadimoulis, Syriza a été établie stratégiquement comme la force exprimant les électeurs non seulement de la gauche, mais aussi du centre gauche. Pourtant, le parti grec officiel affilié au S&D est le Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), dont la direction actuelle a exclu une collaboration future avec Syriza. Il estime que Pasok a suivi la rhétorique du parti d’opposition de centre droit, Nouvelle Démocratie, et que cela entraînera des résultats électoraux désastreux.

La semaine dernière, l’élu a rencontré le président du S&D Udo Bullmann et, selon les médias grecs, ils ont accepté de renforcer la coopération des « forces progressistes ».

Dans un entretien accordé à Euractiv en mai dernier, le chef du S&D s’était montré sévère à l’égard de Pasok, la force historique de centre gauche en Grèce, qui est en partie responsable, avec Nouvelle démocratie, de la crise économique grecque. Le social-démocrate allemand a par contre soutenu Syriza sans réserve, affirmant que toutes les puissances progressistes en Grèce devraient unir leurs forces pour diriger le pays dans l’après-crise.

De premier parti grec en 2009 avec 44% des voix, Pasok est passé en 2015 à 4,7% des scrutins.

À l’approche des élections, Syriza sera encore plus ouverte vis-à-vis du centre gauche et du centre démocratique, a indiqué Dimitris Papadimoulis. « Nous estimons que la majorité de la gauche, du centre gauche et du centre démocratique devrait être exprimée aussi au niveau gouvernemental. »

En Grèce, un échiquier politique en pleine reconfiguration

Alors que le pays sort de l’austérité, Udo Bullmann, le président du S&D, appelle les forces « progressistes » grecques à s’allier et à se distancier de Nouvelle Démocratie. Un parti qui porte, selon lui, une lourde responsabilité dans la crise grecque.

 

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