Politique environnementale de l’UE : redistribution des cartes après les élections allemandes

La coprésidente du parti des Verts Annalena Baerbock (d), le candidat du parti social-démocrate Olaf Scholz (c), et le président du parti libéral-démocrate Christian Lindner, à Berlin, le 16 juin 2021. [EPA-EFE/CLEMENS BILAN]

Alors que l’Europe se réveille après la nuit des élections en Allemagne, une chose est certaine : les Verts et le FDP sont sur la bonne voie pour faire partie du prochain gouvernement. Comment cela affectera-t-il la position de l’Allemagne sur les questions environnementales européennes ?

Les résultats définitifs de l’élection allemande sont tombés. Comme prévu, les sociaux-démocrates (SPD) sont arrivés en tête, avec 25,7 % des voix, suivis de près par la CDU/CSU, avec 24,1 % des voix. Viennent ensuite les Verts (14,8 %), le FDP (11,5 %) et l’AfD (10,3 %).

Avec seulement 4,9 % des voix, le parti de gauche Die Linke n’a pas atteint le seuil des 5 % nécessaires pour participer aux négociations de coalition fédérale, mais il enverra tout de même des députés au Bundestag grâce au système allemand des mandats supplémentaires.

Puisque les sociaux-démocrates et les conservateurs ont en principe décidé de ne pas former ensemble une autre « grande coalition », il ne reste que deux coalitions possibles : la coalition dite de « feu tricolore » menée par les sociaux-démocrates (SPD, FDP et Verts ou rouge-jaune-vert) et la coalition dite de « Jamaïque » menée par les conservateurs (CDU/CSU, FDP et Verts ou noir-jaune-vert).

Cependant, toutes deux dépendent du soutien des Verts et des libéraux. En raison de leurs points de vue contrastés sur la politique climatique et environnementale, un compromis entre eux semble difficile à trouver.

Tandis que les Verts souhaitent mettre fin à la vente de nouvelles voitures à essence et diesel et sortir du charbon d’ici 2030, le FDP prône l’ouverture technologique et s’oppose aux réglementations interdisant l’énergie au charbon ou le moteur à combustion interne.

Cela signifie que toute négociation de coalition entre ces deux partis risque de s’éterniser pendant des mois, tandis que le paquet législatif sur le climat et l’énergie « Fit for 55 » de l’UE entre au Conseil des ministres de l’UE pour approbation.

Le chancelier social-démocrate Olaf Scholz et son rival conservateur Armin Laschet sont tous deux conscients de l’urgence de la situation et affirment vouloir former une coalition avant Noël.

« Nous devons obtenir un nouveau gouvernement rapidement », a déclaré Peter Altmaier, le ministre allemand de l’Économie désormais par intérim, à EURACTIV dans la soirée du dimanche 26 septembre, soulignant que des décisions essentielles concernant le Pacte vert pour l’Europe étaient à venir.

M. Altmaier a précisé que la CDU avait pour objectif de former une coalition avec les Verts et le FDP.

Dimanche, le chef du FDP, Christian Lindner, a clairement indiqué sa préférence pour les conservateurs, tandis que les Verts se sont rangés du côté des sociaux-démocrates. Ces deux partis ont ainsi été placés au centre du jeu politique.

Une offre que les Verts ne peuvent pas refuser ?

Afin de convaincre les Verts, les conservateurs doivent envisager plusieurs concessions majeures : modifier la date d’abandon du charbon prévue pour 2038, accepter l’interdiction des moteurs à combustion en 2030 et doter les Verts d’un « super-ministère pour la protection du climat » ayant le pouvoir d’opposer son veto à toute législation allant à l’encontre des objectifs climatiques de l’Allemagne.

Les Verts ont en effet exprimé à plusieurs reprises leur mécontentement à l’égard de l’élimination progressive du charbon prévue par le pays en 2038. Selon EURACTIV, une date avancée serait la concession minimale requise pour que les conservateurs obtiennent l’adhésion des Verts.

Les Verts et les Libéraux, essentiels à la formation du prochain gouvernement allemand

Après les élections fédérales du dimanche 26 septembre, l’Allemagne se dirige vers l’une des deux coalitions suivantes : une coalition dite « feux de signalisation » dirigée par les sociaux-démocrates ou une coalition dite de « Jamaïque » dirigée par les conservateurs.

En ce qui concerne l’interdiction des moteurs à combustion interne, M. Altmaier a déclaré à EURACTIV qu’il pourrait s’agir d’une question qui devrait se résoudre d’elle-même, puisque les estimations actuelles indiquent que 80 % des voitures circulant dans les rues allemandes seront électriques d’ici 2030.

Cependant, la plupart des observateurs s’accordent à dire qu’aucune de ces concessions ne suffira à faire diverger les Verts des sociaux-démocrates.

Dans leur programme de 100 jours pour le gouvernement, les Verts avaient envisagé un « super-ministère de la protection du climat », doté d’un droit de veto sur les lois des autres ministères considérées comme contredisant les efforts de protection du climat.

Dans l’ensemble, les conservateurs devraient faire des concessions qui permettraient à l’Allemagne d’adopter une position beaucoup plus « verte » lors des prochaines négociations européennes sur le paquet « Fit for 55 ».

Le SPD s’assure la victoire, mais le chaos de la coalition se profile

Tous les matins, Les Capitales décrypte pour vous l’info à travers l’Europe.

Un gouvernement social-démocrate, des concessions libérales

Les sociaux-démocrates pourraient également courtiser le FDP, favorable aux entreprises, et les Verts, afin d’obtenir leur soutien dans la formation du prochain gouvernement allemand.

Les conséquences sur la position adoptée par l’Allemagne en matière de politique climatique au niveau européen seraient alors très différentes.

Contrairement aux Verts, le FDP n’a pas fait de l’action climatique une condition préalable à son entrée au gouvernement. Cela signifie que les sociaux-démocrates devraient réviser leurs ambitions environnementales afin d’obtenir le soutien des libéraux.

Le chef du FDP, Christian Lindner, a exclu à plusieurs reprises tout accord sur l’interdiction explicite du moteur à combustion interne et des limitations de vitesse sur les autoroutes, tout en soutenant la proposition de l’UE de créer un marché du carbone pour les carburants de chauffage et de transport routier.

Le plan allemand de sortie progressive du charbon repose sur des calculs erronés

La formule utilisée par l’Allemagne en 2020 pour calculer les compensations qu’elle a accordées aux entreprises du secteur de l’énergie contenait des hypothèses plutôt favorables aux entreprises du secteur de l’énergie.

Subscribe to our newsletters

Subscribe