Pourquoi les centristes du Parlement européen sont prêts à tirer un trait sur le mot «libéral»

Guy Verhofstadt, lors du congrès du parti libéral parti ADLE, en novembre 2018. EPA-EFE/FERNANDO VILLAR

Le nouveau groupe centriste du Parlement européen ne devrait plus s’appeler « libéral ». Un mouvement qui permet aussi de déplacer la frontière du groupe vers la gauche.

C’est une querelle de clocher, mais pas seulement. L’abandon du terme « libéral » dans l’intitulé du futur groupe du centre au Parlement européen est une condition sine qua non du ralliement des élus macronistes.

Le président actuel du groupe, Guy Verhofstadt, l’a reconnu dans une interview la semaine dernière. « Il est possible que le terme libéral ne figure pas dans le nom qui sera donné au nouveau groupe » a-t-il indiqué. Le parti s’appelle pour l’instant ALDE, pour Alliance des Libéraux et Démocrates européens.

Cette exigence des Français n’est pas qu’une coquetterie. En France, mais aussi dans les pays du Sud où le nouveau groupe espère recruter sur la gauche de l’échiquier politique, le libéralisme a mauvaise presse. En français et dans les langues du Sud de l’Europe, le terme a avant tout un sens économique.

Valeur morale au Nord, économique au Sud

Les institutions européennes sont souvent taxées d’ « ultra-libérales », et accusées de sacrifier tout acquis social sur l’autel de l’économie de marché. Le traité de Maastricht et la règle des 3 % du PIB que le déficit public ne doit pas dépasser sont diabolisés. Même si la France respecte rarement ces critères, ils sont accusés de tous les maux. De même, les Français ne goûtent guère les traités de libre-échange. Et l’octroi de nouvelles aides et allègements d’impôts  dans la foulée de la crise des gilets jaunes souligne que le recours à l’État est aussi apprécié par les macronistes.

La question reste toutefois délicate, y compris pour la faire accepter par les membres actuels du groupe : une partie d’entre eux a le mot libéral chevillé au corps. Notamment en Scandinavie ou aux Pays-Bas, où le terme libéral n’a pas le même sens qu’en français, puisqu’il renvoie à la fois à des valeurs démocratiques et au libre-échange.

Ses défenseurs avancent d’ailleurs que le libéralisme est un programme clair face à l’ « illibéralisme » prôné en doctrine à l’Est, notamment en Hongrie où Viktor Orban parle de «démocratie illibérale ». Un oxymore, puisque la démocratie par essence porte en elle les valeurs du libéralisme, et notamment la liberté individuelle

Élargir le groupe vers la gauche

L’abandon du terme libéral vise aussi à amadouer les Européens les plus à gauche séduits par Macron. Car si en France le groupe centriste recrute sur sa droite, en Europe c’est du côté de la gauche que les affinités les plus claires se manifestent, notamment avec les démocrates italiens.

Le secrétaire général de LREM, Stanislas Guerini, a participé dimanche à un meeting avec le Parti démocrate italien, membre historique du groupe S&D au Parlement européen.

« Il nous reste deux semaines pour convaincre que voter pour les listes progressistes partout en Europe, c’est permettre à l’UE d’être à la hauteur des défis du siècle et de faire renaitre son projet. Deux semaines pour faire gagner la France, l’Italie et l’Europe ! » a déclaré l’élu proche de Macron, à Turin. Le Premier ministre portugais avait aussi apporté son soutien à Renaissance, samedi.

Ce qui ne l’a pas empêché d’applaudir Frans Timmermans, le candidat des socialistes, le lendemain. Les deux partis italiens et portugais semblent donc plus ouverts à des collaborations, voire une coalition, qu’à l’idée de rejoindre véritablement le nouveau groupe centriste.

Parmi les autres cibles de l’alliance des progressistes, les Verts allemands, qui vont avoir plus de 20 élus au Parlement européen, sont aussi en ligne de mire.

Renaissance recrute à droite en France, à gauche en Europe

Pour l’instant, Renaissance n’a pas convaincu de personnalités de droite de le soutenir en dehors de la France. En plus d’Alain Lamassoure, une deuxième députée sortante, vice-présidente du Parti populaire européen Françoise Grossetête, a indiqué soutenir Renaissance.

Un épisode qui a suscité l’ire d’Arnaud Danjean, numéro trois sur la liste LR, qui l’a interpellée sur Twitter en lui demandant si elle comptait renoncer à son poste de vice-présidente du PPE pour les trois dernières semaines de son mandat.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.