Après les élections européennes de juin, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, premier parti au Parlement européen, devrait encore être renforcé. Il pourra choisir ses alliances à droite comme à gauche — un exercice délicat qui n’est pas sans risque.
Le PPE se réunira à Bucarest le 6 mars pour élire l’actuelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, en tant que tête de liste pour les élections européennes et donc candidate à sa propre succession — un second mandat qu’elle devrait par ailleurs obtenir.
Le groupe de centre droit devrait également obtenir plus de 10 postes de commissaires, ces derniers étant proposés par les gouvernements nationaux, dont certains sont dirigés par le centre droit.
Le PPE restera le premier groupe politique au sein de l’hémicycle avec 180 sièges (1 de moins par rapport aux dernières élections, en 2019), tandis que les Socialistes et Démocrates européens (S&D) devraient perdre 14 sièges par rapport aux précédentes élections, passant à 140.
Les Verts, les libéraux de Renew et les socialistes devraient également perdre des voix, tandis que les forces de droite et d’extrême droite comme Identité et Démocratie (ID) et les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) devraient se classer respectivement en 3e et 4e position.
Cela signifie que le PPE aura l’avantage lors de la prochaine législature et sera capable de choisir l’un ou l’autre camp pour atteindre une majorité.
Un jeu dangereux
Et les dirigeants du parti de centre droit ne semblent pas craindre la controverse à ce sujet.
Le PPE a récemment confirmé son intention de se rapprocher du groupe CRE, Ursula von der Leyen ayant déclaré que certaines délégations conservatrices pourraient rejoindre le PPE après le scrutin de juin.
Le président du PPE, l’Allemand Manfred Weber, a également déclaré au journal allemand Welt lundi (4 mars) qu’il travaillerait avec des forces du groupe CRE, telles que le parti Fratelli d’Italia de la Première ministre italienne Georgia Meloni et le Parti démocratique civique tchèque (ODS), mais pas avec le parti polonais Droit et Justice (PiS).
« Au sein du nouveau Parlement européen, une coopération sélective avec les conservateurs pro-européens est tout aussi concevable pour moi qu’une coopération avec les Verts », a noté M. Weber.
Les seules lignes rouges pour la collaboration sont de rester pro-Europe, pro-Ukraine et pro-État de droit, « ce sont les piliers sur lesquels repose ce pare-feu », a déclaré M. Weber, faisant écho à des propos similaires de Mme von der Leyen.
Cependant, une collaboration avec le parti de Giorgia Meloni ne ravit pas tout le monde au PPE.
L’Union chrétienne-démocrate allemande (CDU) a exclu toute collaboration avec Fratelli d’Italia, mettant ainsi à mal les projets de M. Weber.
Lors d’un entretien avec Euractiv mardi (5 mars), le vice-président du groupe PPE, l’eurodéputé roumain Siegfried Mureșan, a nié que le parti de Mme Meloni était une force pro-européenne.
« Elle a une longue histoire anti-européenne […] Son parti a encore un long chemin à parcourir pour se transformer en termes de leadership et en termes de programme pour devenir un parti pro-européen. »
Il a souligné que « le rôle du PPE est d’unir et de diriger les forces pro-européennes au cours de la prochaine législature » dans une majorité traditionnelle de centre avec les socialistes et les libéraux.
Le PPE sera incontournable
Si les socialistes seront sans aucun doute des acteurs clés dans les négociations pour l’attribution des postes clés au sein de l’UE — les fameux « top jobs » — ainsi que dans l’élaboration des politiques sous la prochaine législature, le PPE disposera quant à lui d’un pouvoir de négociation accru et pèsera davantage dans les décisions.
« Ce qui est clair, c’est que les textes législatifs qui ont été adoptés contre la volonté du PPE ne seront pas adoptés à nouveau contre la volonté du PPE avec une nouvelle majorité au sein du prochain Parlement », a confié M. Mureșan à Euractiv.
« La majorité sera donc la même, mais avec un PPE plus fort et sans possibilité pour les socialistes de mettre le PPE en minorité avec les autres partis de gauche », a-t-il expliqué.
Et si les socialistes ne plient pas sur certains dossiers législatifs, le PPE aura probablement le nombre d’eurodéputés nécessaire pour bloquer les textes aux côtés des groupes ID, CRE et d’autres forces de droite indépendantes. C’est ce que le PPE avait déjà tenté sans succès de faire avec la loi sur la restauration de la nature au Parlement européen.
« Je pense qu’il est très probable qu’ils profitent de l’occasion pour travailler ensemble sur certains dossiers politiques […] pensez à des choses comme le Green Deal, la politique agricole, la migration », a indiqué à Euractiv Patrick Bijsmans, doyen associé de l’éducation et professeur de sciences politiques à l’Université de Maastricht.
Les socialistes pourraient quant à eux perdre un nombre considérable de commissaires, gardant seulement les commissaires désignés par l’Espagne, Malte et le Danemark. Au Portugal, où le Parti socialiste (PS) est au pouvoir aujourd’hui, le choix du nouveau commissaire dépendra du résultat des élections de dimanche (10 mars).
En outre, conformément à l’accord de coalition allemand, le gouvernement d’Allemagne, dirigé par les socialistes d’Olaf Scholz (SPD), ne pourra pas nommer de commissaire si Mme von der Leyen — elle même Allemande (CDU) — est réélue.
Une fragmentation du centre droit ?
Même si le centre-droit de l’UE affiche un front uni à l’approche des élections, des signes de fragmentation apparaissent d’ores et déjà.
Mardi, le parti français Les Républicains, qui appartient au groupe PPE, a annoncé qu’il s’opposerait à la candidature de Mme von der Leyen pour un second mandat.
Parallèlement à cela, avec l’élargissement potentiel du parti aux forces conservatrices, les limites du centre droit pourraient être atteintes, et les délégations nationales pourraient afficher des priorités politiques divergentes.
Le processus de rédaction du manifeste du parti a déjà mis en lumière un différend politique entre les différents partis nationaux composant le PPE. En effet, alors qu’un premier projet de manifeste appelait à une révision de l’interdiction des moteurs à combustion, un élément clé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), ces appels ont été supprimés de la version finale du manifeste, consultée par Euractiv.
« Dans les différents et multiples projets [de manifeste], vous avez des positions qui reflètent la majorité et la minorité. Vous avez différents types de positions qui entrent et qui sortent », a déclaré le secrétaire général du PPE Thanasis Bakolas à Euractiv lors d’un entretien en début de semaine, ajoutant qu’il s’agissait d’un processus « transparent » dont il était « fier ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



