Pourquoi le Parlement européen a rejeté la candidate française

Sylvie Goulard au Parlement européen, lors de son audition du 2 octobre 2019. Capture d'écran PE

Les commissions parlementaires ont rejeté la candidature de Sylvie Goulard au Parlement européen, officiellement pour des motifs éthiques. Mais la droite notamment allemande envoie aussi un message de défiance à l’égard de Macron.

3 heures d’audition, 50 pages de réponses écrites à des questions, puis de nouveau 1h30 d’explications orales n’auront pas suffi : la candidate Sylvie Goulard a été refusée par le Parlement européen, jeudi 10 octobre.

Les députés de trois commissions parlementaires différentes, celle de l’industrie, du marché unique et de la culture, ont voté à 89 voix contre elle et 29 voix pour. Seulement 12 voix en dehors du parti Renew ont soutenu la candidate française, ce qui est un véritable camouflet pour la France.

En direct : une semaine d'auditions pour les futurs commissaires européens

Cette semaine, les 26 candidats désignés par Ursula von der Leyen pour constituer la prochaine Commission européenne sont entendus par les eurodéputés qui décideront s’ils acceptent ou non leur nomination. Euractiv va suivre les moments forts de ces auditions.

C’est la première fois que la candidate d’un grand pays est retoquée, et la première fois que la France voit son cheval renvoyé au bercail.

« On sent la revanche du Parlement européen sur le Conseil européen. Mais c’est du gâchis, parce que c’était une excellente candidate » regrette Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Notre Europe à Paris.

Une Commission européenne sans majorité

Les eurodéputés ont aussi pris la responsabilité de fragiliser l’équipe d’Ursula von der Leyen avec ce vote de défiance qui lui est aussi adressé : la faible majorité qu’elle avait obtenue en juillet dernier, avec seulement 9 voix d’avance, n’existe plus, puisque les élus de son propre parti n’ont pas soutenu sa propre candidate.

Les critiques sur l’éthique sont principalement venus de ce parti, de droite, et d’ordinaire moins regardant sur les revenus confortables de ses différents élus. Au Parlement européen, on indique que « tous les groupes ont gardé en travers de la gorge le fait que les chefs d’Etat, et surtout Emmanuel Macron, aient refusé le système des Spitzenkandidaten, mais c’est surtout Manfred Weber qui a tenu à se venger « . Les principaux chefs du parti social-démocrate avaient en effet conclu un accord pour soutenir la Française, que les élus n’ont pas suivi si l’on en croit le résultat des votes.

Défiance anti-Macron

Candidat malheureux à la présidence de la Commission européenne, Manfred Weber aurait du metttre en place son équipe, ce que tous les eurodéputés allemands, y compris les Verts, défendaient. La droite a montré le plus d’animosité, voire d’agressivité à l’égard de la candidate française, quand bien même sur le fond le parti qui a le plus d’affinités politiques avec elle.

Une erreur de communication a d’ailleurs montré à quel point la moutarde était montée au nez des élus PPE : dans un message interne partagé sur twitter, un membre de l’équipe de communication précisait « We are going to kill Goulard for the vote » (Nous allons la tuer lors du vote).

L’Elysée a indiqué que sa candidate avait été victime d’«un jeu politique qui touche la Commission européenne dans son ensemble», tentant de nier le fait que la défiance vienne de l’ensemble des partis politiques : les Verts, la gauche radicale, la gauche social-démocrate sont tout autant responsables de cette situation, et se sont réellement braqués pour des motifs éthiques, et sans doute politiques pour les Français.

Les élus français du parti socialistes et de LR comme de France Insoumise ont en effet largement pris leur part dans ce jeu de massacre, ce qui risque aussi de compliquer les relations dans le futur entre l’exécutif et les représentants européens.

La question cruciale qui se pose maintenant sera celle de sa remplaçante : le portefeuille est très large, et cousu sur mesure pour une candidate chevronnée. Les autres candidates potentiels, comme Florence Parly, ou Nathalie Loiseau, ne seront pas forcément mieux traitées par un Parlement qui a aussi exprimé, par la voix d’élus allemands principalement, une forte défiance envers la France, et ne souhaite pas qu’elle prenne une place trop importante en Europe. «La réduction de l’ampleur du portefeuille est devenue incontournable aujourd’hui » assure-t-on au Parlement européen, alors qu’à l’inverse, l’Elysée estime d’emblée qu’il est hors de question de toucher au portefeuille. La partie est loin d’être terminée.

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